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L'enfer sur YouTube

jeudi, 30 aout 2018 13:40
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VanPelt

YouTube est-il un site familial et sans danger pour les plus jeunes? Rien n’est moins sûr! Publicités, compilations d’images ultraviolentes et chaînes pédocriminelles côtoient désormais les inoffensives vidéos d’humour, de sport ou de «tuto», et ce, malgré des règles de sécurité [1] très claires. La célèbre plateforme de vidéos de Google serait-elle devenue hors de contrôle? Parmi les deux milliards de visiteurs mensuels potentiellement exposés à du contenu difficile, il y a des enfants qui apprennent à grandir avec un accès libre à internet et qui visitent quotidiennement YouTube.


Ne vous demandez plus «Mais où donc ont-ils bien pu voir ça?» : l’enfer est dorénavant à portée de clic.

Pour cette rentrée 2018, une petite mise en garde  s’impose.


 

Si le meilleur parc pour enfants du monde était couvert d’affiches à caractère pornographique, jonché d’ordures, infesté de délinquants et de prédateurs sexuels, vous n’y amèneriez probablement pas vos chères têtes blondes. YouTube, c’est un peu ça, mais en plus, le parc s’invite chez vous. Et pour peu que le petit dernier ait accès à un écran, il y fera un petit tour sans même que vous vous en rendiez compte.

Pour un adulte, voir quelques bizarreries sur internet est souvent juste une mauvaise pige ou un petit frisson entre amis et, au pire, une expérience un peu angoissante. Pas de quoi en faire tout un plat. Mais quand un enfant de moins de dix ans tombe sur une scène de torture, une compilation des moments les plus violents de l’UFC ou la vidéo d’une dissection, alors on peut s’attendre à toutes sortes de conséquences désastreuses sur sa psychologie. Malheureusement, nombreux sont les parents de la société numérique qui l’ignorent et dont la progéniture en paie le prix fort.

Pour faire l’état des lieux, j’ai fouillé la face sombre de YouTube à la recherche du pire de ce que l’on pouvait y trouver. Je n’ai pas eu à chercher longtemps : le moteur de recherche  faisait le travail à ma place et me suggérait des vidéos pires encore. À la fin de mon enquête, j’avais deux certitudes : 1. C’est la pire chose que j’ai jamais eu à faire ; 2. J’y laisserais jamais trainer mes enfants.

 D’une part, il y a bien sûr la violence d’images extrêmement explicites, comme des archives de guerre, des scènes de tortures, des bagarres de rue, des corps déformés par la maladie, sans oublier les formes de fétichismes les plus impressionnantes et la sexualité la plus dévoyée qui, malheureusement, est devenue l’apanage de la culture pop américaine contemporaine ; d’une autre part, il y a une violence que je dirais inhérente au fonctionnement du site qui, parce qu’il est très permissif, donne à la marchandise, comme aux plus bas instincts humains, le champ libre pour se développer et s’exprimer dans toute leur démesure. On l’observe notamment dans le «unboxing» (déballages), une sorte de néo-escalagisme pour mineurs, où des crétins irresponsables exploitent leurs enfants pour vendre des jouets [2], les placements de produits ou cette façon racoleuse que les vidéastes ont d’appeler aux dons même s’ils rentabilisent déjà sur la publicité.

Bon et mauvais sexe sur YouTube

Le pire reste les chaînes hébergeant du contenu à destination des pédophiles. Ces dernières ont beau être signalées et fermées par les équipes de modérateurs, elles ne cessent de se multiplier et de proliférer sur la toile[3]. Des chaînes s’en prenant publiquement à l’innocence des enfants et qui font encore l’actualité des vlogs de nombreux branleu… (oups!) …Youtubeurs. On se rappelle, entre autres, de l’affaire des webcam vidéo from[4] et du ElsaGate[5]. Depuis, YouTube a réagi, mais peine encore à couper complètement les vannes[6].

