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Laissez tomber le mythe. Lester Pearson n’était pas un ami de la Palestine

dimanche, 16 avril 2017 22:42
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Traduction par William

Le mythe de Lester B. Pearson grand homme d'État du Canada architecte de la paix au Moyen-Orient perdure encore. Il est même parfois invoqué par les partisans pro-Palestiniens. Le seul problème est qu'il est tout à fait faux. Pearson a été complice et a même encouragé le génocide ethnique du peuple palestinien.

Thomas Woodley, président de Canadiens pour la justice et la paix au Moyen - Orient, a écrit dans un récent blog que « Lester B. Pearson a remporté un prix Nobel de la paix pour son rôle dans la médiation de la crise de Suez en 1956, et pendant de nombreuses décennies depuis, beaucoup ont perçu le Canada comme un «honnête intermédiaire » au Moyen-Orient, ayant la confiance autant d’Israël que des Palestiniens. »

En fait, Pearson a permis le nettoyage ethnique de la Palestine en 1947-1948 par le mouvement sioniste. Au cours de la crise de Suez la principale préoccupation de Pearson était le désaccord entre les États-Unis et le Royaume-Uni sur l'invasion britannique israélo-française, et non pas la souveraineté égyptienne ou le sort du peuple de ce pays, et encore moins celui des Palestiniens.

Sous la pression militaire sioniste croissante après la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne se préparait à remettre son mandat sur la Palestine à l'ONU nouvellement créée. En réponse, l'organisme international dominé par les États-Unis a formé la Première Commission sur la Palestine, qui a été chargée d'élaborer le mandat d'un comité qui trouverait une solution pour le mandat britannique.

Le sous-secrétaire des Affaires extérieures du Canada, qui avait clairement exprimé sa sympathie pour le sionisme dans un discours prononcé en mars 1945, a présidé la Première Commission qui a créé le Comité spécial des Nations Unies sur la Palestine (UNSCOP) en mai 1947. À la Première Commission, Pearson a rejeté les appels arabes pour une fin immédiate du mandat britannique et la création d'un pays indépendant et démocratique. Il a également appuyé la pression de Washington pour admettre un représentant de l'Agence juive aux discussions de la Première Commission (en fin de compte un représentant palestinien a aussi été admis avec celui de l'Agence juive). Pearson a tenté de définir l’UNSCOP en grande partie pour faciliter les aspirations sionistes.

Le Haut Comité arabe voulait la question des réfugiés juifs européens exclue du mandat de l’UNSCOP mais le diplomate canadien a travaillé pour lui donner un mandat « d'enquêter sur tous les tenants et aboutissants du problème de la Palestine. » Une note de service du département d'État américain a noté que Pearson « s’est montré être un président exceptionnel pour [le premier] Comité. »

La Ligue d'amitié canadienne arabe, d'autre part, s’est plainte que le plan de la Première Commission pour l’UNSCOP était « sans responsabilité en pratique et une invitation à ... des actes de terrorisme de la part du sionisme. » Les Arabes, poursuivait la Ligue, « ne s’abstiendront jamais d'exiger pour ... la Palestine la même liberté dont jouissent actuellement les autres pays arabes, » nouvellement indépendants de la domination coloniale.

Opposés à l'idée que les représentants du Canada, du Guatemala, de la Yougoslavie et d'autres pays puissent décider de leur avenir, les Palestiniens ont boycotté l’UNSCOP. En dépit de l'opposition du premier ministre Mackenzie King, le sous-secrétaire Pearson a engagé le Canada à envoyer un délégué sur la mission UNSCOP en Palestine. Pour justifier sa position au ministre des Affaires extérieures, Louis Saint-Laurent, Pearson a affirmé « avoir retiré notre candidat à ce moment aurait été mal interprété et aurait eu un effet négatif sur la discussion. » En fait, Pearson était beaucoup plus disposé à suivre l'exemple de Washington que le premier ministre.

Le représentant principal du Canada sur l’UNSCOP, Ivan C. Rand, a oeuvré pour le plus grand état sioniste possible et est considéré comme l'auteur principal du rapport majoritaire à l'appui du partage de la Palestine en états ethniquement distincts.

A la fin de la mission de l’UNSCOP ses rapports majoritaire et minoritaire ont été envoyés au Comité spécial de l'ONU sur la question palestinienne. Insatisfait du rôle de Pearson à la Première Commission, le premier ministre ne permit pas au futur lauréat du prix Nobel de présider le Comité spécial sur la question palestinienne, malgré la demande de Washington.

Mackenzie King a écrit que Pearson « se prêtait peut-être trop entièrement aux désirs des autres, » une référence codée au département d'État américain. Pourtant, il joua un rôle majeur au sein du Comité spécial. À ce forum Pearson rejeta la motion des pays arabes pour que la Cour internationale de Justice décide si l'ONU pouvait diviser la Palestine. (Sous la pression des États-Unis, le Comité spécial vota contre, 21 à 20 - avec 16 abstentions, la délégation à la Cour internationale de la décision de trancher la question.)

