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Les suites de l'affaire Riel : Entre soumission à l’Angleterre et soumission aux États-Unis

samedi, 18 novembre 2017 08:29
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Lionel Rumilly

L'histoire est écrite par les vainqueurs, dit-on, cyniquement pour éviter de se prendre la tête. Lieu commun qui empêche d'apercevoir que parfois l'histoire a été écrite par le vaincu pour embarrasser le rival du vainqueur.

Je profite de l'anniversaire de la pendaison de Louis Riel pour revenir sur les enjeux politiques de cette époque.

Lexique :
Fanatique orangiste : société secrète protestante, anglophone, et phobique des francophones et catholiques.

Ultramontanisme : doctrine favorable à la primauté, spirituelle et juridictionnelle, du pape sur le pouvoir politique.

Peuple métis : population dont la matrilinéarité est amérindienne (Cris, Ojibwés et Saulteaux) et la patrilinéarité est de type coureur des bois catholique et majoritairement français (aussi quelques anglais et écossais).

Parti libéral-conservateur : Il s'agit du parti au pouvoir lors de l'avénement de la conférédation en 1867.Ce parti fut à tendance pro-britannique. Sous l'égide de John A. Macdonald et de son lieutenant George-Étienne Cartier, ce parti fut au pouvoir durant la première et la seconde rébellions des métis. Cartier mourrut après la première rébellion, mais surtout après le scandale du canadien-pacifique dont je parle plus loin dans le texte. Ce qui laissa un trou baillant dans la réprésentativité canadienne française à Ottawa. Au sein de ce parti, vous avez d'un côté, Cartier, l'ex réformiste, donc, libéral (même si les historiens semblent s'entendre pour le désigner comme un conservateur) et éduqué par les « lumières » que lui avaient inculqué les sulpiciens alors propriétaire de l'île de Montréal; de l'autre,
Macdonald, conservateur qui allait à l'église anglicane et parfois celle écossaise. La distinction entre « libéraux » et « conservateur » dans ce parti semble se faire par l'anticléricalisme. Ainsi, par exemple, George Brown est vu comme libéral (un grits) en même temps qu'il est anticlérical et francophobe. Pour un anglais comme Brown, le cléricalisme « des lumières » semblait aller de paire avec le fait de parler français, alors qu'il n'en n'était rien. Certains francophones étaient bien plus virulament anticléricaux que les anglophones. D'autres, notamment les ultramontains, étaient pro-clérical, mais très peu « éclairés ». Cartier, lui, n'a de conservateur que son amitié avec les cléricaux de la compagnie de Saint-Sulpice (les sulpiciens), mais ces derniers ayant tendance à transmettre les idées véhiculés par les
philosophes des lumières, ils ont tous de soldats libéraux et Cartier a tout d'un anticlérical qui se sert des sulpiciens pour se donner une image de bon catholique. Robert Rumilly tranche bien la question en résumant qu'« il n'y a rien de plus semblable à un libéral modéré qu'un conservateur modéré ».

Le 16 novembre 1885, Louis Riel se fait pendre.

En 1886, le Parti Libéral du Québec incarne ce qu'on a appelé le Mouvement national. L'inspirateur de ce mouvement national, Honoré Mercier, se fait élire, en 1887, Premier ministre de la province de Québec grâce à sa profonde indignation devant la pendaison de Louis Riel.

Si les élites québécoises étaient alors relativement disposer à s’accommoder des politiques du Parti libéral-conservateur de John A. Macdonald, après la pendaison de Riel, il n'en était plus question.Mercier tente donc d'attirer les ultramontains dans le Parti libéral, malgré leur réticence très prononcé pour le parti libéral qu'il soit provincial ou fédéral. Ces ultramontains, qui avaient jusqu'alors toujours appelé à voter libéral-conservateur, en appuyant Mercier, donnent l'impression que le Parti libéral provincial est effectivement le parti unifiant la province de Québec. Riel pendu avec l'accord du Parti libéral-conservateur, les ultramontains sauf quelques exceptions ne sont pas difficiles à convaincre depasser dans le camp libéral provincial.

Les funérailles de George-Étienne Cartier pour expliquer ce qui se tramait derrière la colonisation de l'ouest-canadien.

