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Analyse politique : Le PQ piégé par la «paix sociale»

jeudi, 15 decembre 2016 07:50
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Dur combat que le nôtre

Gilles Verrier

Ce 13 décembre, je plaçais un commentaire sur Vigile, à la suite de l'éditorial de Richard Le Hir ( http://vigile.quebec/Seize-ans-plus-tard-l-injustice-78892 ) qui revenait à la charge, seize ans plus tard, sur cette affaire de trahison au sein du Parti québécois. Une affaire qui continue de hanter le PQ et de diviser à la marge. Beaucoup d'encre a coulé sur l'assassinat politique d'Yves Michaud depuis le temps, mais tout n'a pas encore été dit. Il en reste même  beaucoup à dire en ce qui concerne les vraies leçons politiques à en tirer. L'analyse politique indépendantiste, qui ne dispose pas de chaires de recherches ponctuellement subventionnées par l'État fédéral peut retarder un temps quant à son habileté à faire le point, mais tôt ou tard, la «vérité de situation», pour reprendre l'expression de Philippe Grasset, doit émerger. On y vient. Non pas grâce à l'abondance d'argent mais par le sentiment satisfaisant de se dépenser pour une cause juste.  

Vous trouverez mon commentaire reproduit à la fin de ce texte. Les commentaires de MM. André Gignac et Jean Brilland (lien ci-dessus), que je vous invite à lire, sont représentatifs du ras le bol des Québécois et des vrais patriotes par rapport à cette infamie qui perdure.

Pour ma part, nullement convaincu que les leçons de l'affaire Michaud ont été épuisées, principalement en termes d'analyse du rapport de force qui nous traverse, je vous propose les pistes qui suivent,afin d'évoluer vers une stratégie de libération du Québec plus conséquente avec ce que j'estime être l'état des lieux. 

En seize ans, on a surtout vu que la lucidité dans cette affaire était insupportable tant elle est aveuglante. À l'opposé, le refuge confortable du déni, commun, pour continuer à penser en rond, ayant pour leitmotiv : «On peut faire encore tranquillement l'indépendance par voie référendaire et dans la paix sociale, en 2022 ou plus tard», alors que le pouvoir, le vrai, nous a dit non et nous a prévenu : «there is no alternative», pour reprendre ce mot devenu célèbre de Margaret Thatcher.

Le cas Michaud, modèle de répression destiné à marquer les esprits. 
L'antisémitisme n'était bien sûr qu'un prétexte. Comme bien souvent, pour ne pas dire la plupart du temps, ces accusations d'antisémitisme font recette pour discréditer les gêneurs. Au sein de notre société post-moderne et prétendument sans tabou, le soupçon d'antisémitisme en est quand même venu à constituer la mise à mort pour quiconque voudrait se tailler une carrière politique, médiatique ou universitaire. Dans le cas de Michaud, retraité et repu de sa carrière, il s'agissait de stopper un homme. D'empêcher que se croncétisent ses ambitions de retour à la politique, lui qui se proposait de remettre en cause le statu quo linguistique. Qui a tant voulu que cet homme d'expérience, député libéral à une autre époque, ambassadeur et porteur de tant de réussites ne siège jamais à l'Assemblée nationale alors qu'aucune ambition personnelle ne l'y appelait? Qui a tant voulu qu'il ne contribue plus à l'évolution de la société et de la nation québécoise? 

Lucien Bouchard n'avait pas caché sa mauvaise humeur à l'idée de voir apparaître Yves Michaud sur une banquette de l'Assemblée nationale. On lui servit prestement le diagnostic d'antisémite avec la médecine conséquente. L'effet du médicament l'aura poussé à l'écart.  Effectivement, depuis Camille Laurin, l'homme politique, artisan de la Loi 101, celui qui a peut-être le plus osé et combattu avec succès pour donner au français un vrai statut de langue majoritaire; la possibilité d'un retour aux beaux jours d'une telle audace, ce que portait symboliquement Yves Michaud, ne pouvait désormais plus passer. Le Parti québécois, défait au référendum improvisé de 1995, s'était fait avertir vertement dans la foulée (de 1995 à 2000) que la remise en cause du statu quo canadian ne serait plus tolérée. Dans ce cadre, la Commission Gomery a été instituée et largement médiatisée afin de dévoiler publiquement le sentiment autoritaire, impérial et même hostile qui anime le Canada anglais et ses laquais à l'égard de la nation francophone d'Amérique. La parole maintes fois rapportée de Chuck Guité, «Nous étions en guerre», dit tout. 

