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Michel Schooyans - Les passions comme valeurs

mercredi, 05 novembre 2014 10:33
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Michel Schooyans, né en 1930, est un professeur et chercheur de l'université catholique de Louvain, à la faculté de théologie. Il est très engagé dans les questions d'éthiques des relations internationales.

"...À l’origine de la nouvelle conception des droits de l’homme se trouve une conception réductrice de l’homme. Le climat hyperlibéral actuel pousse l’individualisme au paroxysme. Nous sommes en train de vivre une révolution anthropologique : l’homme n’est plus une personne, un être ouvert à autrui et à la transcendance ; il est un individu, voué à se choisir des vérités, à se choisir une éthique ; il est une unité de force, d’intérêt et de jouissance.

Cette anthropologie, foncièrement matérialiste, entraîne aussitôt une conception purement empirique de la valeur.Il ne pourrait plus y avoir de place pour des normes morales objectives, communes à tous les hommes ; il n’est plus question de valeurs qui s’imposeraient à l’homme parce qu’elles sont désirables en soi.

Il n’est plus question, par exemple, de s’incliner devant la dignité de tout homme, quel qu’il soit. Désormais, les nouvelles valeurs, que Gérard-François Dumont appelle des valeurs inversées, sont le résultat de calculs utilitaires réglés par consensus. Ces valeurs inversées s’expriment dans la fréquence des choix que l’on observe entre les individus. Les valeurs, c’est finalement ce qui fait plaisir aux individus. Or ces valeurs-là ne peuvent que diviser les hommes, car par mimétisme je désirerai ce que l’autre désire. Cette conception de la valeur est donc, à terme, non seulement destructrice du tissu social mais elle constitue également les prolégomènes à une nouvelle barbarie.
Avec une telle conception de l’homme et de la valeur, les droits de l’homme finissent par être réduits à un catalogue mouvant de revendications ponctuelles des individus, obtenus par consensus successifs et reflets d’une arithmétique des intérêts. Puisqu’il n’y a plus de valeurs objectives, et que de toute façon la raison n’est pas capable de les connaître, la valeur, dans sa version inversée, c’est en fin de compte ce qui satisfait les passions de l’homme. En somme, le droit fondamental de l’homme, c’est le droit de satisfaire ses passions individuelles et c’est cela que devrait entériner le droit positif.
Le bonheur ne dépend plus du bien commun, puisqu’il n’y a plus de bien que particulier. Nous voilà à l’opposé de l’humanisme traditionnel, selon lequel le bonheur dépend du bien commun, grâce auquel la Cité, soucieuse de justice générale, s’efforce d’offrir à tous et à chacun de ses membres les meilleures conditions d’épanouissement personnel. Avec la ruine de l’universalité des droits de l’homme, le bonheur en est réduit à être le résidu du plaisir, et même des plaisirs individuels..."

Source : Michel Schooyans - La face cachée de l'ONU

1 commentaire

  • Lien Commentaire Fred mercredi, 05 novembre 2014 12:13 publie par Fred

    Magistrale et lumineux!

    Que c'est douloureux de se rendre compte que ce genre de personnage intègre, libre et cultivé n'a plus sa place dans les écoles! Il serait vite diabolisé par les pantins du système, ardents défenseurs de la morale inversée issue des loges...

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