Avant Mercier, le représentant légitime de la nation canadienne-française était le procureur en chef de la province de Québec. Le plus illustre représentant de cette fonction, après Louis-Hyppolyte Lafontaine, fut George-Étienne Cartier. Robert Rumilly écrit : « Cartier était le plus prestigieux des Canadiens français. Il avait succédé dans ce rôle à Papineau et à Lafontaine. » Malgré certaines défaites électorales, il faut bien admettre que ce dernier semblait jusqu'à sa mort un incontournable, le seul à même de parler au nom des Canadiens français. John A. Macdonald, le tout premier Premier ministre du Canada, et procureur en chef des Canadiens anglais ne pouvait prendre une décision sans son accord. Sauf monseigneur Bourget et quelques autres ultramontains, les élites Canadiennes françaises ne se mettaient pas en travers du chemin de Cartier. Or, l'on apprend, sous la plume de Brian Young,que lors de ses funérailles, l'évêque Bourget ne respecta pas la demande testamentaire voulant que la messe de ses funérailles soit chantée par le supérieur des sulpiciens, M. Bayle. Pour ajouter l'insulte à l'injure, il la fit chanter par Mgr Fabre qui, je le montre plus tard, faisait parti d'une famille que Cartier détestait. L'animosité de Bourget à l'endroit de Cartier remontait au moment durant lequel il avait voulut que la paroisse de Montréal soit démembrée. On s'en doute bien, cette forme de réquisition succita la plus vive opposition des anciens propriétaires de l'ile les sulpiciens pour lesquels Cartier était l'avocat. Bourget ne permit aucune oraison funèbre, conseil auquel John A. Macdonald obéit. Qu'est-ce que George-Étienne Cartier avait de si détestable pour que Macdonald le premier ministre accepte de se conformer aux ordres de monseigneur Bourget ? Bien sûr, Macdonald voyait bien que l'appui de Bourget pesait lourd en vote en sa faveur, mais encore... Le simple geste de politesse qu'aurait été l'oraison funèbre pour son lieutenant Cartier, bien qu'en froid avec Bourget, n'aurait pas été assez pour que cesse la joute auquel s'adonnait Bourget : appuyer de tout son poid celui qui cédait le plus aux
Canadiens français. Simplement pour vous montrer l'entente entre Macdonald et les ultramontains, lors de la pendaison de Riel, douze ans après la mort de Cartier, le successeur de Bourget à la tête des ultramontains, monseigneur Louis-François Laflèche poursuivra l'alliance avec Macdonald, malgré tout. Si la situation ressemble à une vulgaire guerre de clocher entre sulpiciens et ultramontains, c'est qu'il me faut encore vous raconter les détails des affrontements.

Les squelettes dans le placard de George-Étienne Cartier.

Dans son testament, Cartier, homme qui, de par sa formation et carrière dans le domaine du droit, connaissait forcément la portée de son testament aurait été jusqu'à « « maudir » la famille Fabre après les avoir tromper au lit ». C'est ce que Brian young écrit page 188 de son livre « George-Étienne Cartier, bourgeois montréalais ». J'ai moi-même consulté le testament et je n'ai rien lu qui se rapprochait de cette affirmation. Il est vrai que Cartier cède pratiquement tout à sa maitresse plutôt qu'à sa femme qui elle ne reçoit rien et qu'il défend à ses filles d'épouser « aucun membre allié de la famille Fabre », ce qui revient presqu'au même que de les maudire, mais le terme « maudire » n'y est pas... et quelque chose qui se rapproche d'« après les avoir tromper au lit » non plus. Brian Young a encore la possiblité de m'expliquer vu qu'il est vivant. Autrement, le testament de Cartier est plutôt celui d'un catholique qui n'a pu s'empêcher de régler ses comptes. Si je m'étend sur cette affaire, c'est que l'affrontement avec sa belle famille (Fabre) révèle beaucoup d'indices sur les changements de cap de l'élite canadienne-française de ce temps. Changements de cap sans lesquels il est impossible de comprendre l'anémie de certains ou l'exaltation stratégique des autres devant la pendaison de Riel.

La famille Fabre est une famille prestigieuse de la fin du 19e siècle, associée au mouvement patriote de Louis-Joseph Papineau pour lequel Cartier a combattu. Edouard-Raymond Fabre fut maire de Montréal et célèbre bibliothécaire, en plus de se tenir à proximité du journal la minerve (ancien organe du parti patriote, ce journal deviendra l'organe de propagande de Cartier et du Parti libéral-conservateur). L'oraison funèbre de Fabre fut prononcé par Papineau lui-même.