Si ces chaînes angoissantes ont défrayé la chronique au point d’ébranler les responsables du site, c’est parce que des enfants étaient exposés à des programmes malsains sur YouTube Kids, l’application gratuite de la plateforme destinée aux petits. Sauf que voilà, les enfants sont bien plus nombreux à se rendre sur la plateforme traditionnelle sur laquelle il n’y a aucune restriction automatique. «En principe», l’accès à YouTube – avec une grand «Y»- est limité aux treize ans et plus, comme sur Facebook[7]. «En principe» seulement parce qu’en pratique, YouTube continuait de diffuser des publicités ciblées sur les vidéos enfantines. Sachant que 80% des enfants s’y rendent quotidiennement, pourquoi donc une entreprise privée comme Google se passerait d’une telle manne financière[8]?

Les youtubeurs ont été nombreux à relayer l’affaire du ElsaGate, et se félicitent d’avoir eu un impact fort sur la direction du site. Mais l’affaire, qui soulève le thème de l’exposition des jeunes aux contenus inappropriés, n’a pas donné suite à une critique de la sexualité dans la culture de masse. Les youtubeurs - qui ne sont guère plus que des chômeurs se prenant pour des auto-entrepreneurs – se sont contentés de relayer l’info dans des vidéos toutes identiques où on les voit, comme d’habitude, dans leur chambre d’ados, probablement chez leurs parents, bondir sur un fauteuil de gamer à trois-cent piasses et gesticuler en vociférant «WTFFFFF ?» toutes les deux secondes, nous gratifiant au passage d’une insupportable série de jump-cut. Du journalisme 2.0 quoi! Pourtant, la question est légitime : YouTube est-il un endroit sûr pour les enfants?

Il faut se rendre à l’évidence : le cadre posé par YouTube n’est qu’une formalité pour pouvoir faire face aux associations de consommateurs au tribunal. La vérité, c’est qu’aucun site ne peut limiter l’accès des enfants à son contenu. Si c’était le cas, les sites pornos n’accueilleraient par 30% des garçons mineurs québécois chaque semaine[9]. La vigilance est l’entière responsabilité des parents, mais ces derniers sont de plus en plus nombreux à équiper leurs enfants de téléphones dotés d’un accès à la 3G en prétextant vouloir les «protéger», comme si un téléphone les sauverait en cas d’enlèvement. Très souvent, ils ne se doute pas de ce que leur progéniture peut voir sur une plateforme aussi connue que YouTube, malgré qu’elle n’ait rien a envier aux sites pour adultes tant les clips produits par Hollywood ont des allures de softporns.



 

Toujours une bonne excuse!

La pluparts des vidéos choquantes que l’on trouve sur YouTube ne sont pas interdites ou en attentes d’être retirées. Elles sont en fait totalement tolérées pour des raisons qui n’ont rien à voir avec leur contenu. Il suffit qu’elles se parent des atours de la science, des arts ou de la culture et elles passeront comme une lettre à la poste. Ainsi, telle chaîne ne banalise pas la consommation de drogue dure : elle fait de la science! Celle-ci ne fait pas dans la nudité ou le manque de pudeur : c’est du yoga! Cette autre n’essaie pas de repousser les limites du supportable en faisant la compilation des lutteurs de MMA se déboitant un membre dans une marre de sang : c’est du sport! C’est de l’art, c’est de la musique, c’est de la culture, c’est éducatif...c’est tout sauf répréhensible. C’est surtout un beau prétexte.

 Sur la chaîne YouTube Drugslab, trois jeunes néerlandais consomment des drogues dures dans une ambiance bon enfant pour la science! Et tout ça, aux frais du gouvernement [10]

YouTube ou la nouvelle vitrine de la marchandise

Lorsqu’on investit un continent sauvage, on n’y recommence pas tout à zéro. Au contraire, on y apporte ses habitudes, ses normes, ses codes et ses attentes. Le monde que l’on connaît déjà s’y prolonge et non sans une  certaine violence. C’est comme ça.

