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L'indépendantiste québécois Pierre-Elliot Trudeau et ses conséquences

lundi, 23 octobre 2017 14:04
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Lionel Rumilly

Cette peinture d'Honoré Daumier personnifiant la IIe République française avec les traits d'une femme musclée et dominante, coiffée d'une couronne de laurier de tradition héléno-romaine, en train de nourrir et éduquer ses enfants m’apparaît être la plus fidèle représentation de notre système politique actuel : un système tout puissant qui confine les enfants à devenir des bénéficiaires sans autonomie autre que celle de la pensée (universelle) d'Auguste Rodin, comme l'illustre le petit bonhomme assis en penseur de Rodin au pied de la République. Là où la pensée n'est qu'humaine (universelle) et n'obéissant à rien de plus grand, elle est petite et sans envergure. La preuve... Pierre-Elliot Trudeau.

Il m'arrive de taquiner les indépendantistes en leur disant que le projet du plus influent des nationalistes, Lionel Groulx, a qui on attribue la déclaration « notre état français, nous l'aurons » a été réalisé par Pierre-Elliot Trudeau.

Quoi!!!

Bien oui, Trudeau a rendu l'État canadien bilingue donc en partie français. Ne l'avons nous pas notre État français lorsque chaque projet de loi se voit écrit en français ? D'ailleurs, vous regardez tous les mouvements et documents nationalistes d'avant les années 60 (sauf peut-être l'Action française et les journaux ultramontains), de la déclaration d'indépendance du Bas-Canada à l'ordre de Jacques Cartier en passant par la société Saint-Jean Baptiste : tous promeuvent le bilinguisme. Même René Lévesque dans son préambule à sa question référendaire appelait à une égalité des peuples. Égalité des peuples = égalité des langues donc bilinguisme. Tous sont un peu trudeauistes, non ? Quelle mauvaise foi, direzvous ! Avec encore plus de mauvaise foi, je vous dirai que Trudeau a fait parti, durant sa jeunesse, d'une société secrète indépendantiste nommée les frères chasseurs qui est considéré aujourd'hui par les historiens comme d'extrême droite (bien relative étant la dénomination extrême droite). Serait-il demeuré indépendantiste toute sa carrière ?... La question se pose pour vrai.

Pierre sieur DeTrudeau et l'Amérique française et catholique

Le problème que j'ai avec Trudeau, si l'on considère qu'il agissait pour le bien (hum, hum ! Raclement de gorge prononcé), vient de ses politiques anachroniques, c'est-à-dire totalement vieillotes, dépassés, aucunement adaptées à la réalité de son temps. Ce qui était adapté à la réalité de son temps chez Trudeau était sa personnalité et non ses idées.

L'origine de l'Amérique française repose sur une volonté d'évangélisation de l’Amérique au nom du roi de France. En remplaçant le catholicisme par la religion des droits de l'homme, ce projet ressemble énormément, sur papier, en théorie, à ce que Trudeau a proposé.

Preuve que le projet survit toujours : les droits de l'homme inspirés du catholicisme ne sont-ils pas rendus partout en Amérique, mêmes dans les états de la « bible belt » ? Et puis, le français se rend partout au Canada même à des endroits où personne ne le parle. Si le français ne se rend pratiquement pas aux États-Unis, c'est que la langue voyage moins facilement que l'influence de la religion. C'est plus pesant dans une valise d'apporter sa langue que sa doctrine ou sa religion. Bref, l'Amérique française catholique apparaît encore aujourd'hui, simplement sous une forme totalement différente.

De l'incompatibilité du multiculturalisme et des droits de l'homme

Ce projet d'Amérique française catholique, si l'on se laisse convaincre que Trudeau allait dans ce sens, a pourtant échoué. L'immigration que ce dernier a encouragé est ironiquement composé de gens qui, à l'exception de quelques-uns qui ont pour but se distancier de leur communauté, de ramasser un diplôme ou un chèque de Radio-Canada, n'en n'ont rien à faire des droits de la personne et du français. La majorité des immigrés fonctionnent collectivement pour ne pas dire de façon communautaire. Le communautarisme encouragé par la charte de Trudeau est incompatible avec les droits de l'homme (droit de l'homme = droit de l'individu = liberté individuelle = libéralisme = libre marché = libre marché du corps, de l'esprit = libre marché de la souffrance que la vente du corps et de l'esprit crée). La grande majorité des immigrés érige leur communauté autour d'objectifs collectifs. Les droits des individus s'accordent très mal avec leur mode de vie centré sur la famille.