Les enfants Fabre maudits par Cartier

Les enfants d'Édouard-Raymond Fabres sont, d'abord, Édouard-Charles Fabre, formé en théologie sous la supervision de Bourget (ennemi de Cartier) plutôt que par les sulpiciens (amis de Cartier), et obtiendra le poste très convoité d'évêque. Déjà devenir évêque n'était généralement pas bien perçu par les têtes fortes du mouvement patriote, mais en plus il devint un évêque ultramontain. Les ultramontains dépréciaient Cartier sans gêne.

Puis, Hector Fabre qui fut, durant ces études de droit le stagiaire de Cartier avant de devenir premier ambassadeur du Canada en France (loin des avocasseries de Cartier). Sa femme Flora, écrivait Robert Rumilly dans le tome 6 de son histoire de la Province de Québec, était « l'une des plus jolies femmes du corps diplomatique, petite mais faite à ravir, et gracieuse et mondaine. » De quoi succité la convoitise. Elle était d'origine allemande. De plus, Hector Fabre a créé un journal en radical opposition aux idées de Cartier.

Mais surtout, Hortense Fabre, la femme de George-Étienne Cartier. Cette dernière passa la majorité de sa vie à tenter de mieux marier ses filles qu'elle-même. Cartier était un coureur de jupon certes, mais encore... Surprotégées, les filles Cartier (Joséphine et Hortense) ne se marieront jamais et n'auront aucun enfant et finiront dans un couvent de bonne soeur. Quel traumatisme par rapport à Cartier a-t-elle bien eu pour rendre ses filles aussi pieuses et impropres à la compagnie d'un homme ? Le traumatisme devait être profond, car d'une certaine manière, celle-ci aura réussi à faire en sorte que Cartier n'ait pas de descendance directe. Il ne faut pas croire que Cartier ne se souciait pas de sa descendance. Son testament démontre l'attachement profond qu'il portait pour sa  descendance. Il y avait même un aspect carriériste à sont attachement à sa descendance. La troisième fille qu'il eut avec sa femme, fille décédée très jeune en raison du choléra qui sévissait en épidémie alors, se nomma Reine-Victoria... Qui était assez anglais pour nommer sa fille ainsi ? Sir George, bien sûr. L'ancien patriote, fils de la liberté (inspiré des Sons of liberty de la Révolution américaine) qui avait combattu contre les anglais se mit ensuite à se plaire à Londres comme un poison dans l'eau et était considéré comme le plus anglais des Canadiens français. Ce qui est quand même ironique quand l'on pense que George Brown aimait l'appeler, selon Robert Rumilly au sein du tome 1 de son histoire de la Province de Québec, « le maudit petit français ».

La haine viscéral que porta Cartier contre sa belle famille pour laquelle il fraternisait jadis laisse présager qu'il s'est passé quelque chose d'assez grave entre Édouard-Raymond Fabre le père et George Étienne Cartier. Cartier ira même, en 1854, jusqu'à appuyer l'ancien patriote Wolfred Nelson contre ce dernier lors des élections à la mairie de Montréal.

Le scandale du Canadien-pacifique.


Ce qui a porté atteinte à la postérité de Cartier n'est pas son testament ni monseigneur Bourget. Ce qui a nuit le plus à la postérité de Cartier fut le scandale du Canadien-pacifique qui survint très peu de temps avant sa mort. Ce scandale de patronage est lié à la construction d'un chemin de fer d'un océan à l'autre. L'arpentage du territoire dans le but de construire ce train qui débuta avant même que l'entente entre la compagnie de la Baie-d'hudson et le gouvernement canadien fut officialisé, avait déclenché la première rébellion des métis de 1869-70.

