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Images d'Alep renaissante: maillots de bain, concerts et reconstruction ce premier été sans jihadistes

mardi, 25 juillet 2017 13:13
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Traduction par William

Lorsque les chauffeurs de taxi et de bus conduisent les journalistes en Syrie via l'autoroute Beyrouth-Damas ces jours-ci, ils signalent à leurs passager l’arrivée à destination par un message rapidement devenu une sorte de tradition locale : « bienvenue à la vraie Syrie. » proclament-ils avec assurance. Les Syriens vivant dans les zones gouvernementales ne sont que trop conscients de la façon dont le monde extérieur perçoit leu gouvernement et les villes sous son contrôle. Après des années d’images souvent trompeuses  et  de prises de vues produites par les combattants de l'opposition relayées avec avidité par une presse occidentale désireuse de présenter Assad comme  « pire que Hitler » , de nombreux citoyens syriens ordinaires publient de plus en plus sur les médias sociaux des images et des scènes de la Syrie présentant une autre vision : ils considèrent que leur pays déchiré par la guerre est fondamentalement laïque, fait preuve de pluralisme religieux, est socialement tolérant et revient lentement à la normale grâce à ses institutions gouvernementales stabilisantes.

Durant la phase la plus intense des combats à Alep en 2016, le journaliste vétéran Stephen Kinzer rappelait aux Américains dans les pages éditoriales du  Boston Globe que les médias ont présenté de la Syrie une vision déformée. Kinzer  a brossé un tableau tout à fait opposé à la perception créée par ces médias:

« La couverture de la guerre en Syrie restera comme l'un des épisodes les plus honteux de l'histoire de la presse américaine ...  Pendant trois ans, des militants violents ont dirigé Alep. Ils ont commencé par une vague de répression. Ils ont affiché des avis avertissant les résidents: « N’envoyez pas vos enfants à l'école. Si vous le faites, nous allons prendre leur sac à dos et vous recevrez un cercueil. » Puis ils ont détruit les usines, dans l'espoir que les chômeurs n’aient d'autre recours que de devenir des combattants. Ils ont pillé les machines et les ont transportées par camion vers la Turquie pour les vendre...

Les Etats-Unis ont le pouvoir de décréter la mort des nations. Ils peuvent le faire avec le soutien populaire parce que beaucoup d'Américains - et de nombreux journalistes - se contentent de la version officielle. »

En ce premier été de calme relatif dont peuvent jouir les résidents d'Alep après plus de quatre ans d’un conflit épuisant, la ville communément appelée « le joyau de la Syrie » renaît encore une fois de ses cendres. Les journalistes étrangers ont également pour la première fois accès à des endroits comme Alep-Est et le cœur de la « vieille ville » fortifiée. Quelques rares correspondants honnêtes, incapables de nier l'optimisme de la population locale et le zèle avec lequel elle entreprend des projets de reconstruction, reconnaissent que la stabilité et la normalité sont revenues seulement après l’expulsion des derniers djihadistes par le gouvernement syrien et ses alliés.

La presse et la classe politique occidentales qui pleuraient généralement la libération de la ville des groupes d'Al-Qaïda comme al-Nusra (al-Qaïda en Syrie), appelant les actions du gouvernement  « massacre »  et  « génocide » , trouvent aujourd'hui une réalité qui ne peut être ignorée ou niée: les Aleppins reviennent aux parties ravagées de la ville pour reconstruire, ils profitent de la vie nocturne, vont à des concerts de musique, restent tard dans les cafés; les familles font de la natation dans les piscines locales, les femmes se promènent en t-shirts et en jeans, libérées de l’oppression des combattants wahhabites qui régnaient dans une partie de la ville.

