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17.08.2016 - Assurer la survie du Québec

Le Québec se dissout en embrassant un progressisme grandissant, s’inquiète Mathieu Bock-Côté. Pour survivre, la province «doit renouer avec son identité profonde», dit-il.

Qu’est-ce qu’on fait avec le Québec maintenant? La question posée par L’actualité nous laisse comprendre que nous sommes à un tournant de notre histoire. Il faudrait un nouvel élan. Ce n’est pas faux. Si on me l’avait posée il y a quel­ques années, j’aurais spontanément répondu: l’indépendance! En fait, je le répondrais encore. Gaston Miron n’avait pas tort: tant qu’elle n’est pas faite, elle reste à faire. Mais le Québec n’a jamais été aussi éloigné de la souveraineté. La défaite défait et nous subissons aujourd’hui comme jamais celle de 1995. Malgré l’immense dépense d’énergie des 40 dernières années, le Québec n’est ni souverain ni reconnu comme une société distincte dans le Canada. Ceux qui s’imaginent aujourd’hui qu’il suffirait d’une grande volonté pour relancer le combat pour la souveraineté vivent dans un monde parallèle. Soyons honnêtes: si un éventuel gouvernement souverainiste s’entêtait à tenir un réfé­rendum au lendemain des élections de 2018, le Oui se ferait écraser.

On connaît la réflexion de Camus selon laquelle il importe moins, aujourd’hui, de changer le monde que de l’empêcher de se défaire. Il faut oser une démarche de lucidité, aussi cruelle soit-elle. Car quoi qu’en pensent les optimistes aux ordres du système médiatique, le Québec va mal. Et comme chaque fois qu’il va mal, le Québec se réfugie dans un fantasme. Au XIXe siècle, après l’écrasement des Patriotes, c’était le rêve ultramontain. Nous allions convertir l’Amérique au catholicisme en étant son phare sur le continent. C’était un délire. Mais c’était aussi une manière, pour un peuple vaincu, de se donner une raison de vivre et de s’imaginer une place dans le monde. De la même manière, depuis une vingtaine d’années, le Québec s’est réfugié dans un progressisme messianique compensatoire. Le Québec n’est pas un pays souverain, mais ce serait la société la plus progressiste du monde, en avance dès qu’il s’agit d’embrasser la passion du métissage, de la diversité, de la mondialisation, du féminisme ultra. Nous serions un modèle pour la planète entière. Le Québec embrasse l’époque jusqu’à s’y dissoudre.

Depuis 1995, les souverainistes ont fait de l’indépendance la poursuite du progressisme par d’autres moyens. Pendant une dizaine d’années, ils ont vidé la nation de son identité pour la définir seulement par ses valeurs progressistes. De ce point de vue, la gauche souverainiste a préparé le terrain pour l’adoration de Justin Trudeau actuellement dominante dans la jeunesse. L’heure est à la déconstruction et on déconstruira hardiment. Le Québec a l’allure d’un laboratoire de la postmodernité. À l’école, on apprend à être citoyen du monde. On déconstruit l’homme, la femme, la culture et le pays. Dans l’Université, la rectitude politique est dominante. La vie intellectuelle étant de plus en plus coupée de la vie nationale, cette dernière se désintègre dans une forme de banalité gestionnaire sans relief.

Officiellement, les Québécois se définissent toujours comme des Québécois. Dans les faits, ils se font canadianiser comme jamais. Le régime de 1982 entre dans leurs têtes. La culture québécoise devient une culture optionnelle au Québec et le multiculturalisme confirme son hégémonie idéologique. Et la langue française se laisse dévorer par l’anglais à Montréal. Le franglais devient la norme dans la nouvelle génération, et on l’en félicite au nom du métissage linguistique et de l’hybridité des cultures. Dépoétisons la chose: le français est simplement victime d’un rapport de domination culturelle. Il ne parvient plus à nommer le réel. Mais le Québec contemporain est tellement fier d’être émancipé qu’il n’est plus capable de penser la domination qu’il subit — ceux qui la lui rappellent sont accusés de vivre dans une autre époque. Nous cultivons, ici, un art exceptionnel du déni.

 

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