Le message a passé chez les élites. Il a été compris dix sur dix. Certains ne voulurent pas se soumettre mais la direction du Parti québécois le fit. À ce point que Jacques Parizeau avoua publiquement regretter sa démission prématurée. Les circonstances du coup de force post-référendaire (atmosphère agressive maintenue en permanence avec la Loi sur la clarté, Gomery, Galganov, Johnson, partitionnisme, campagne des drapeaux, etc.) expliquent que la défense de la langue française, avec la volonté d'obtenir de vrais résultats, comme le souhaitait ardemment Michaud, ne pouvait désormais plus passer. D'autant que Michaud n'était pas un facétieux mais un homme qui avait les moyens de ses ambitions. Bref, que Michaud annonce vouloir se présenter dans Mercier est reçu comme une menace pour la paix au sein du Parti québécois, son chef Lucien Bouchard en tête. 

Le Parti québécois ayant refusé d'en remettre après la courte défaite de 1995 aura couru à sa perte. Qui refuse le combat recule. Le PQ intégra vite avec Lucien Bouchard et Bernard Landry son rôle de gardien de la paix sociale au service d'un statu quo qui nous défavorise. Ne voulant pas casquer le bris de la paix sociale, le PQ décida d'agir dans la tradition du colonisé, c'est-à-dire de se soumettre à ceux, maintes fois plus puissants, qui menaient, selon leurs propres mots, une guerre contre nous. Depuis, le Québec connaît la paix sociale, c'est-à-dire la paix des vaincus. Cette paix déshonorante qui consiste à se soumettre aux menaces du suprémacisme anglo-saxon canadian, et à ne rien réclamer (pour de vrai) qui ne lui soit inacceptable.

La rupture de la «paix sociale» constitue désormais une menace dont la victime serait le coupable, le PQ en ressort doublement perdant. Piégé et impuissant. La suprématie continentale, réitérée par l'impérialisme anglo à l'occasion de l'affaire Michaud, qui en est un moment fort et une parfaite illustration, signifie que toute tentative d'exercer un pouvoir démocratique au Québec, c'est-à-dire d'exercer la démocratie dans l'intérêt de la majorité, conduirait à des troubles sociaux. Nous sommes sous l'emprise d'une dictature bien camouflée. D'autant mieux camouflée que les premiers qui devraient la dénoncer sont ceux qui s'en sont faits les plus utiles complices. Ces complices attendent patiemment que le clan Desmarais, ou quelque autre puissance, ne change d'idée et trouve la souveraineté de bon goût, un bon jour, en accord avec ses propres intérêts égoïstes. Pour ceux qui ne l'auraient pas noté, la souveraineté populaire et démocratique, si elle survit dans les esprits et l'idéal est morte.

Le Québec est piégé et ses élites politiques, peu importe le parti, refusent de monter au front. Le dernier à l'avoir fait s'appelle Yves Michaud. Ce qu'il a subi est un avertissement général. On aurait tort de croire, comme plusieurs persistent bêtement à le faire, que le cas Michaud est une affaire fortuite. Ce n'est pas le cas. Si le Québec ose encore se lever, la répression l'attend. Bisounours rentrez chez-vous. C'est à partir de ce constat peu réjouissant qu'il faut commencer à parler d'indépendance.  Ceux qui ont compris ceci comprennent aussi qu'à la suite de Jacques Parizeau, dont le parcours n'est pas sans faute, le PQ a mis à sa tête une succession de chefs dont la principale caractéristique a été de s'en tenir à l'équilibre de la «terreur», une menace permanente qui plane sur la tête des opprimés et intériorisée par leurs représentants attitrés. Tout ceci au profit des suprémacistes anglo-saxons. Dur combat que le nôtre!   

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Reproduction de mon commentaire du 13 décembre dernier 