L’article de Kinzer dans le Boston Globe concluait que la toile d'hypothèses sur la Syrie tissée par les médias et servie au public au fil des ans était « effroyablement éloignée de la réalité » avertissant que ces mensonges sont « susceptibles de prolonger la guerre et de condamner plus de Syriens à la souffrance et à la mort. »  Comme de nouvelles images du vrai Alep et de la véritable Syrie continuent d'émerger, il est essentiel de revoir le plus destructeur des mensonges qui ont contribué à servir à prolonger cette guerre tragique et brutale.

Les Aleppins ne voulaient pas vivre sous la domination islamiste wahhabite

Selon de multiples rapports de témoins oculaires, la façon dont la guerre fit son entrée dans les environs d'Alep ne fut pas avant tout par des manifestations publiques de masse et la répression du gouvernement, mais par une agressive insurrection djihadiste qui éclata soudainement et fut alimentée de l'extérieur de la ville. Selon l’ambassadeur indien en Syrie à l’époque, V. P. Haran (de 2009 à 2012), Alep dans l'ensemble a été entraînée à contrecoeur dans la guerre après être restée silencieuse et stable alors que d'autres villes étaient ravagées par la guerre. Dans un entretien détaillant sa propre expérience sur le terrain des premières années de la guerre en Syrie, l'ambassadeur a déclaré:

« Bientôt des parties de Latakia, Homs et Hama devinrent chaotiques, mais Alep est restée calme et cela troublait grandement l'opposition. Ne pouvant pas soulever la population d’Alep contre le régime, l’opposition a envoyé des pleins autobus de manifestants à Alep. Ces gens parcouraient la ville en causant des incendies dans les rues. Les journalistes diffusaient alors ces images en disant qu’Alep se soulevait. »

Pourquoi a-t-il fallu jusqu'en juillet 2012  - plus d'un an après le début du conflit en Syrie - pour qu’Alep voie ses premiers combats? Pourquoi ses résidents ne se sont-ils pas « soulevés » contre le gouvernement?

La réponse est simple. La majorité des Syriens, qu'ils soient sunnites, chiites, alaouites, chrétiens, kurdes ou ismaéliens, sont des individus sains d'esprit - ils ont vu ce qu’est la vie sous la férule rebelle marquée par les tribunaux de la charia, les interdictions du tabac et de l'alcool, les flagellations publiques, les exécutions de rue, la profanation des églises et le nettoyage ethnique des minorités. Ils reconnaissent qu'il existe une véritable identité nationale syrienne, et cela va au-delà de la simple loyauté envers la clique dirigeante actuelle qui se trouve être au pouvoir, et cette société pluraliste levantine syrienne rejette la théocratie de style saoudien.

Le genre de pluralisme religieux et culturel visible dans les démocraties libérales de l'Occident existe aussi en Syrie grâce, paradoxalement, à une politique d’accommodement et de conformisation soutenue par un État policier autoritaire. On peut même trouver des Juifs syriens vivant dans le quartier juif historique de la vieille ville fortifiée de Damas à ce jour.

Les centres urbains syriens ont depuis des décennies été marqués par une culture et une vie publique quasi-laïques associées à une coexistence pluraliste. Alep elle-même a toujours été un pôle marchand prospère où il est courant de voir dans la rue des femmes cheveux au vent marchant côte à côte avec des femmes portant le voile (hijab), des cinémas et des magasins d'alcool, la fumée de narguilé de fin de nuit dans les cafés bondés, et de grandes églises voisinant des mosquées, différentes communautés vivant dans une coexistence pacifique. Selon de nombreux témoignages, l’Alep d’autrefois, dynamique, laïque et pluraliste revient maintenant à la vie (et n’a jamais réellement cessé à Alep-Ouest où s’est maintenu le gouvernement).