Le promoteur Hugh Allan, dans une lettre adressée aux entrepreneurs états-uniens intéressés à investir dans le projet de chemin de fer défendu par Allan, se targue d'avoir convaincu une à une les élites du Canada-français de leur appui en achetant notamment l'appui « d'avocats qui possédaient certains journaux canadien-français ». Hector Fabre fait certainement parti des gens achetés par Allan, lui qui prit position en faveur d'une annexion du territoire du nord-ouest aux États-Unis, c'est-à-dire pour l'annexion du territoire que défendait Riel. Ces « avocats propriétaires de journaux canadiens français », par la suite, réclamèrent auprès de Cartier (initialement partisan du projet rival) que le projet fut octroyé au Canadien pacifique d'Allan. Autrement-dit, Allan avait ligué l'opinion public contre
Cartier. Les patrons états-uniens représentés par Allan avaient pris le dessus sur le patronage anglais de Cartier. Cette lettre d'Allan démontre bien que la dénonciation des mauvais coups de Cartier n'aurait jamais connu une telle ampleur sans l'intervention des états-uniens d'abord (non plus dans l'historiographie relatant cette page de notre histoire), mais aussi sans l'aspect achetable de nos élites canadiennes-françaises. Il faudrait peut-être se demander ce qui fit que les élites canadiennes-françaises (Cartier comme les autres) furent si facile à acheter. Ceux qui ont dénoncé la corruption de Cartier étaient parfois encore plus corrompus que lui ; la gang de Cartier travaillant pour des intérêts anglais, les autres pour les intérêts états-uniens. Ceux qui ont travaillé pour les intérêts états-uniens,
étrangement, on les oublie, on les dénonce bien moins. Je ne minimise pas l'étendu de la corruption du canadien-pacifique, simplement un an avant le scandale du canadien-pacifique, l'angletterre accorda, via l'accord de Washington, la libre circulation des navires états-uniens sur le fleuve Saint-Laurent, sans qu'on en fasse trop de cas. Le premier ministre Macdonald qui avait hésité à signer l'accord malgré la pression anglaise écrivait au sujet de cette entente : « Si le peuple canadien avait su",de quelle manière le Canada avait été traité par l'Angleterre, une tempête annexionniste (annexion aux États-Unis), j'en ai peur, se fût élevée, qu'il n'eût pas été facile d'apaiser. » L'augmentation significative de l'immigration anglophone nuisant à l'influence des canadiens-français passait aussi sous le radar. Comme quoi remplacer l'Angletterre par les États-Unis c'est comme remplacer Coderre par Valérie Plante... Choisir entre la peste et le choléra, répondait Louis-Ferdinand Céline à un officier nazi qui lui demandait ce qu'il préférait entre le communisme et le nazisme. Quand l'on pense qu'on a touché le fond, on oublie souvent qu'il s'agit d'un double-fond. Allan convainquit si bien les élites canadiennes-françaises qu'il en écorchat Cartier au passage et sentit par la suite le besoin de se racheter auprès de Cartier en l'aidant
à se faire élire. Cartier fut vaincu dans son comté. Monseigneur Taché demanda à Riel d'annuler sa candidature dans son comté pour que Cartier puisse se présenter et être élu par acclamation. Le 27 septembre 1872, Cartier fort malade prit la route de Londres à bord d'un navire de la compagnie Allan. Il ne survécut pas à ce dernier voyage.

Pendant ce temps, les ultramontains n'étant pas assez influent pour à eux seuls former un moteur politique, il eut été difficile de trouver un moteur politique propre à la province de Québec ou au Canada. Les élites canadiennes et québécoises de ce temps subissent ou obéissent. Ils subissent et obéissent peut-être un peu moins qu'aujourd'hui, mais la tendance est déjà présente. Tous se positionnent en fonction de l'une ou l'autre des puissances. Si Macdonald, Cartier, Langevin coûtèrent 350 000 $ à corrompre, les élites québécoises, dit Allan, n'ont coûté qu'environ 300 000 $ à corrompre, et ce, sans même qu'Allan n'ait à convaincre directement les inaccessibles et très coûteux Macdonald, Cartier et Langevin. Subissant les pressions de ceux qui avaient été acheté par Allan ; les ministres québécois Cartier et Langevin, n'ont eu d'autre choix que de céder aux demandes du « peuple ». Lorsque obligé de se faire élire par l'appuie d'élites achetables, comment ne pas jouer le jeu de la corruption ? Quand l'on admet que les élites canadiennes-françaises qui sont à l'origine des demandes de la population envers leur gouvernement sont des êtres achetables, l'on comprend beaucoup mieux la corruption de cette époque. Les élites de cette époque donnent l'image de quêteur de pouvoir qui, s'ils ne se libéralisent pas, s'ils ne trahissent les obligations qu'ils ont envers leur peuple, crèveront de faim.