Le Comité ad hoc a été divisé en deux sous-comités, le premier sur le plan de partition et l'autre sur un état binational. Au Comité spécial 1 du Comité ad hoc, Pearson a travaillé fébrilement à négocier un accord de partition acceptable pour Washington et Moscou. Préoccupé par les grandes puissances, les problèmes des habitants autochtones ne dérangent pas l’ambitieux sous-secrétaire. Il rejette les solutions qui ne comportent pas la partition, ce qui signifie en fait le soutien d'un État juif sur la terre palestinienne.

En réponse à un plan binational proposé par le Comité spécial 2, il a affirmé: « La proposition de l'État unitaire ne voulait rien dire - une recommandation « tombée de la lune et lancée au hasard. » Pearson a déclaré: « un 'foyer national' [juif] était une condition sine qua non [condition essentielle] de tout règlement. »  Il a expliqué plus tard: « Je n’ai jamais cessé d’être de l’avis qu'une solution au problème était impossible sans la reconnaissance d'un État juif en Palestine. Pour moi, ce fut toujours le cœur de la question. »

Pearson a joué un rôle central dans le plan de partition du Comité spécial 1. Le New York Times et le Manchester Guardian ont tous deux publié des articles sur son rôle dans la phase finale des négociations. Surnommé le « plan canadien », l’accord final du Comité spécial 1 entre les États-Unis et l' URSS sur la façon de mettre en œuvre la partition était « un résultat des efforts inlassables de Lester B. Pearson, » selon un article de première page du New York Times. Certains groupes sionistes l'ont appelé le « Lord Balfour » du Canada et « rabbin Pearson. » En 1960, Pearson a reçu le Médaillon de la vaillance d'Israël et après sa démission comme premier ministre en 1968, il a reçu le prix Théodore Herzl de l'Organisation sioniste d'Amérique pour son « engagement à la liberté juive et Israël. »

Par son soutien à la partition, il s’opposa aux revendications morales et politiques de la population indigène pour leur souveraineté sur leur territoire. De 90 % des habitants du territoire au début du mandat britannique, à la fin de 1947 les Arabes représentaient encore les deux tiers de la population de la Palestine. En dépit du fait qu’ils ne constituaient qu’un tiers de la population, dans le cadre du plan de partition de l'ONU les Juifs se sont vus accorder la majeure partie du territoire. Pearson a imposé un plan qui a donné à l'État sioniste 55 % de la Palestine en dépit du fait que la population juive en possédait moins de 7 %. Selon l'historien israélien Illan Pappe, « à l'intérieur des frontières de leur futur État proposé par l'ONU, ils [les Juifs] ne possédaient que 11 % des terres et étaient la minorité dans chaque district. Dans le Néguev [désert] ... ils constituaient 1 % de la population totale. »

Le sous-secrétaire Pearson n'a pas été soutenu par le premier ministre, qui voulait aligner le Canada plus étroitement avec la position de Londres. Alors que le roi était préoccupé par la Grande-Bretagne, d'autres représentants du gouvernement ont sympathisé avec les Palestiniens. Le ministre de la Justice JL Isley a dit qu'il était « gravement préoccupé » que le plan la partition ne réponde pas aux « très fortes revendications morales et politiques des Arabes. » 

Le seul expert du Moyen-Orient au ministère canadien des Affaires extérieures, Elizabeth MacCallum, a affirmé qu’Ottawa a soutenu la partition « parce que nous nous fichions de la démocratie. » L'avis de MacCallum contrariait Pearson , qui organisait des réunions de fin de soirée auxquelles il était difficile pour elle de participer. En dépit de n’avoir pu convaincre son patron aux Affaires extérieures, MacCallum fit preuve d’une extrême clairvoyance. Au moment du vote de la partition, note The Rise and Fall of a Middle Power, « MacCallum griffonna une note qu’elle passa à Mike (Pearson) disant que le Moyen-Orient était maintenant parti pour 40 ans de guerre en raison du manque de consultation avec les pays arabes. » C’était prémonitoire, même si elle a  sous-estimé la durée du conflit.

