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Statistiques, mensonges et vérité sur le génocide du Rwanda

samedi, 30 septembre 2017 09:48
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Traduction par Marionnettiste

La véritable histoire du génocide au Rwanda n'a pas de héros canadiens.

Les commentateurs canadiens déclarent souvent que plus de Tutsis ont été tués dans le génocide que leur nombre total au Rwanda. Comme ceci s'harmonise avec les intérêts de Washington, Londres et Kigali, ainsi qu'avec l'idéologie canadienne nationaliste libérale, l'inflation statistique passe assez facilement.

Le Tyee relatait le mois dernier le « massacre de plus de 800 000 Tutsis au Rwanda » entre avril et juillet 1994, emboîtant le pas à Roméo Dallaire qui avait cité un nombre plus élevé encore dans un article antérieur pour le Globe and Mail qui notait : « Au cours des prochains mois, les activistes et milices hutus, assistés par des policiers et des commandants militaires, ont tué environ 800 000 à 1 million de Tutsis ».

Même les experts autodéclarés sur le sujet citent ces statistiques pour le moins excentriques. Gerald Caplan avait écrit l'année dernière dans le Globe and Mail que « malgré [les] meilleurs efforts [de Dallaire], un million de membres de la minorité tutsi ont probablement été abattus en 100 jours ». Vu ses liens avec le régime de Kigali, Caplan a probablement tiré ce chiffre de nulle part. Il est improbable qu'un million de Tutsis vivaient au Rwanda en 1994 et personne ne pense que tous les Tutsis ont été tués.

Alors que le chiffre exact est inconnu et quelque peu contesté, le recensement du Rwanda de 1991 a dénombré 596.387 Tutsis. Initialement parrainé par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, le projet GenoDynamics d'Allan Stam, doyen de la Frank Batten School of Leadership and Public Policy à l'Université de Virginie, et de Christian Davenport, professeur de sciences politiques de l'Université de Michigan, est parvenu à un nombre légèrement inférieur à 500 000. D'autres affirment que le gouvernement hutu de l'époque voulait supprimer les statistiques de la population tutsie et ajoutent quelques centaines de milliers de Tutsis rwandais aux statistiques.

Cependant, un nombre important de Tutsis ont survécu à cette centaine de jours de carnage. Le groupe de survivants tutsis IBUKA a d'abord conclu que 300 000 personnes ont survécu aux tueries génocidaires pour ensuite monter leurs estimations à « près de 400 000 ».

Si 800 000 à 1 million de Tutsis avaient péri, il aurait fallu l'existence préalable d'au moins 1,1 million, voire près de 1,4 million de Tutsis. Il s'agit là du double du calcul officiel.

En dépit des trois exemples mentionnés plus haut, le chiffre le plus fréquemment énoncé du nombre de décès en 1994 est également le plus vague avec « 800 000 Tutsis et Hutus modérés ». Un rapport de 1999 de l'ONU a conclu qu'« environ 800 000 personnes ont été tuées lors du génocide de 1994 au Rwanda ». Cependant, au fil du temps, le régime à Kigali gonfle le nombre de morts. En 2004, le ministère rwandais des Affaires locales, du Développement communautaire et des Affaires sociales a déclaré 1.074.017 victimes et en 2008, l'Association des étudiants et élèves rescapés du génocide a évalué le nombre à 1 952 087.

Mais, plus le nombre de morts attribué à la violence génocidaire est élevé, plus le nombre et le pourcentage de victimes hutu sont élevés. Dans le documentaire de la BBC de 2014, Rwanda’s Untold Story , Stam explique que « si un million de personnes sont mortes au Rwanda en 1994 – ce qui est certainement possible - il est impossible que la majorité d'entre eux puisse être tutsi ... puisqu'il n'y avait pas assez de Tutsis dans le pays ».