Les ultramontains et Riel

Louis Riel se fit pendre sur une décision des Libéraux-Conservateurs. Ce fut donc logiquement les libéraux-conservateurs (Langevin, Chapleau, Caron, etc.) et ceux qui appelaient à voter libéralconservateur (Laflèche et Taché, etc.) qui en sortirent entachés. Ces derniers revêtirent l'image de gens indifférents aux francophones d’Amérique en refusant non pas d'utiliser leur influence pour aider Riel, mais en refusant de demander la destitution du gouvernement Macdonald suite à la pendaison de Riel.

Monseigneur Taché était pourtant l'éminence de Riel. Sans Taché, Riel n'aurait jamais fait d'étude. Laflèche est devenu sous diacre parmi les métis, en luttant avec eux contre les Sioux, et maîtrisait juste trois langues sauvages que parlaient les métisses; il rédigea même la grammaire de la langue crise. Lors de combats qui les opposaient aux Sioux, il était devenu en quelque sorte le porte-bonheur des Métis. La légende dit que 62 Métis auraient fait rebrousser chemin à 2000 Sioux. Laflèche aurait aidé grandement par de judicieux conseils. Ils devaient les détester en crisse ! Mais je m'emporte. Je m'emporte parce que l'histoire n'a retenu que très peu cette partie-là. Les ultramontains qui ne demandèrent pas la tête de Macdonald ainsi que les libéraux-conservateurs naturellement passèrent pour des bourreaux indifférents au sort des métis et de leur chef Louis Riel. Pourtant, nul ne prenait d'emblé le parti de Riel. Au parlement de Québec, avant la pendaison de Riel, les motions proposés par Arthur Turcotte et Honoré Mercier dénonçant la « négligence » du gouvernement fédéral exaspérant les métis furent repoussés par 41 voix contre 15. Autrement dit, Riel n'était défendable qu'une fois mis à mort. La position des ultramontains, assez complexe par ailleurs, se défend. Avec la mort de Bourget, la
personnalité qui confronte les masses d'Adolphe Chapleau, qui refusa l'offre de Mercier de prendre la tête du mouvement d'indignation en rapport à la pendaison de Riel alors que le sort de la patrie canadienne français se tenait entre ses mains, le gros curé Labelle qui voyait en la rébellion causée par la mort de Riel un ralentissement à ses projet de colonisation, les divisions entre ultramontains,libéraux-catholique et anglo-catholique à l'intérieur du clergé nord-américain, la frénésie fanatique des orangistes ou même des fénians, la ferveur mystique de Riel, la peur de tuer des orangistes de Riel, les acrobaties du commandant en chef de la milice métis Gabriel Dumont, la froideur des calculs stratégiques de Macdonald, bien sûr, la période de la seconde rébellion est à ce point mouvementée et
chargée en émotion que tout le monde a intérêt à mentir ou à arranger la vérité selon ce qui fait son affaire. Il s'agit de la période qui offre le plus grand nombre de témoignage contradictoire. Je m'en tiendrai à l'essentiel.

