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Les médecins préfèrent le capitalisme à une meilleure santé publique

samedi, 07 octobre 2017 11:43
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Traduction par Marionnettiste et Tino

L'opposition agressive des médecins à un code fiscal plus équitable reflète une éthique capitaliste qui n'a jamais fait bon ménage avec la santé publique.

L'Association médicale canadienne, la Coalition des médecins de l'Ontario, l'Association des radiologues de l'Ontario, l'Association canadienne des radiologistes et l'Association médicale de l'Ontario ont tous rejoint la Coalition pour l'équité fiscale envers les petites entreprises, formée récemment. La Chambre de commerce du Canada, la Fédération canadienne des contribuables et la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante font également partie de cette grande coalition créée pour faire échouer une initiative gouvernementale visant à atténuer les avantages fiscaux pour les propriétaires de petites entreprises prospères et à supprimer les lacunes qui incitent à l'incorporation de professionnels hautement rémunérés (deux tiers des médecins sont membres d'une corporation afin de réduire leurs impôts).

La proposition du gouvernement restreindrait la capacité des propriétaires d'entreprises à réduire leur taux d'imposition en distribuant des revenus aux membres de la famille - qui ne travaillent pas pour l'entreprise - dans des tranches d'imposition plus faibles. Les changements limiteraient également certains investissements d'entreprises dans les actions et l'immobilier, ainsi que la capacité de convertir le revenu régulier d'une société en gains en capital, imposés à un taux inférieur. Le gouvernement affirme que les changements énoncés n'auraient presque aucun impact sur quiconque effectuerait moins de 150 000 $ par année, mais les médecins font souvent 300 000 $, 500 000 $ ou plus et plus le revenu est élevé, plus les économies sont élevées sous le régime actuel. Selon un résumé de l'exercice financier 2014-15, 500 médecins ontariens ont reçu plus d'un million de dollars du gouvernement provincial, le plus grand responsable ayant réclamé 6,6 millions de dollars.

Actuellement, les médecins et autres professionnels hautement rémunérés payent souvent des taux d'imposition inférieurs à ceux des infirmières. Faisant écho à cette injustice, les déclarations du président de l'Association médicale de l'Ontario selon lesquelles les modifications fiscales suggérées nuiraient aux soins prodigués aux patients ont incité l'Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC) à approuver le plan fiscal du gouvernement. L'AIIC a observé que « si les changements proposés passent, les gouvernements provinciaux et territoriaux devraient assister à une augmentation des revenus qui peuvent être investis dans le renforcement de nos services de santé publics, eux-mêmes employant des milliers de professionnels salariés hautement qualifiés qui paient leur juste part de l'impôt sur le revenu des particuliers ».

Alors que les infirmières défendent les soins de santé publique, les médecins ont longtemps promu un modèle de médecine capitaliste qui maximise leur richesse et leur pouvoir. En 1962, les médecins au Saskatchewan, lieu de naissance du système universel de soins de santé du Canada, se sont mis en grève pendant 23 jours pour bloquer le régime public d'assurance maladie, ainsi que d'autres réformes de la santé qui ont affaibli leur pouvoir sur le monde médical. Après avoir tenté d’empêcher les réformes de la santé proposées par la Fédération du commonwealth coopératif (FCC) pendant deux ans, les médecins ont retiré leurs services en juillet 1962 et lancé une vaste campagne de relations publiques avant que le gouvernement présente ses améliorations de santé promises depuis longtemps.

Dans le cadre de la recherche pour The Year We Became Us: A Novel About the Saskatchewan Doctors’ Strike, Gary Engler a examiné la couverture médiatique du Moose Jaw Times Herald sur l'arrêt du travail. La rhétorique était largement outrancière. Un éditorial a été intitulé « Les corps juridique sur le point de tomber entre les mains des socialistes » et un autre « Le jour où la liberté est morte au Saskatchewan ». D'après cet article, « les gens du Saskatchewan se réveillent et constatent que leur province a été lentement d'abord, puis à vitesse grand V ces derniers mois, transformée d'une démocratie libre en un état totalitaire, gouverné par des hommes assoiffés de pouvoir ».