Monsieur Le Hir,
Votre éditorial est tout à fait juste et s’élève avec raison contre cette injustice qui a frappé un homme droit, un serviteur du Québec, un patriote. Trahir un des siens, quel que soit le pays ou la dynamique politique a toujours pour conséquence de diviser le peuple. C’est un tel geste de division qu’a posé la direction politique du Parti québécois.
Nous savons tous que Michaud est innocent, absolument innocent. Le Parti québécois persiste pourtant dans sa trahison. Il nous a montré qu’il est capable de tout, y compris trahir la cause qu’il prétend défendre. Seize ans ont passé. La réparation personnelle qu’attend toujours Yves Michaud est une chose sur laquelle il lui appartiendrait éventuellement de se prononcer. La réparation politique, quant à elle, n’est plus d’actualité. Le mal est fait. Depuis seize ans, la cohésion du peuple québécois n’a cessé de s’effriter. L’affaire Michaud, on le constate aujourd’hui, n’aura été qu’un jalon supplémentaire dans une trajectoire de replis en ce qui concerne la défense des intérêts fondamentaux du Québec. Notamment la défense du Québec français, une cause dont Yves Michaud s’était fait le champion.
Qu’il s’agisse d’immigration, de multiculturalisme, du sur-financement des universités et du système de santé anglo, du dénigrement de nos traditions et de notre passé religieux, ou encore de l’application rigoureuse de ce qu’il reste de la Loi 101, tous les partis présents à l’Assemblée nationale, spectacle bien médiatisé, se chamaillent sur les détails. Sur le reste ils gardent silence. Ils sont tous complices sur l’essentiel ; hormis l’occasionnel coup de gueule, ne jamais monter sérieusement au front pour défendre les grands enjeux, ne pas faire de vagues, ne jamais réveiller le peuple et ne jamais menacer le statu quo.
Typique de l’Affaire Michaud, l’Assemblée nationale reflète un très solidaire Québec, dans le pire sens de ce que peut être la solidarité. Un Québec uni dans son asservissement à la doxa mondialiste. Si bien que l’affaire Michaud, tant révélatrice, aura servi à prendre la mesure de l’asservissement politique du Québec à des forces étrangères et contraires à ses intérêts, et, on l’a vu, prêtes à faire violence aux meilleurs des nôtres. Dans ce triste cas, le Parti québécois a été leur instrument et a mené la charge. Je vous le dis, aucune excuse officielle ne viendra. C’est trop lourd.
Les leçons politiques de l’Affaire Michaud nous enseignent que le Québec, et au premier chef son Assemblée nationale (qui d’ailleurs n’a de nationale que l’épithète), est à la merci de puissances financières et idéologiques qui ont le pouvoir de non seulement faire condamner sans procès un homme qui n’a commis aucun délit, mais d’imposer ensuite l’omerta pendant seize ans.
Yves Michaud gênait et la dictature derrière la façade démocratique a trouvé un moyen expéditif de l’exclure. L’influence anglo-sioniste est telle dans nos institutions que Jean-François Lisée, qui ne cesse de donner des gages aux anglos, ne lèvera pas le petit doigt pour Yves Michaud. Si par malheur il le faisait, sa carrière politique serait finie. Il pourrait aller rejoindre Yves Michaud dans le groupe des brebis galeuses de « l’état profond », groupe qui grossit tranquillement et au sein duquel Vigile, entre autres, se démène.

2 commentaires

  • Lien Commentaire Bill vendredi, 16 decembre 2016 10:47 publie par Bill

    Voici une méthode avec laquelle on utilise pour liquider des nations. Elle est compliquée et prend deux ou trois générations à accomplir. Il faut commencer par le déstructurer en le coupant ses racines ceci rompant sa continuité historique. Il faut lui faire consentir par différent moyens à abandonner son patrimoine culturel et à lui confisquer sa mémoire nationale. On le dépouille de ses repères ancestraux. Il faut l’amener à déshonorer et à refuser l’expérience de son histoire et de ses traditions (livres, culture, culte, chansons, héros, famille, mère et père, sa langue.... On rompt son homogénéité nationale. Il faut le dissoudre en favorisant l'interruption de sa sélection parentèle en instituant le métissage sous toutes ses formes comme alternative naturelle. On corrompt doucement ses institutions du même coup lui faisant perdre confiance en elles car c’est bien par les Élites qu’une civilisation s’effondre. Et puis son pays devient un territoire sans nation propre à lui alors on le mondialise en ouvrant ses frontières aux cultures et nations du monde. Il faut qu’il se sente étranger dans sa propre patrie. Puis, lentement quelqu'un d'autre lui écrit d'autres livres, lui donne une autre culture, lui invente une autre histoire. Finalement ce peuple s'endort lentement et oublie ce qu'il est, ce qu'il était et le monde autour de lui l'oublie encore plus vite.

  • Lien Commentaire Alcide jeudi, 15 decembre 2016 12:16 publie par Alcide

    Excellente analyse! J'aimerais souligner que la même tactique avait été utilisée contre Péladeau- père en 1990. Toute la sphère médiatique s'était acharnée sur lui d'une seule voix. C'était -sauf erreur- tout juste après le coup de théâtre de Lucien Bouchard. PKP, lui-même objet d'un chantage auquel il céda, pourrais sans doute nous en dire plus...

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