Les «continents sauvages» de notre siècle, ce sont les espaces virtuels mis à disposition de chacun et dans lesquels tout semble possible. Il fallait s’attendre pourtant à ce que le capitalisme s’y déverse. Inutile que je vous fasse perdre votre temps en m’extasiant sur les vertus d’internet : être technocritique ne signifie pas être déconnecté et je reconnais tout à fait ses multiples apports. Néanmoins, il faut se rendre à l’évidence : Il n’y a qu’une poignée de gens qui ont su reconnaitre le vrai potentiel d’Internet et l’utiliser à bon escient. Ceux-là qui pratiquent le cryptage, le journalisme participatif ou qui diffusent le savoir ne représentent pas grand-chose face à l’immense majorité de ceux qui poursuivent l’œuvre du marché dans une sorte de capitalisme exacerbé. C’est sur YouTube, espace par excellence de la manipulation du voir et de la dictature du profit que le capital se déchaine. Tout le monde y est encouragé à développer sa petite entreprise. Chacun est à la fois un patron et un publicitaire. En suivant à la lettre les stratégies de gestion et de communication développées par le markéting, on joue d’apparences et de slogans afin d’amasser des «vues», des «abonnements» et de l’argent. Inutile d’en faire quelque chose de sophistiqué ou d’intelligent : en affaire, il faut aller au plus efficace. C’est comme ça qu’en proposant des contenus toujours plus médiocres et insignifiants, les petits malins de la civilisation numérique gagnent leur vie sans rien produire et s’en félicitent. Ils se bercent d’illusions en pensant s’en être sortis parce que des millions de pauvres âmes ont daigné porter attention à la pathétique petite pièce qu’ils jouent chaque jour devant leur caméra. Ils sont devenus leur propre marchandise. Ils n’ont plus qu’eux-mêmes à offrir tant ils ne servent à rien à la société. Ils partagent leur opinion, comme si elle était indispensable ou qu’elle recréait du débat public. Quand ils n’ont rien à dire, ils font les putes pour des marques et se ridiculisent, béats d’admiration, devant une boite de céréales ou une nouvelle paire de chaussures de sport.

En l’absence de limites et d’une autorité capable de faire respecter ces limites, le capitalisme s’étend avec frénésie et devient ce qu’il est voué à être : un monde articulé sur le profit, valorisant toujours la valeur pratique sur la valeur esprit. Plus de moral, plus d’éthique : dans ce nouvel espace extrêmement permissif, on viole tous les interdits pour développer de nouveaux gestes d’usage qui rendront demain l’ouverture de certains marchés pas seulement légitime, mais évident. Par exemple : une émission comme Drugslab serait impossible au Québec, alors on la fait aux Pays-Bas, on la regarde au Québec, ça banalise la consommation des drogues dures, on en fait une lutte progressiste, puis on vote l’ouverture du marché et les privés s’en mettent plein les poches. Formidable.

Toute la misère du capital s’exprime sur YouTube. La misère intellectuelle, mais aussi la misère sociale dans des films ou des individus narcissiques viennent chercher leur dose de  vanité. Que ce soit l’accro au culturisme, venu montrer comment il a sculpté son égo, l’imbécile qui se film en train de donner de l’argent aux pauvres, alors qu’il eût été plus humble de le faire dans l’anonymat, le sous-prolétaire de ghetto nouveau riche incrédule devant son propre succès ou l’accro à la chirurgie esthétique qui vie déjà dans un monde d’illusions sans YouTube. Que de bons exemples pour la jeunesse quoi!   

Comme le dit judicieusement Adrien Sajous dans sa géniale Sociologie du gamer, on ne peut attendre des espaces virtuels qu’ils ne deviennent autre chose que l’avenir du capital en marche puisqu’ils permettent de multiplier le profit en réduisant au minimum les couts de production. YouTube pourrait être utilisé à de meilleures fins - il l’est partiellement -, mais devant son inquiétant virage capitaliste, il est préférable de le tenir à distance des jeunes. Le jour où ces derniers auront développé assez de sens critique pour séparer le bon du mauvais sur la plateforme, alors ça ne sera plus un souci. 