L'hypothèse qui dénombre autant, voire davantage de Hutus tués complique le récit du « génocide planifié de longue date » défendu par le régime à Kigali et ses partisans anglo-saxons. Des preuves et des arguments logiques écrasants indiquent la culpabilité du Front patriotique rwandais (FPR) dans l'explosion de l'avion qui transportait les présidents hutus du Rwanda et du Burundi ainsi qu'une partie importante (d'ethnie hutue) du commandement militaire rwandais, ce qui a déclenché les massacres.

Le soutien de Washington et de Londres pour le FPR, ainsi que l'hégémonie de Paul Kagame à Kigali depuis plus de deux décennies explique la prédominance d'un récit très simpliste du génocide du Rwanda. Il existe cependant une autre raison derrière la persistance de ce conte de fée : il est conforme à la mythologie nationaliste d'un État du G7. Peuple riche, éduqué, parlant les deux principales langues coloniales du monde, les Canadiens ont publié d'innombrables articles, livres, chansons, pièces de théâtre, poèmes, films, etc. sur l'effort de notre noble général pour sauver les Rwandais. Pourtant, l'histoire du sauveur Roméo Dallaire largement promue par les libéraux de gauche est basée sur un récit unilatéral de la tragédie rwandaise.

Deux des articles évoqués précédemment tressent les louanges de Dallaire. Une des histoires qui enflait le bilan des morts tutsis a été publiée dans le Globe and Mail et concernait le départ du Sénat de l'ancien général ; quant à l'autre, elle décrit, par la plume de Caplan, « les sentiments personnels entretenus par de nombreux Canadiens pour le Rwanda et qui peuvent s'expliquer en deux mots: Roméo Dallaire ... [qui] a fait tout ce qui était en son pouvoir (limité) pour faire cesser la boucherie ».

Un article du Monthly Review que j'ai découvert récemment fournit un exemple incontestable de la façon dont les nationalistes canadiens de gauche ont déformé la compréhension de la tragédie du Rwanda en fonction de leur idéologie. En 2003, le vénérable journal marxiste établi à New York consacre une fiche de lecture aux ouvrages When Victims Become Killers: Colonialism, Nativism, and the Genocide in Rwanda et A People Betrayed: The Role of the West in Rwanda’s Genocide ; ainsi commence le troisième paragraphe : “Un Canadien, le général Roméo Dallaire, est le héros de la tragédie rwandaise.”

Le critique canadien Hugh Lukin Robinson reproche principalement à l'érudit ougandais Mahmood Mamdani, auteur de When Victims Become Killers, de déprécier l'importance du commandant canadien de la force militaire de l'ONU. Robinson écrit: « Le désintérêt [affiché par Mamdani] dans la trahison infligée au Rwanda par la communauté internationale est illustré par sa seule référence au général Dallaire, dont il écorche le nom et qu'il qualifie de “commandant belge à la tête des forces de l'ONU au Rwanda” ».

De son côté, Linda Melvern rassemble les preuves qui justifient largement le titre de son livre. Néanmoins, Melvern reste l'un des principaux défenseurs de la fable sponsorisée par Kigali au sujet du génocide. S'appuyant sur le prétendu « fax sur le génocide » de Dallaire, elle promeut le récit du « génocide à long terme ». Dans le même temps, Melvern ignore (ou minimise) le rôle joué dans le massacre du printemps 1994 par l'invasion de l'Ouganda en 1990, les politiques d'ajustement structurel et l'assassinat en octobre 1993 du premier président hutu du Burundi. Melvern diminue également l'impact des meurtres du FPR et leur responsabilité dans la destruction de l'avion transportant le président hutu Juvénal Habyarimana et le haut commandement militaire rwandais.

Robinson a été impressionné par les éloges dont Melvern ne tarit pas pour ce matamore canadien. « Dallaire s'est formé et a pris du galon dans une armée fière de sa tradition de garante de la paix », proclame Robinson en citant Melvern. « Internationaliste engagé, il disposait d'une expérience de premier ordre des missions de l'ONU. C'était un travailleur acharné. Et il était obstiné ». Mais « l'internationaliste engagé » admet qu'il ignorait où se trouvait le Rwanda avant sa nomination dans ce pays. Dallaire n'a pas non plus tant d'expérience au sein de l'ONU. « Dallaire était ce que les militaires appellent un homme-lige de l'OTAN », a expliqué la journaliste Caroline Off de CBC dans une biographie du général. « Sa connaissance de la défense reposait presque exclusivement sur les besoins de l'OTAN ».