Les « modérés » n’ont pas « libéré » Alep, mais servaient de couverture à une invasion d’ISIS et al-Qaïda

L' un des événements les moins rapportés et les plus mal compris entourant la façon dont toute la province d' Alep et la région Nord de la Syrie sont devenues un nid de djihadistes étrangers est la chute de la base aérienne de Menagh stratégiquement située près d' Alep.  Selon ce qu’indique une chronologie des événements publiée par Reuters:

« Au début de 2012 les rebelles prirent le contrôle des zones rurales au nord-ouest de la ville d'Alep, assiégeant la base aérienne militaire de Menagh et les villes en grande partie chiites de Nubl et Zahra. »

Après un long siège de Menagh, la base est finalement tombée en août 2013 aux factions djihadistes sous le commandement de l’Armée syrienne libre (FSA) soutenue par l'armée américaine. Cet événement a été déterminant pour les combattants rebelles gagnant ainsi assez de territoire pour couper la route  Alep-Damas, ce qui leur a permis d'encercler complètement Alep pour une grande partie de cette année. Cependant un détail encore peu connu mais extrêmement important de l'épisode Menagh est que les rebelles n’ont pris le dessus qu’après avoir été rejoints par des kamikazes ISIS commandés par  Omar le Tchétchène  (commandant militaire le plus haut gradé d’ISIS aujourd'hui décédé). La chute de cette base du gouvernement est ce qui a ouvert un couloir djihadiste permanent dans le Nord, permettant aux terroristes de pénétrer toute la région. Le commandant de l'opération était un ami personnel de l'ambassadeur américain Robert Ford, le colonel Abdel Jabbar al-Okaidi, qui était à la tête du Conseil militaire révolutionnaire d'Alep (FSA) financé par les États-Unis et le Royaume-Uni.  Okaidi a travaillé en tandem avec le commandant militaire d’ISIS Omar le Tchétchène et son équipe sur cette opération - tout en étant pris en charge par les États-Unis et la Grande-Bretagne.

En ce qui concerne la relation étroite entre Okaidi et la faction ISIS à l'été 2013, il y a effectivement des preuves vidéo et le témoignage d'un témoin oculaire (l’ambassadeur américain Ford lui-même a plus tard admis cette relation à McClatchy News). Étonnamment, la vidéo, intitulée  « US Key Man in Syria Worked Closely with ISIL and Jabhat al Nusra »  n'a pas eu une très grande distribution publique, même si elle a été authentifiée par le meilleur expert sur la Syrie aux États-Unis, Joshua Landis, de l'Université de l’Oklahoma, auteur du très influent Syria CommentSur son compte Twitter, le Dr Landis  a commenté: « en 2013 WINEP a plaidé pour l'envoi de l’intégralité de l'aide militaire américaine par lui [le colonel Okaidi]. Souligne problème américain avec modérés. »

La vidéo documentant la visite de l'(ex-) ambassadeur américain Robert Ford au colonel Okaidi de la FSA en Syrie du Nord montre également le même colonel Okaidi célébrant avec et louant un commandant ISIS bien connu,  Emir Abu Jandal, à la conclusion de leur opération commune  sur Menagh. Dans une entrevue, cet « homme-clé » des États-Unis à l’époque, par qui transitait toute l’aide américaine, a également salué ISIS et al-Qaïda comme des « frères » de la FSA. Abu Jandal faisait partie de l’équipe ISIS d'Omar le Tchétchène assistant la FSA. En outre des preuves vidéo confirment également le rôle d'Omar le Tchétchène à Menagh. Ces vidéos montrent également Okaidi déclarant avec fierté qu’al-Nusra (Al-Qaïda en Syrie) représente 10 % de la FSA. La FSA a toujours été surtout une campagne de marque pour vendre les rebelles comme des « modérés » à des médias occidentaux crédules plutôt qu'une réalité sur le terrain; c’était une lâche coalition de divers groupes épousant le jihad militant avec l'objectif ultime d'établir un système politique islamiste en Syrie.

En fin de compte, les groupes terroristes comme ISIS - tous des entités cherchant collectivement un changement de régime à tout prix - ont connu une ascension fulgurante en Syrie en raison du soutien du gouvernement et des médias américains pour ces soi-disant « rebelles modérés », même au coût élevé de la mort de masse de civils et de la souffrance résultant inévitablement du déclenchement d’une insurrection dans les zones urbaines.