Que faire? Message aux parents

Je ne sais pas ce qui passe par la tête d’un parent qui achète un téléphone cellulaire à sa fille de dix ans, mais ce qui est sûr, c’est qu’il va droit à la catastrophe. Aimer un enfant, ce n’est pas céder à ses caprices et acheter la paix avec le dernier gadget à la mode. Aimer un enfant, c’est l’éduquer! Voici quelques conseils qui, j’en suis sûr, feront une différence.


1. Limitez au minimum l’accès de votre enfant à internet et contrôlez systématiquement ce qu’il regarde. D’abord pour éviter qu’il ne tombe sur du contenu inapproprié, puis pour faire de la vidéo un usage utile. Serge Tisseron
[11] conseille aux parents de choisir eux-mêmes les programmes que leurs enfants regardent et préconise d’en faire un séance active où l’on discute, décrit et commente le film tout en le regardant. C’est mieux que de faire le légume devant n’importe quoi.

2. N’offrez pas de cellulaire. Un cellulaire, c’est avant tout du multimédia mobile, c’est-à-dire la possibilité de décrocher du réel n’importe où et n’importe quand, ainsi que de faire sous-traiter tout effort quotidien par un appareil, et ce, de façon systématique. Il est crucial de préserver au maximum un rapport direct au monde. Ainsi, l’enfant ou l’ado développe ses facultés intellectuelles et sociales sans parasitage

3. Confisquez! Aimer, c’est éduquer. Éduquer, c’est parfois prendre des décisions radicales, mais toujours justes. Un enfant aimera toujours ses parents, même s’il est puni ou si on ne cède pas à ses caprices. Lorsqu’il pleure, c’est très souvent parce qu’il est contrarié, pas parce qu’il a mal. Aussi, n’hésitez pas à le priver d’écran, ou d’Internet. L’enfant ne se laisse jamais mourir d’ennui. Serge Tisseron dit qu’un ado à qui l’on enlève sa console ne reste pas oisif, mais, après avoir passé un moment à ruminer, retourne à des activités plus saines.

4. «Papa, j’veux un cellulaire!». Si vous êtes intelligent et soucieux de la santé de votre progéniture, vous allez bien sûr refuser. Cependant, il faut expliquer les raisons de votre refus. Faites-le de manière courte et concise. Parlez de ce que vous redoutez et parlez au «je». L’enfant se montrera plus réceptif.

La pression exercée par la publicité et la société est énorme. Si vous ne consentez pas à offrir de cellulaire, il faudra nécessairement y substituer quelque chose d’autre. Vous pouvez décider de dépenser l’équivalent du prix d’un cellulaire dans une activité plus intelligente et stimulante. Vous pouvez même laisser le choix de cette activité à l’enfant : un cours de danse, acheter un piano, s’inscrire à un club d’échec, lui acheter des patins neufs…

5. Ne laissez pas internet éduquez votre enfant à votre place! Rien ne remplacera votre propre investissement auprès de votre enfant. Il est important de passer quotidiennement du temps avec ses enfants, de jouer avec eux, de leur enseigner des choses utiles qui développeront leur autonomie. Leur montrer comment faire des crêpes, comment se servir d’une perceuse, comment planter une salade, peindre sa chambre ou jouer aux cartes... Les enfants sont très demandeurs et vous en seront reconnaissants plus tard.

6. Ne cédez pas! Soyez inflexible et ne doutez jamais. Quand on a foi en ses convictions, on ne plie ni devant les caprices ni devant la critique de son entourage. Quand on éloigne ses enfants de YouTube pour leur bien, on n’a aucune raison de culpabiliser. On va jusqu’au bout!

7. Mettez Adblock sur votre navigateur! Ça n’a rien à voir avec les enfants, mais ça bloquera les publicités sur YouTube et empêchera les Youtubeurs de faire de l’argent. …Non, parce que lààà (soupir)!

 Bonne rentrée des classes à tous les enfants et à leurs parents!

 

[7] Un autre site déconseillé

Commentaires   

 
+1 #1 Francis 30-08-2018 15:57
Un salutaire rappel à l'ordre dans notre société qui perd de plus en plus ses valeurs morales.
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