Pire, un certain nombre de fonctionnaires de l'ONU impliqués au Rwanda - le chef des troupes de la MINUAR à Kigali Luc Marchal, l'agent des renseignements Amadou Deme, le secrétaire général de l'ONU Boutros Boutros-Ghali, etc. - ont contesté l'interprétation des événements par Dallaire, contredit ses revendications ou critiqué ses actions. Le supérieur civil de Dallaire à la MINUAR a publié un livre accusant le général canadien de partialité au profit du FPR soutenu par l'Ouganda, les États-Unis et la Grande-Bretagne. Dans son livre de 2005, Le patron de Dallaire parle, Jacques-Roger Booh Booh, ancien ministre des Affaires étrangères du Cameroun et chef général de la MINUAR, critique les actions de Dallaire au Rwanda et conteste son interprétation des événements.

Dans l'une des deux notes de bas de page, Robinson a terminé son article de Monthly Review sur une note emplie de nationalisme canadien. L'ancien chercheur écrit: « Il existe un autre récit de la tragédie du Rwanda dans laquelle deux Canadiens se sont montrés dignes de louanges. En 1997, l'Organisation de l'unité africaine (OUA) a nommé un groupe international de personnalités éminentes pour rendre compte de ce qui s'est passé. Stephen Lewis était membre du Panel et Gerald Caplan était son écrivain principal et auteur du rapport Rwanda-The Preventable Genocide (“Rwanda - le génocide évitable”). Il confirme tous les principaux faits et conclusions du livre de Linda Melvern ».

Tout en insistant sur l'interaction complexe des politiques ethniques et régionales, des rapports de classe ainsi que des pressions internationales qui ont conduit au « génocide rwandais », le rapport de 300 pages est fondé sur la revendication infondée selon laquelle le gouvernement établissait un plan de haut niveau pour exterminer tous les Tutsis, faisant fi des preuves écrasantes (et de toute logique) qui indiquent la culpabilité du FPR de Paul Kagame dans le crash de l'avion présidentiel, ce qui a déclenché les meurtres génocidaires. Ce document met également l'accent sur la perspective de Dallaire. Une recherche de mots dans le rapport révèle 100 mentions de « Dallaire », cinq fois plus que « Booh-Booh », le commandant général de la mission de l'ONU.

Au lieu d'un aperçu global de la tragédie rwandaise, le rapport de l'OUA s'attarde exclusivement sur l'influence du Canada au sein des instances internationales. Caplan raconte dans le magazine Walrus : « en attendant le vol de Toronto, où je procèderai à toutes mes lectures et à l'écriture » sur un rapport que « j'ai nommé ... The Preventable Genocide ». Partiellement financé par le Canada, l'initiative entière a été lancée par la secrétaire d'État américaine Madeleine Albright.

Caplan est un fervent défenseur de la noble histoire générale canadienne. En 2017, Caplan, qui a mis en place une organisation avec Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères de longue date de Kagame, a porté aux nues Dallaire, le plaçant «certainement parmi les citoyens les plus admirés au Canada, voire le plus admiré».

L'admiration du rôle de Dallaire au Rwanda repose sur un récit très simpliste de ce qui s'est passé en 1994. Dans leur hâte de promouvoir un sauveur canadien en Afrique, les libéraux de gauche ont jeté la confusion dans la compréhension à l'échelle internationale de la tragédie rwandaise, ce qui a renforcé la dictature de Kagame et lui a permis de déchaîner sa violence au Congo.

Lorsque certains commentateurs prétendent que davantage de Tutsis ont été tués que de Tutsi ne vivaient alors dans le pays, il est temps de réévaluer les discussions populaires sur la tragédie du Rwanda.

Source : yvesengler.com

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