L'armée syrienne et le gouvernement n’ont jamais été « chiites » ou sectaires

Le récit du printemps arabe était le prisme idéologique selon lequel des experts opposèrent d'abord le présumé oppressif « régime alaouite / chiite » au soulèvement populaire de la majorité sunnite de la Syrie. Comme les Sunnites représentent environ 70% de la population de la Syrie, c’était tout simplement une question de chiffres et de temps. Mais ce point de vue s’avéra simpliste et, selon une étude de West Point peu connue, tout à fait faux. Il était communément admis que l'armée syrienne était une institution alaouite en déliquescence dont les conscrits sunnites attendaient craintivement un moment opportun pour joindre les forces rebelles. Ce fut la supposition fondamentale derrière des années de prédictions répétitives de l'effondrement imminent du régime Assad, fondée sur une vision de l'armée syrienne en faisant une institution foncièrement faible et sectaire. Mais l'étude de West Point de 2015 intitulée  Syria’s Sunnis and the Regime’s Resilience   concluait:

« Les Sunnites et, plus particulièrement les Arabes sunnites, continuent de représenter la majorité des membres réguliers des troupes de l'armée. »

Les révélations impopulaires  de l'étude ont confirmé que l'armée syrienne, qui a assuré l’intégrité de l'état tout au long de cette guerre, reste avant tout une entreprise sunnite alors que son idéologie directrice est fermement nationaliste et non-sectaire.

Le plus haut gradé syrien victime d'une attaque rebelle fut le général Daoud Rajiha, ministre de la Défense et ancien chef d'état-major de l'armée, tombé en 2012 lors d’un attentat à la bombe majeur à un bureau de la sécurité nationale à Damas. Le général Rajiha était un chrétien orthodoxe. De nombreux chrétiens et officiers d'autres dénominations ont servi à des postes de commandement dans l'armée syrienne depuis des décennies - reflet de l'atmosphère généralement nationaliste et tolérante des différences religieuses de la Syrie.

La presse grand public n'avait pas de journalistes à Alep, mais à des centaines de kilomètres plus loin.

Les zones urbaines fortement peuplées de la Syrie demeurèrent aux mains du gouvernement. Mais la plupart des reportages a eu tendance à déshumaniser toute voix issue des zones tenues par le gouvernement, où habitent la majorité des Syriens. La guerre a causé le déplacement à l’intérieur de la Syrie de plus  de 6,5 millions de personnes  - la grande majorité  d'entre eux trouvant refuge en territoire gouvernemental. 

Le fait demeure que des têtes d’affiche des médias grand public occidentaux et de la communauté des analystes politiques parlent et écrivent souvent sur la Syrie mais n'ont jamais passé beaucoup de temps dans le pays. Tout au long de la majeure partie de la guerre, ces gens ont surtout parlé depuis des capitales occidentales – à des milliers de kilomètres du terrain - ou, si c’était depuis un bureau au Moyen-Orient, sans jamais quitter la sécurité d’endroits comme Beyrouth ou Istanbul. Encore moins ont les compétences nécessaires en langue arabe pour suivre le rythme des événements locaux et régionaux. Certains n’ont jamais été en Syrie du tout. Ils deviennent les relais consentants de la propagande rebelle diffusée par le truchement de messages WhatsApp et d’entrevues sur Skype, ce qui a particulièrement été le cas lors de la bataille d’Alep. Qu'une grande partie du monde considère ces personnes comme les autorités sur ce qui se passe en Syrie est une farce plus qu’absurde.

Nous espérons que la menace djihadiste sera complètement expulsée et que la guerre internationale par procuration qui a pris tant de vies et détruit tout un pan d'une belle nation va enfin se terminer. Les Aleppins et d'autres Syriens sont déjà en train de reconstruire - ils se préparent avec optimisme pour l'avenir. Bienvenue au vrai Alep.

Source : zerohedge.com

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