Un représentant de la Ligue d’amitié arabo-canadienne a expliqué:

« Notre gouvernement canadien a à un moment donné aussi favorisé la création d'un État fédéré de la Palestine ayant au moins une certaine ressemblance avec une solution démocratique .... M. Lester B. Pearson et le juge Ivan C. Rand ont changé cette position officielle de notre gouvernement.  Au lieu de la solution démocratique, ces messieurs ont fait de leur mieux pour imposer aux arabes l’infâme schéma de partition. Le monde arabe, j’en suis sûr, se rappellera d’eux. »

Un énorme coup de pouce au désir des mouvements sionistes d'un État ethnique, la partition de l'ONU du mandat britannique en Palestine a causé le déplacement d'au moins 700,000 Palestiniens. L’érudit Walid Khalidi se plaignait que la Résolution 181 (partition) de l'ONU était « un geste hâtif accordant la moitié de la Palestine à un mouvement idéologique qui a déclaré ouvertement déjà dans les années 1930 sa volonté de dé-arabiser la Palestine. »

Qu'est-ce qui a incité Pearson à soutenir Israël? Le lobbying juif ne l’a influencé que partiellement. Fils d'un pasteur méthodiste, le sionisme de Pearson trouve en partie sa source dans les enseignements bibliques. Ses mémoires font référence à Israël comme « la terre de mes leçons de bible du dimanche » où il a appris que « la place des  Juifs est en Palestine. » Un livre sur Pearson note : « on parlait beaucoup à l'école du dimanche de la maison historique des Juifs, mais rien sur les habitants arabes. » À un moment donné l’éminent homme d'État du Canada a dit qu'il en savait plus sur la géographie de la Terre Sainte que sur celle de l'Ontario et dans un discours en 1955 Pearson a appelé Israël (aux côtés de la Grèce et Rome) la source des valeurs occidentales.

De façon plus pratique, la création d'Israël réduisit la pression sur Ottawa - largement antisémite - d'accepter des réfugiés juifs dans l’après-guerre. À la fin de la guerre, l'administration de secours et de réhabilitation des Nations Unies (UNRRA) était censé aider à réinstaller quelques centaines de milliers de déplacés juifs européens.

Quand il était ambassadeur à Washington, Pearson a représenté le Canada à plusieurs réunions de l’UNRRA, où il défendit fidèlement la position du gouvernement contre l'immigration juive. Après qu’une réunion pour discuter de réfugiés européens eut été déplacée d'Ottawa aux Bermudes,  le livre None is Too Many note : « Pearson exultant câbla au [Sous - secrétaire Norman] Robertson que la pression était levée et que « dans les circonstances, » Ottawa n'était plus « considérée » [pour accueillir la réunion]. Et, ajouta-t-il, encore plus important, on ne demandera pas au Canada de participer à la conférence. » Pearson croyait qu’envoyer les réfugiés juifs en Palestine était la seule solution raisonnable à leur situation.

Mais la question des réfugiés était moins préoccupante que les relations américano-britanniques. En 1947, Pearson était plus concerné par le désaccord anglo-américain sur la Palestine  que par la crise palestinienne elle-même. « Je ne pensais pas aux ennuis découlant d'une guerre en Palestine », a-t-il expliqué. « Je pensais à des problèmes en termes d'une différence d'opinion entre Londres et Washington. C’est toujours un cauchemar pour le Canada, évidemment. » Pearson craignait que le désaccord entre Washington et Londres sur la Palestine ne nuise à l'alliance américano-britannique et à l'émergence de l'Alliance de l'Atlantique Nord.

Par-dessus tout, l’ambitieux diplomate voulait s'enligner ainsi que le Canada avec Washington, la puissance hégémonique émergente du monde. « Pearson coordonnait habituellement ses mouvements avec les Américains, » explique Personal Policy Making: Canada's role in the adoption of the Palestine Partition Resolution. Pour déterminer leur position au Comité ad hoc de l'ONU, par exemple, les délégués du Canada « jugèrent particulièrement important de connaître la position de l'Amérique. » Un membre de la délégation canadienne a expliqué: « [nous] ne parlerons qu’après que les Etats-Unis se soient prononcés. »

D'une importance capitale pour le soutien du Canada à la partition était la croyance selon laquelle un État juif au Moyen-Orient servirait les intérêts occidentaux. Un rapport interne distribué aux Affaires extérieures au cours des négociations de l'ONU expliquait: « Le plan de partition donne aux puissances occidentales la possibilité d'établir un État juif progressiste indépendant en Méditerranée orientale disposant de liens économiques et culturels étroits avec l'Occident en général et en particulier avec les États-Unis. »

Dans une note de service en 1952 au Cabinet, Pearson a répété cette opinion. « Avec tout le monde arabe dans un état de troubles internes [après le renversement de la monarchie soutenue par les Britannique en Égypte] et pris d’une hystérie anti-occidentale montante, Israël commence à émerger comme le seul élément stable dans toute la région du Moyen-Orient. »  Il a poursuivi en expliquant comment « Israël peut jouer un rôle important dans la défense occidentale comme pivot sud des plans actuels de défense » de la Méditerranée orientale. Pearson a soutenu Israël en tant que possible allié de l'Occident au cœur d’un Moyen-Orient producteur de pétrole.

Pearson ne représente pas une politique impartiale, et encore moins axée sur la justice, envers les Palestiniens. Au lieu de cela, il doit être placé au sommet d'une longue liste de fonctionnaires canadiens qui ont aidé et encouragé leur spoliation.

Source : rabble.ca

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