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06.04.2016 - Qu’est-ce qui pousse les hommes à se taire ?

Puisque le cerveau des hommes n’est finalement pas différent de celui des femmes, on imagine que le silence de nos congénères mâles n’a rien à voir avec le déterminisme génétique... Les experts délient leur langue.

Vendredi soir, brasserie parisienne, en tête à tête avec mon compagnon. À la table d’à côté, un couple dîne en silence, gestes précis, un peu lents, seulement quelques mots parsemés jusqu’au dessert… J’adresse un sourire entendu à mon amoureux, qui me sidère quand il me rétorque : « Ce couple est peut-être davantage que nous dans la vérité. Tu n’as pas lu le dernier livre de Matthieu Ricard, Trois amis en quête de sagesse (L’Iconoclaste, Allary Éditions) ? Tu saurais que, selon lui, le silence est bel et bien la langue de l’avenir. »

En une phrase, la conversation conjugale conquise de haute lutte auprès de mon taciturne de mari vient d’être reléguée au rang de mode de communication du passé. J’en reste muette. Les hommes taiseux auraient-ils donc, selon le moine bouddhiste, une longueur d’avance sur nous les femmes, si fières de notre capacité de parole ? Dans une époque bruyante et qui a souvent peur du vide, le silence masculin aurait-il finalement ses vertus ?

Un manque d’éducation émotionnelle très fort

La biologie, dans ce débat, ne va guère nous aider, car la science a tranché en novembre dernier. Le cerveau n’a pas de sexe. Daphna Joel, experte en neurosciences de l’université de Tel-Aviv, a comparé par IRM les hémisphères cérébraux de 1400 hommes et femmes de 13 à 85 ans. Et ses constatations sont formelles. Taille, forme, matière blanche, matière grise, connexions neuronales : il est impossible en regardant la plupart des cerveaux de deviner s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. Non, les hommes ne viennent pas de Mars et les femmes de Vénus. On ne naît pas silencieux ou bavard. On le devient.

Mais vingt et un siècles plus tard, comment expliquer que tant de cœurs silencieux échouent dans le cabinet du psychanalyste Alain Héril, qui vient de publier Dans la tête des hommes ? Le spécialiste interrogé répond : « J’ai en face de moi, en thérapie de couple, des femmes très prolixes, en recherche de solutions à leurs problèmes conjugaux. Et je vois des hommes muets, avec un double mouvement, une sidération et une inhibition de la parole. Il y a un manque d’éducation émotionnelle très fort chez les hommes pour exprimer leurs sentiments. Ne sachant gérer ni leur colère ni leur tristesse, le meilleur moyen d’y faire face, c’est le silence. »

Les hommes viennent de loin, de millénaires d’éducation où le garçon était élevé pour être puissant, fort, autoritaire, pénétrant et machiste. Et les femmes vont trop vite, leur énergie de tout parfaire au travail, à la maison, dans le couple désarçonnerait les XY, même ceux de bonne volonté.
« Mais qu’est-ce qu’elle veut que je dise ? »  « J’entends souvent cette phrase lors des groupes de parole d’hommes, poursuit Alain Héril. Ils ont le sentiment de s’adapter - les tâches ménagères, les enfants, les attentions pour leurs compagnes… -, et quand la femme demande encore : “Parle-moi”, ils se disent que rien ne la satisfera jamais, et préfèrent se taire. »

Ma femme me fatigue

« Ma femme me fatigue. » Le sociologue Jean-Claude Kaufmann, habitué à ausculter le couple depuis trente ans, enregistre lui aussi très régulièrement cette complainte.

 

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