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11.05.2016 - Eugénie Bastié : "Jamais les filles n'ont autant été traitées de putes et de salopes..."

Nouvelle figure du conservatisme tendance catholique, la journaliste s'en prend, dans un livre polémique, aux contradictions du "néoféminisme". Entretien.

Elle a 24 ans et, déjà, les habitudes d'une vieille routière des médias. Journaliste au Figaro, cofondatrice de la revue d'écologie intégrale Limite issue du mouvement des Veilleurs et protégée d'Élisabeth Lévy, Eugénie Bastié signe son premier essai-pamphlet. Dans Adieu mademoiselle* (sous-titre : La défaite des femmes), elle s'en prend au « néoféminisme contemporain », qui combattrait pour « un monde déjà advenu », tout en oubliant les « véritables menaces qui pèsent sur le corps féminin ». L'ouvrage a évidemment fait polémique . Ne cachant pas ses influences catholiques (écrivains préférés : Bernanos et Péguy), aussi anti-libérale qu'anti-mariage gay, Eugénie Bastié est-elle la « fille illégitime de Christine Boutin et d'Éric Zemmour » (dixit Sophia Aram sur France Inter), tout comme le « nouveau visage de la droite réac », comme l'affirment Les Inrockuptibles ? Ou cette jeune femme, avec son perfecto, ses citations de Booba, Pasolini et Simone de Beauvoir, incarne-t-elle une pensée un peu plus complexe que la caricature de la « catho tradi » ? Entretien avec une candidate possible pour succéder à Léa Salamé dans l'émission On n'est pas couché de Laurent Ruquier.

Dans Adieu mademoiselle, vous ciblez le néo-féministe. Mais c'est quoi, ce néo-féminisme ?

C'est un féminisme à la fois groupusculaire et institutionnel, et qui dicte une doxa dans l'air du temps. Il impose une vision du monde. On l'a vu avec la suppression du mot « mademoiselle », la suppression du délai de réflexion pour l'avortement, les ABCD de l'inégalité qui ont échoué... On se détache de l'objet concret de la vie des femmes pour s'enferrer dans des luttes symboliques contre un patriarcat qu'on prétend déconstruire. Par ailleurs, je m'érige contre la notion même de « féminisme ». On pouvait très bien considérer que la condition ouvrière au XIXe siècle était abominable sans adhérer au marxisme, qui est une relecture de l'histoire sous le prisme de la lutte des classes. De même, on peut très bien considérer que la femme a été dominée dans certaines circonstances et certaines époques sans adhérer au prisme d'un féminisme qui consiste à relire toute l'histoire sous le paradigme d'un dominant-dominé. Je dénonce cette idée d'un patriarcat, autrement dit d'un complot millénaire des hommes contre les femmes.

Vouloir que les femmes soient patrons du CAC40 n’est pas forcément un épanouissement

Vous vous en prenez à des « ayatollettes » qui « luttent sans relâche pour un monde déjà advenu ». Mais quid de l'égalité salariale ? Du harcèlement ? Les femmes sont par exemple ultra-minoritaires dans des professions aussi différentes que chef d'orchestre ou joueur d'échecs...

Mais l'horizon, c'est quoi ? L'égalité quantitative partout ? Pour moi, le féminisme en tant que combat politique, c'était la libération de la femme de sa sujétion domestique. Vous ne pouvez pas exiger du 50-50 partout. Je crois fondamentalement en une différence des sexes, qui se déploient de manière différente. Vouloir à tout prix que les femmes soient patrons du CAC40 n'est pas forcément un épanouissement exceptionnel. Peut-être faudrait-il réfléchir au fait qu'une femme puisse apporter une vision autre de l'économie. Alors, oui, il subsiste des inégalités salariales. Mais ce palier incompressible que l'on observe dans toutes les études est principalement dû au fait que les femmes continuent à choisir le temps partiel plus que les hommes. Certains pensent que c'est subi. Moi, j'estime que c'est aussi choisi, parce que la femme a un rapport particulier aux enfants en bas âge et qu'elle veut continuer à s'en occuper, bien que trente ou quarante ans de propagande féministe leur aient dit de sortir du foyer.

Parce que les femmes font des enfants, elles n'auraient donc pas le droit à l'égalité salariale !?

Je dis simplement qu'il y a une différenciation fondamentale entre les hommes et les femmes, qui est le privilège exorbitant de la maternité. Cela introduit des différences dans la vie concrète des femmes. En effet, une femme est moins performante et moins disponible sur le marché du travail, parce qu'elle a des enfants. Du coup, beaucoup d'employeurs rechignent à les employer dans cette tranche d'âge. Ces différences systémiques sont dues à des différences de sexe. Soit on décide d'abolir cette différence et on dit aux femmes d'aller congeler leurs ovocytes pour pouvoir être aussi disponibles que les hommes, soit on essaye de réfléchir à une économie qui prenne plus en compte cette différence.

Et pourquoi l'homme ne pourrait-il pas s'occuper de sa progéniture ?

Parce que, de facto, la mère a plus envie de s'occuper de ses enfants. C'est une réalité dans toutes les enquêtes d'opinion. Aujourd'hui, encore un tiers des femmes voudraient être mères au foyer, parce qu'il y a un lien particulier entre la mère et l'enfant.

 

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