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Malgré le mythe, le Canada est un acteur de la course aux armements nucléaires depuis bien longtemps

jeudi, 05 octobre 2017 08:37
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Traduction par Marionnettiste et Tino

Une maison construite sur des fondations imaginaires peut constituer une « maison de rêve » … qui n'en demeurera pas moins inhabitée. Il en va de même en politique.

Il est crucial de ne pas ériger en mythe l'histoire de la politique étrangère canadienne pour quiconque souhaite s'opposer à la position flagrante du gouvernement Trudeau sur les armes nucléaires. En fait, le dogme du Canada « bienveillant » affaiblit la conscience critique nécessaire pour rejeter les politiques imprimées par les décideurs de notre politique étrangère.

Dans son article intitulé « Canada abandons proud history as ‘nuclear nag’ when most needed » [« Le Canada tourne le dos à ses fières traditions de « frondeur anti-nucléaire » au moment le plus inopportun »], la célèbre auteur de gauche Linda McQuaig écrit, « nous pouvons retracer dans notre histoire des instants d'anthologie lorsque sous les précédents gouvernements libéraux, le Canada s'est affirmé comme une puissance intermédiaire tenace en soutenant, et même en les dirigeant à l'occasion, les efforts voués au désarmement nucléaire au sein de l'ordre mondial ».

Absurdités. Si l'on devait classer les 200 pays de la planète dans l'ordre de leur contribution à la course aux armements nucléaires, le Canada tomberait juste derrière les neuf États armés nucléaires.

L'uranium provenant du Grand lac de l'Ours dans les Territoires du Nord-Ouest a été utilisé dans les deux seules bombes nucléaires jamais larguées sur une population humaine. Dans Northern Approaches: Canada and the Search for Peace, James Eayrs note que « les mutilations d'Hiroshima et de Nagasaki étaient un sous-produit de l'uranium canadien ».

Le Canada a dépensé des millions de dollars (des dizaines de millions en monnaie d'aujourd'hui) pour aider à la recherche et au développement des bombes. Immédiatement après avoir développé avec succès la technologie, les États-Unis ont soumis la proposition de lâcher la bombe sur le Japon au cours d'une réunion du Comité de politique concertée en pleine Seconde Guerre mondiale, qui comprenait le puissant ministre canadien C.D. Howe et un officiel britannique. Bien qu'il n'existe aucun récit de ses commentaires lors de la réunion du 4 juillet 1945, Howe a apparemment appuyé la proposition américaine. (Reflétant le racisme au sein des cercles gouvernementaux canadiens, dans son journal (non censuré), Mackenzie King a écrit: « Il est heureux que la bombe ait été utilisée sur les Japonais plutôt que sur les races blanches d'Europe ».)

Quelques années à peine après la fabrication de la première bombe, Ottawa a autorisé les États-Unis à stationner des armes nucléaires au Canada. Selon John Clearwater dans Canadian Nuclear Weapons: The Untold Story of Canada’s Cold War Arsenal, les premières armes nucléaires sont arrivées au Canada dès septembre 1950, alors que l'USAF [US Air Force] avait temporairement positionné onze bombes atomiques de type Fat Man à Goose Bay, Terre-Neuve. 

Les armes nucléaires étasuniennes ont également été testées en territoire canadien. À partir de 1952, Ottawa a accepté de laisser le Commandement aérien stratégique des États-Unis utiliser l'espace aérien canadien pour former des vols d'avions nucléaires. Dans le même temps, rapporte Ron Finch dans Exporting Danger: A History of the Canadian Nuclear Energy Export Programme, la Commission de l'énergie atomique des États-Unis a mené des tests militaires au Canada afin de contourner la vigilance de « comités de surveillance » étasuniens. Dans le cadre de l'accord, Ottawa s'est engagé à empêcher toute enquête sur les aspects militaires de la recherche nucléaire au Canada.

Les Forces canadiennes ont également transporté des armes nucléaires sur des aéronefs stationnés à l'étranger. Au plus fort des déploiements nucléaires canadiens à la fin des années 1960, le gouvernement avait entre 250 et 450 bombes atomiques en Europe. Basé en Allemagne, le CF-104 Starfighter, par exemple, fonctionnait sans canon et ne portait qu'une arme nucléaire thermique.