Monseigneur Taché, Archevêque de Saint-Boniface et du Nord-Ouest, dont le disciple fut nul autre que Louis Riel, écrit dans une correspondance à destination de monseigneur Laflèche (ultramontain en chef après la mort de monseigneur Bourget) : « Je regrette excessivement de dire que nos pauvres métis – et vous savez si je les aime – ont bien mal agi. Fascinés par un fou criminel (Riel), ils sont allés à des extrémités que je n'aurais jamais soupçonnées, et si nous pouvions dire toute la vérité, il y aurait bien des étonnements [... » Taché qui avait pris la défense des métis toutes sa vie revire ainsi sa veste de bord. A partir de cette lettre de Taché à destination de Laflèche qui considérait Riel comme un criminel, nous sommes à même de mieux comprendre la postition d'Adolphe Chapleau et d'autres conservateurs. Très influencé par Taché, Laflèche se tû pendant un moment et, la mort de Riel survenue, il préféra continuer à prendre partie pour le franc-maçon, orangiste, anglophone Macdonald (Laflèche est l'un de ceux qui a le plus dénoncé les franc-maçons) que d'appuyer n'importe lequel des libéraux catholiques francophones tel Honoré Mercier (le premier à parler d'une autonomie de l'État québécois plutôt que de faire confiance à un représentant de la nation canadienne française à Ottawa tel Cartier.). Pourquoi ? Parce que se tramait une profonde fissure au sein de l'ordre établi de l'église canadienne-française et que Laflèche en subissait les conséquences. Les hauts dirigeants du Vatican n'appréciait pas l'indépendance de Laflèche. Le Vatican divisa son diocèse et donnait des pouvoirs aux évêques libéraux pour diminuer son influence. Taschereau, l'ennemi idéologique de Laflèche, devint par la suite le premier Cardinal canadien-français. Mercier le libéral fut l'un des rares laïcs à être nommé comte palatin et à recevoir la croix de l'ordre de Saint-Grégoire-le-grand des mains du pape Léon XIII. À chaque fois que le Saint-siège intervint au sein des disputes entre clercs ultramontains et libéraux catholiques, raconte Jean-Claude Dupuis, il pencha du côté des libéraux catholiques. Plus tard, Rome
prendra le parti de la manière irlandaise de s'intégrer à l'Amérique, c'est-à-dire, par l'anglicisation catholique au détriment de la francophonie catholique. Dans l'ouvrage l’âme américaine, Edmond De Nevers pouvait parler de trois peuples alors en mesure de former un pays en Amérique (anglais, français et allemand). De Nevers est étudié dans les universités américaines. La valorisation de candidatures irlandaises (donc anglaises) au sein de différents postes cléricaux de diocèses (allemands, français, polonais, etc. etc.) dont les pratiquants ne parlaient souvent pas anglais changea certainement la donne. L'Amérique ne put dès lors qu'être anglaise. Les libéraux jouaient contre Laflèche et les ultramontains, alors Laflèche préféra s'allier aux conservateurs aussi franc-maçons certains fussent-ils,
car, d'une part c'était un moindre mal, il ne se faisait pas attaquer de l'intérieur; d'autre part, avec un franc-maçon au moins il avait l'heure juste quant à son intention pendant qu'un catholique libéral faisait souvent semblant et Laflèche devait surveiller la quantité de ses doigts après leur avoir serrer la main.

L'affrontement entre états-uniens et britanniques explique encore davantage les positions des uns et des autres. Les ultramontains s’accommodaient mieux des politiques britanniques qui laissaient une bonne place au fonctionnement intégralement catholique et clérical donc généralement français. Tandis que les libéraux, ce qui comprenaient les libéraux catholiques, tel Cartier, Honoré Mercier, Wilfred Laurier, le cardinal Taschereau, Henri Bourrassa, eux, acceptaient le modèle états-unien, c'est-a-dire l'église gérée comme une entreprise parmi plusieurs autres. De là vient le principe de liberté de religion. Pourtant, ceux qui choisissent leur religion auront évidement tendance à opter pour une religion américanisée, donc, pas très française ni transcendantale liée à la famille. Le seul acte révolutionnaire possible d'un peuple sans pouvoir étant de faire des enfants qui, par respect envers le principe de transcendance, travailleront obligatoirement d'abord pour la femme qui les a mis au monde ensuite pour la patrie qui les a vus naître. Imaginez mesdames votre armée d'enfant à même de vous défendre contre les excès du capitalisme d'un bord et de la Québec solidaire moustachu de l'autre. La position probritannique dans le but de défendre la patrie française en amérique se défendait donc parfaitement. A l'époque on ne pouvait pas prédire l'avenir, mais aujourd'hui, on a qu'à observer le taux d'assimilation des minorités francophones des États-Unis par rapport à celles canadiennes pour, malgré tout, comprendre la méfiance envers les doctrines états-uniennes.