Le multiculturalisme tire pourtant son inspiration des droits de l'homme. La division en communauté tissée serrée qu'encourage le multiculturalisme compense pour l'absence de cohésion des gens qui obéissent aux droits de l'individu. Les immigrés vivant en communauté ont une certaine cohésion. Les occidentaux mus par les droits de l'individu l'ont totalement perdu cette cohésion. Tout le monde vit dans sa petite bulle. Autrement dit, la création de communautés permet le rassemblement de gens là où plus personne ne se parlerait en obéissant aux droits de l'homme. Les différentes communautés ont beau ne pas trop se parler entres chacune d’entre-elles, le communautarisme fait que la société n'est pas composée uniquement d'individus seuls avec eux-mêmes, donc, impuissants. Il se peut très bien que ce soit un phase transitoire vers la société composée uniquement d'individus qui s'affrontent les uns les autres sans moyens solides de se rassembler. Cette société dans laquelle il serait impossible de faire confiance aveuglément à personne. Confiance aveugle qui n'est présente que lorsqu'on est lié par le lien très solide du sang, celui de la famille. En attendant, les seuls sociétés qui vivent en cohésion au Canada sont organisées en communauté.

Que s'est-il passé pour que son idée de multiculturalisme se retourne contre le projet d'Amérique française et catholique-droit-de-l'hommiste miroir de ses politiques ?

Le projet initial de l’Amérique française catholique pouvait être souhaitable à l'époque de la Nouvelle- France durant laquelle les forces vives françaises étaient toujours capable d'initiatives de colonisation, mais pas durant les années 70, aire de modernisme au sein de laquelle la population demeure très casanière. En effet, garrocher du français en Saskatchewan dans les années 70 avait tout du coup d'épée dans l'eau sur le plan de l’efficacité et de la propagation de la langue. Quand je parlais des politiques anachroniques, totalement vieillotes, dépassés, aucunement adaptées à la réalité de son temps de Trudeau, c'est ce dont je parlais.

Si l'idéal de Trudeau avait été de renforcer le français et le catholicisme, il se serait adapté aux années 60-70-80 et aurait fixé une seule langue et une seule religion là où elle était déjà parlé majoritairement. Il aurait limité les intrusions des marchés étrangers qui comme des animaux néfastes à certains écosystème débalancent l'équilibre de l’environnement, et ce, sans trop s'endetter car l'endettement affaibli la souveraineté. Le fait français catholique solidifié en Amérique, nous pourrions alors parler aujourd'hui de rapatrier les forces francophones et catholiques de la planète entière là où cette langue et cette religion survivent toujours et promettent d'augmenter en nombre. Ainsi nous pourrions encore parler de cohésion. Mais tel n'est pas le cas.

La laïcité

Comme nous ne formons plus de prêtres enracinés dans le sol québécois, plus personne de crédible auprès de la population n'arrive à guider les âmes. Il a donc fallu former des gens capables de répondre à la demande d'orienteur d'âme.

À la veille de la Révolution française des gourous de tous acabits tel Mesmer profitaient de l'affaiblissement spirituelles des élites - car tentés de se corrompre pour engranger du capital - pour les corrompre moralement. Ces gourous arrivaient à convaincre les élites les plus influentes de la France de l'efficacité d'une médecine que l'on pourrait qualifier de patenté. Aujourd'hui, des intellectuelles arrivent à convaincre la population de l'efficacité de solutions ou remèdes politiques que l'on pourrait qualifier de patentés... La solution politique patentée la plus courante est celle de la laïcité mal comprise, celle qui veut que l'état puisse être neutre religieusement parlant. Ce n'est pas en reniant la religion qu'on fera en sorte qu'elle n'existe plus. Si la religion est une maladie, je veux bien être malade car les plus grands scientifiques de l'histoire furent pratiquement tous croyants et les plus grandes réalisations architecturales, celles dont on peut être fiers, furent réalisés en l'honneur d'un Dieu ou d'une religion. Regarder les grandes réalisations des gens neutres en terme de religion c'est comme placer sa tête dans une boite de carton.

La neutralité religieuse n'aime pas les Canadiens français

Quand à la fin du 19e siècle Sir Wilfred Laurier s'est mis à parler d'école religieusement neutre ce fut au détriment des catholiques, donc, au détriment des Canadiens français, puisque l'intérêt de parler français notamment au Manitoba reposait sur un réseau, un ordre, une hiérarchie catholique qui ne fonctionnait qu'en français. Tandis que les Anglais continuaient à parler anglais peu importe qu'ils soient mélangés avec les francophones ou pas. La neutralité de l'état a toujours favorisé les intérêts libéraux. Le protestantisme s’accommode beaucoup mieux d'une société libérale. Le protestant, le mot le dit, proteste contre l'ordre établi et donc vit bien avec l'idée de la perpétuelle concurrence entre les individus qu'est le libre-marché. Le catholique français lui fonctionne en équipe, chaque rôle et chaque partie de la société étant indispensable au fonctionnement du collectif.