La lutte des médecins du Saskatchewan contre le régime public d'assurance maladie a reçu des aides financières de l'American Medical Association (AMA), qui a longtemps représenté un obstacle majeur à l'assurance maladie publique aux États-Unis. Selon Stan Rands dans Privilege and Policy: A History of Community Clinals in Saskatchewan, « à partir de 1920, l’AMA, craignant que le financement public ne mène au contrôle public de l'exercice de la médecine, s'opposait à la réglementation de l'assurance maladie par un gouvernement d’État ou fédéral. L'AMA a considéré l'assurance maladie comme une menace pour son indépendance et, comme son homologue canadienne, a suggéré que l'assurance maladie soit prise en charge par des entreprises privées . »

Heureusement, le gouvernement du FCC (prédécesseur du NPD) est resté ferme et les médecins ont perdu leur combat contre le régime universel, qui fut étendu au reste de la nation quelques années plus tard. Néanmoins, les médecins du Saskatchewan ont obtenu un certain nombre de concessions, notamment la facturation à l'acte. Contrairement à la Grande-Bretagne où la plupart des médecins sont salariés du service national de santé, les médecins canadiens sont, dans une large majorité, payés par visite/radiographie/opération. Rémunérés en fonction du nombre de clients qu'ils voient, les médecins trouvent un intérêt personnel financier à traiter plutôt qu'à prévenir les problèmes de santé.

Un examen attentif de l'efficacité de chaque test ou traitement censé appuyer toute  évaluation médicale est trop souvent négligé lorsqu'on retrouve des avantages financiers à la clé. En fait, une des raisons de la surmédication est que le tarif reste le même pour le médecin, que la consultation dure deux ou vingt minutes. Alors qu'une prescription puisse être rédigée en quelques secondes, il faut du temps pour comprendre pleinement l'historique de santé d'un individu et lui offrir les moyens d'éviter la maladie.

Les médecins tirent principalement leurs revenus et leur prestige de la médecine curative, mais les progrès de l'espérance de vie et de la santé globale ont été en grande partie façonnés par des mesures améliorées de santé publique telles que l'assainissement, les contrôles de pollution, les règles de sécurité au travail, les normes de lutte contre les infections, etc … D'autres améliorations sont probablement à venir grâce à de plus larges dynamiques sociologiques telles que la réduction des inégalités et de la pauvreté,  une éducation meilleure, des systèmes alimentaires plus sains, une planification urbaine qui permet davantage d'exercice physique, etc.

Dans Betrayal of Trust: The Collapse of Global Public Health Laurie Garrett estime que « 86 pour cent de l'augmentation de l'espérance de vie est due à une diminution des maladies infectieuses. On peut en dire autant pour les États-Unis, où moins de 4 pour cent de l'amélioration totale de l'espérance de vie depuis les années 1700 peut être attribué aux progrès des soins médicaux du vingtième siècle ». Bien que la plaidoirie de Garrett puisse être quelque peu exagérée, il est crucial d'apporter des mesures de santé publique visant à prévenir la maladie.

En s'alignant sur des lobbyistes d'entreprises opposés à un régime fiscal plus équitable, des associations de docteurs ont offert des arguments à ceux qui croient qu'une erreur a été commise aux premiers jours de l'assurance maladie publique. Comme presque tous ceux dont les revenus proviennent de fonds publics, les médecins devraient recevoir un salaire. Cela leur permettrait de mieux accorder leurs intérêts avec le régime public, les pensions publiques et de nombreux autres programmes sociaux qui ont amélioré la santé globale, et de rejoindre les Canadiens de la classe ouvrière qui, pour le plus grand nombre d'entre eux, aspirent à un juste système fiscal qui financerait de meilleurs services publics.

Source : yvesengler.com

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