La seconde rébellion des métis, celle de 1884-85, celle que le clergé ultramontain dénonça, auraient été piloté de Saint-Paul Minnesota voir même de Chicago. D'un point de vu français, il est parfaitement compréhensible qu'on ait préféré Macdonald à n'importe lequel des libéraux étasuniens bien que parfois francophone. Du point de vu de Riel, succomber à l'influence états-uniennes est un virement de capot en apparence contradictoire avec ses allégeances passés et ses pairs mais parfaitement cohérent lorsque acculé au pied du mur, d'autant plus qu'avant la seconde rébellion, Riel résidait aux États-unis. La soidisant folie qu'on lui attribue des deux cotés, autant du coté de Wilfred Laurier (qui avait pourtant déclaré « Si j'avais été sur les bords de la Saskatchewan lorsque éclata la révolte, j'aurais pris moi même les armes contre le gouvernement ») que du clergé ultramontain demeuré fidèle aux libérauxconservateurs, n'est rien d'autre qu'une soumission de sa part aux états-uniens. « Son mysticisme et sa piété augmentaient et il consacrait beaucoup de temps à la prière. Devenu Louis David Riel, il allait aggraver sa rupture avec le clergé en prêchant sa propre théologie à ses partisans ; il allait rebaptiser les jours de la semaine, faire du samedi le jour du Seigneur comme dans la loi de Moïse, proposer de
nommer un nouveau pape (Bourget et, par la suite, Taché), rejeter l’autorité de Rome et suggérer que, dans un catholicisme réformé, tout le monde serait prêtre. » Je n'énoncerai pas tout ce qu'il y a de « protestant » dans ces dernières lignes, ça crève tout simplement les yeux, mais pour résumer, on croirait entendre un preacher États-uniens. Ensuite, l'idée qu'il avait de rendre à terme des républiques autonomes pour pratiquement tous les peuples venus bâtir en Amérique (République amérindienne, république canadienne française, une nouvelle irlande, une nouvelle bavière, une nouvelle pologne, et ainsi de suite) venait du républicanisme états-uniens, trahison ultime d'un point de vu ultramontain. Riel se fit pendre parce qu'il était devenu, bon gré mal gré, un catholique états-uniens par opposition au catholicisme intégral (ultramontain) « toléré » par les britanniques.

La légitimité des revendications de Riel ne se remet pas en question. Les métis n'ont pas été consulté lorsque les terres appartenant à la compagnie de la Baie d'Hudson avec laquelle les métis avaient un entente furent vendus à l'État Canadien. Ils étaient chez eux. L'arrogance dont fit part le gouvernement canadien lorsqu'il empiéta sur leur terre laissant des fanatiques orangistes s'emparer du territoire, ainsi que l'étrange silence de la compagnie de la Baie d'Hudson dont on peut soupçonner les accointances à des principes états-uniens (malgré qu'elle passe pour britannique) avait de quoi rendre furieux n'importe lequel des métis qui a un peu d'honneur.

On a fait de Riel un sauveur, un messie, fait martyr par les méchants anglais en remplacement des romains de l'évangile. Les ultramontains et conservateurs canadien-français passent pour ces judéens qui ont préféré, lors du procès de Jésus, sauver Barrabas le brigand plutôt que l'innocent Jésus. Macdonald (l'équivalent de Ponce pilate), plutôt que de prendre sur lui l'odieux de la décision, fit choisir les judéens. Ces derniers ont préféré sauver leur alliance avec l'empire dont dépendait la survie du français que de sauver celui (Riel) qui resta fidèle à ses principes (principes forts louables par ailleurs), mais qui, s'ils avaient été écoutés, auraient virer le monde à l'envers, l'ouest-canadien passant de vulgaire région romaine éloignée à un état indépendant, libéral, américanisé, très peu français autant de corps que d'esprit. A-t-on traité Riel ainsi pour discréditer ou diviser les seuls vrais indépendantistes que le Québec ne connus jamais, c'est-à-dire les ultramontains ? Si ce messianisme de Riel ne visait pas nécessairement cet objectif, s'en fut, malgré tout, le résultat, entrainant au passage dans sa chute le peu de crédibilité qui restait à la présence de l'empire britannique en amérique. Les ultramontains se liguèrent ensuite avec les libéraux de Mercier et leur mouvement se dissout par la suite. L'un des seuls avec Chapleau et Taché qui resta, malgré la pendaison de Riel, fidèle aux positions qu'il avait eut jusque-là, monseigneur laflèche, évêque de Trois-Rivière, influença la jeunesse d'un certain Maurice Duplessis...

 

Illustration 1: Auréole sur la tête de Louis David Riel

 

Malheureusement, si l'on regarde froidement les faits, Riel a quelque chose du Papineau de l'ouest canadien. Les deux ont d'ailleurs étudié à la même manufacture de pseudo-révolutionnaire qu'était le collège de montréal dirigé par les sulpiciens. Même école que Sir George qui, lui, fit la révolution en abolissant le régime seigneurial, dernier vestige d'amérique française qui restait. Riel aura au moins eu l'honneur de ne pas fuir au moment de l'ultime bataille qu'il savait fatalement perdue.

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