Les âmes laissés à elles-mêmes par la déconfessionnalisation des années 60, a laissé ouvert grande la porte aux gourous de tout acabit. Cette déconfessionnalisation leur laissant prendre le contrôle des âmes laissés à elles-mêmes, ces gourous apparaissent aujourd'hui formés les seules solutions qui répondent à la concurrence mondiale. L'exemple le plus probant de gourou s'articule le plus souvent par la sexologie. https://www.youtube.com/watch?v=zt2SYzOU-n0&t=8s. S'attaquer au sexe c'est s'attaquer à l'origine du monde. Ce qui devrait être sacré est devenu politique. Ce qui est politique est centralisé vers vous savez où... Hors des intérêts de la famille et hors du Québec bien sûr. Mais, de toute façon, qu'est-ce qu'elles pleuvent les fausses solutions ! La CAQ... Le PQ... Qu'est-ce qu'ils en ont de l'imagination nos journaleux pour nous trouver des solutions.

L'absurdité d'un bilinguisme républicain

Trudeau a rendu l'État bilingue et non la population. Comparativement à la Nouvelle-France régie par un monarque qui lui a les mains liées à sa famille, et sa famille gouverne d'autres familles, l'État canadien des années 60-70-80 a tout d'une république au sein de laquelle les citoyens gouvernent d'autres citoyens. L'idéal de cet État est que l'homme se détache de sa famille, se gouverne lui-même par le vote , etc. etc. Lorsque plus personne ne dépend de sa filiation, mettons père, fils, l'État n'a plus, autre que son vote, de véritable lien qui l'attache aux individus sous sa gouverne. Les individus peuvent donc prendre des décisions qui n'ont aucun lien avec l'intérêt du gouvernement. Des intérêts entrepreneuriales ou communautaires par exemple. Et vice versa, le gouvernement peut prendre des décisions aucunement liées aux aspirations de la population. La population peut donc être unilingue anglophone sous un État français... mais aussi japonais, hébreux, espagnol, russe, etc. L'état devient une entreprise comme une autre pour laquelle, toutefois, nous sommes obligés de payer. Lorsqu'il n'y aura plus un seul locuteur anglais ou français au Canada, les contribuables continueront d'être imposés dans le but de subventionner la défense de ces deux langues.

C'est bien beau un État français et catholique, encore faut-il une population française et catholique. Même quand Groulx a lancé sa réplique « Notre état français nous l'aurons », l'état n'était pas la population. Aujourd'hui, nous avons notre État canadien-français, mais, à part les fonctionnaires, qui voudra encore parler français dans quelques années à Calgary comme à Gaspé ? Seul un lavage de cerveau profond empêcherait la population de parler d'abord la langue de l'argent. Argent qui, quoique l'on dise quoique l'on fasse, est désiré plus que toute autre chose. Comment demander à un argentophile (citoyen mu par l'amour de l'argent) de défendre sa langue lorsqu'elle est minoritaire, en décroissance, donc, peu rentable ?

Nous n'avons pas mille choix. Soit on se contente d'un confort et d'une indifférence qui calqueront notre mode de vie sur celui des tendances américaines. Ainsi, on s'anglicisera, on se mondialisera, on s'appauvrira parce que les Québécois, plein de bonne volonté ou pas, sont modelés par un moule franco catholique incompatible avec le régime mondiale actuel. Soit on prend le risque d'accepter l'aventure de se retirer du confort et de l'indifférence et on s'accrochera pauvrement à la vie. Au regard de la pauvreté déjà présente, autant intellectuelle de nos élites locales que de la posture de bénéficiaire (hôpital, école, vie de groupe, revenus et subvention en échange de docilité) de la population par rapport aux autres État américains et aux autres provinces canadiennes, comme le montre cet article, le risque n’apparaît pas si vertigineux. J'irais même jusqu'à dire qu'un peu d'aventure ne ferait de mal à personne. Ou, plutôt, oui, ça ferait mal, mais cette douleur ferait du bien. Comme la fille qui choisit la douloureuse solitude et la non moins douloureuse pauvreté plutôt que d'aller passer une audition à la chambre d’hôtel luxueuse d'Harvey Weinstein...

Dehors le confort et le luxe.

C'est maintenant une question de vie ou de mort.

1 commentaire

  • Lien Commentaire Lionel Rumilly lundi, 23 octobre 2017 18:02 publie par Lionel Rumilly

    J'ajouterais aussi : Dehors les arrivistes !

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