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Vers un nouvel égalitarisme abstrait : la neurodiversité

mardi, 29 mai 2018 13:02
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Van Pelt

À l’occasion du deuxième salon de la neurodiversité à Montréal, la société libérale, jamais avare de concept fumeux, a remis la question de la condition autiste sur la table. Les troubles neurologiques sont-ils vraiment des handicaps… …quand il s’agit de les exploiter à des fins mercantiles?

Le salon de la neurodiversité

La neurodiversité,  c’est l’«expression positive de l’intelligence sous toutes ses formes», explique Mélanie Ouimet, autiste, fondatrice du mouvement de la neurodiversité et auteur d’un ouvrage éponyme. En avril dernier, cette militante québécoise pour la cause autiste inaugurait, pour la deuxième fois, le salon de la neurodiversité : une série de conférences sur le thème des «neurologies divergentes». Plus qu’une simple campagne de sensibilisation, elle est davantage la manifestation d’une minorité agissante nourrissant une ligne idéologique dure. En effet, pour Mme Ouimet, les TDAH, Dyspraxies, dyslexies, dysphasies et autres hauts potentiels («surdoué» dans le jardon aseptisé de la médecine) ne seraient ni des handicaps, ni des maladies , ni même des troubles. «La norme n’existe pas!» déclare la jeune femme, très remontée contre la science qui, selon elle, n’étudierait les individus neurodivergents que pour mieux médicaliser leur cas. Elle affirme, au contraire, dans les nombreux articles que l’on trouve sur son site [1], que ce ne sont que des formes d’intelligences différentes, que «l’autisme n’est pas un fléau», que le «TDAH n’est pas un déficit d’attention» et j’en passe et des meilleurs. Résolue à considérer la neurodivergence comme une richesse pour l’humanité tout entière, la jeune mère de trois enfants, dont deux atteints d’autisme, ne cache pas sa fierté d’avoir une famille «des plus neurodiverse»!

 


Le communautarisme victimaire passe à la vitesse supérieure

Le concept de neurodiversité apparait à la fin des années quatre-vingt-dix sous la plume de la psychologue australienne Judy Singer. Il devient rapidement la ligne idéologique principale d’un mouvement créé vingt ans plus tôt : le Mouvement pour les droits des personnes autistes. Un mouvement à l’étendard évocateur.


 


Le concept est passé du statut de notion sociologique à celui de véritable ligne politique visant la défense des droits d’une énième minorité. Et bien que l’article 15 de la Charte des droits et libertés du Canada, ainsi que la loi québécoise leur assurent déjà quantité de droits positifs, cela ne semble pas suffire à un petit groupe bien décidé à conquérir son droit à la normalité.

Sur son site, le collectif d’artistes autistes AUT’CRÉATIFS publie sa mission [2] : combattre des «discours déshumanisants», «transformer le regard de la société surl’autisme» et «assouplir le concept de normalité par une ouverture à celui de neurodiversité».

Comme ils sont les mieux placés pour nous parler de l’autisme, et que nous ne sommes pas conscients de tout le mal qu’on leur fait, ils ont eu la gentillesse de nous faire un petit glossaire du novlangue autistique :



Quand le communautarisme victimaire classique ne cherchait qu’à obtenir des privilèges à force de pleurniches, ce dernier, d’un nouveau genre, envisage carrément un changement de civilisation. Les tenants de la neurodiversité nous convaincront que la santé mentale n’existe pas, qu’il n’y a pas d’ordre neurologique universel, et qu’une majorité écrasante de personnes non divergente [3] ne constitue pas une norme.

Accommoder par la fiction

À mesure que la déflagration libérale consume ce qu’il reste de sens commun, les individus isolés s’inventent eux-mêmes toujours un peu plus. L’autodétermination est devenue la règle. L’exception, la norme. On remet en question le sexe, le handicap, l’espèce, la psychologie, le poids santé, les relations humaines ou le sens de la vie pour mieux accommoder les quelques victimes d’un hasard malheureux. On remettrait en question la gravité, si cela permettait à quelques-uns de ne plus souffrir de leur condition. Mieux vaut vivre dans un monde d’abstractions que de passer pour des monstres.   

Dans le relativisme généralisé, la fiction se substitue aisément à la réalité.

L’autisme récupéré par le capital

Loin de nous l’idée de nier l’humanité des neurodivergents ou leur intelligence. On peut même raisonnablement parler d’un certain génie autiste : un génie caractéristique de personnages illustres qui ont marqué de manière surprenante l’histoire de l’humanité comme Michelangelo, Einstein, Bill Gates, Magnus Carlsen ou encore le prodigieux Daniel Tammet.

Néanmoins, ce génie manifeste s’accompagne de grandes difficultés de communication et d’interactions sociales. Aussi, il faut rappeler que les représentants autoproclamés de la prétendue communauté neurodivergente ne sont atteints que très légèrement par l’autisme. Le spectre de l’autisme, recouvrant des troubles de natures et de degrés variés, s’étend aux personnes qui requièrent un soutien important (non autonomes). Ces derniers ne font ni conférences ni blogues sur internet et vivent généralement de la générosité neurologique des autres. Pourquoi devraient-ils prétendre à la normalité dans un monde dans lequel ils ne peuvent tout simplement pas s’adapter sans aide?

La neurodiversité inclut également des troubles en augmentation constante. Hyperactivité, difficultés à maintenir sa concentration, trouble du langage ou du comportement, la plupart sont diagnostiqués dès la petite enfance, à l’école où leurs effets se font particulièrement ressentir. L’hypothèse génétique n’étant pas suffisante pour justifier une telle croissance, les facteurs environnementaux et socioéducatifs deviennent des causes évidentes. Pourtant, elles sont encore très largement ignorées afin de ne pas entraver l’intégration des petits [4], au grand dam des enseignants qui voient leurs conditions de travail s’endurcir avec le temps.

Cette politique d’intégration et de normalisation porte pourtant le projet initial, plutôt louable, d’émanciper les autistes légers de l’institution médicale. Pourtant, la machine à diagnostiquer et à médicamenter n’importe qui s’accélère, avec la triste participation de l’école. Des enfants sont traités de plus en plus souvent au Ritalin pour être aussitôt dopés au sucre et aux écrans, comme si l’on cherchait à nourrir la maladie pour avoir davantage de symptômes à traiter. Comment expliquer un tel paradoxe?

(Sculpture à la forme évocatrice suspendue au-dessus d’une cafétéria pour élèves de primaire à Montréal)


Le combat mené en faveur des autistes est d’abord et surtout un combat pour leur intégration au marché du travail. Pour le comprendre, peut-être faut-il jeter un coup d’œil du côté du secteur de la recherche en intelligence artificielle. Un secteur qui s’est mis, depuis cinq ans environ, à engager des autistes, leur intelligence étant considérée plus «apte à comprendre l’IA».




Le géant de l’informatique Microsoft [5] a montré la voie. L’idée est reprise par de jeunes start-ups bien décidées à profiter de ce nouveau bassin de recrutement. Après tout, pourquoi ne pas profiter de leur cerveau, quand on peut en tirer une énorme plus-value tout en passant pour un bienfaiteur? C’est formidable!

Le ton est donné : il faut transformer une société de charité en système d’exploitation de toutes les forces de travail disponibles. Voilà comment, avec la neurodiversité, le système réduit des individus non solvables au salariat et à la consommation et comment nous l’accepterons au nom de la liberté et du progrès.


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