Au cours des 70 dernières années, le Canada a souvent été le plus grand producteur d'uranium au monde. Selon Finch, en 1959, le Canada avait vendu 1,5 milliard de dollars d'uranium au programme de bombes américaines (l'uranium était alors le quatrième produit d'exportation au Canada). Ottawa a vendu au moins 29 réacteurs nucléaires à des pays étrangers, qui ont souvent été financés avec des fonds d'aide au développement. Dans les années 1950, par exemple, Atomic Energy Canada Limited a reçu de gros montants dans le cadre du plan de Colombo pour aider l'Inde à mettre en place un réacteur nucléaire.

Le Canada a fourni le réacteur (appelé Cyrus) dont l'Inde s'est servie pour développer la bombe. Engagement nucléaire pris envers l'Inde en dépit de signaux selon lesquels l'Inde allait faire exploser une tête nucléaire. Dans The Politics of CANDU Exports, Duane Bratt écrit: « Les Indiens ont choisi d'utiliser Cyrus pour leur approvisionnement en plutonium et pas l'un de leurs autres réacteurs, parce que Cyrus n'était affecté par aucune garantie nucléaire ».

Sur le plan diplomatique, Ottawa a longtemps soutenu les armes nucléaires de ses alliés. En août 1948, le Canada a voté contre un appel de l'ONU pour interdire les armes nucléaires et, en décembre 1954, a voté pour permettre aux forces de l'OTAN d'accepter des armes nucléaires tactiques dans le cadre de la politique de l'alliance appelée MC 48, « Le modèle le plus efficace de la force militaire de l'OTAN pour les quelques années à venir ». D'après Canada and UN Peacekeeping: Cold War by Other Means, 1945-1970, le ministre Lester Pearson « faisait partie intégrante du processus par lequel MC 48 a été accepté par l'OTAN ».

Dans son livre de 2006 Just Dummies : Cruise Missile Testing in Canada, Clearwater écrit: « Le dossier montre clairement que le Canada refuse de soutenir toute résolution qui stipule une action immédiate dans une approche globale vouée à débarrasser le monde des armes nucléaires ». Depuis, les gouvernements Harper/Trudeau n'ont pas changé de direction. Le gouvernement de Harper s'est opposé à diverses initiatives visant à réduire les armes nucléaires et, comme le souligne McQuaig, le gouvernement Trudeau a récemment boycotté un effort de l'ONU pour signer un traité, soutenu par les deux-tiers des 192 États membres, dans le but de débarrasser le monde des armes nucléaires et d'en interdire la prolifération.

Mais il ne s'agit pas seulement de politique nucléaire. Les ventes d'armes du gouvernement Trudeau à l'Arabie saoudite, les attaques contre le gouvernement élu du Venezuela, le soutien à la dictature brutale du Rwanda, le renforcement des prérogatives des investisseurs étrangers, l'indifférence aux abus des compagnies minières, le déploiement militaire à la frontière de la Russie, l'appui à l'occupation illégale d'Israël, etc. reflètent l'entreprise de longue date de ce pays - politique étrangère militaire centrée sur l'Occident. Alors que la politique étrangère de Harper était désastreuse sur de nombreux fronts, c'était le gouvernement libéral précédent qui avait provoqué la violence en Afghanistan ainsi que le crime canadien le plus flagrant de ce siècle en planifiant, en exécutant et en consolidant le renversement de la démocratie en Haïti.

Les libéraux de gauche doivent cesser de se contenter d'appliquer un maquillage progressiste sur l'establishment de la politique étrangère en exagérant les rares moments historiques où Ottawa a apparemment pris la bonne décision. Ce sont les relations de pouvoir – et non la morale – qui déterminent la politique internationale et le mythe du Canada bienveillant obscurcit les intérêts corporatifs et géostratégiques qui dominent massivement la politique. Les écrivains progressistes devraient se concentrer sur le développement de la conscience critique nécessaire pour calmer les ardeurs des décideurs de la politique étrangère.

Seule la vérité nous permettra de faire de ce pays une force pour le bien dans le monde.

Source : yvesengler.com

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