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La souffrance des pères face à la machine judiciaire et la perte de leur enfant

mardi, 02 fevrier 2016 08:38
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Pour comprendre la souffrance des pères, il s’agit de prendre en compte la représentation sociale de la paternité. Aujourd’hui, on tend à vouloir faire porter aux pères tous le maux de la société : violence, toxicomanie, addictions, échecs scolaires, …etc. Mais, pourquoi ?
Les pères souffrent de représentations négatives datant des années 1950. En effet, c’est sous le régime de Vichy que s’est posée la question de la paternité – non pas pour lui (re)donner une place mais pour restaurer la notion de famille. Le régime et le clergé se sont donc donné la main pour motiver les français à maintenir un ordre voulu par la chrétienté. On peut déjà comprendre que le père est pointé en tant que responsable des pertes du sens de la famille. Car, en effet, dans les années 50, une autre injustice était au RDV ; les hommes protègent et contrôlent la vie familiale alors que les femmes servent. Les pères étaient d’autant plus coupables que la perte du sens de la famille était du fait de causes internes et non pas du fait du contexte extérieur. Je vous rappelle que nous sommes après guerre, dans la période de reconstruction.
Aujourd’hui, nous continuons à percevoir les pères selon cette représentation et on en est à se questionner sur ce qu’est un père ? Un géniteur, un éducateur, un père légal ? 

Dans ce contexte où le père est responsable et même coupable des maux des enfants, il n’est pas facile pour lui de prendre sa place. Etre Père s’articule autour de trois niveaux :
1. La place que l’institution donne au père
2. Selon les psychanalystes, devenir père signifie perdre sa place de fils. C’est donc en regardant ce qui en est de sa relation à son propre père que l’homme deviendra père de son enfant. 
3. Les pères n’ont de place que celle donnée par les mères. 

A travers ces trois points, il est possible de comprendre qu’être père est une chose acquise et non innée. On devient père mais on ne l’est pas d’emblée. 
En effet, en séance, ces trois points sont sources de souffrance. La place de père donnée par la mère et cette octroyée par l’institution sont les plus mentionnés car les plus faciles à décrire. Le point de vue psychanalytique est celui qui va orienter vers un type de souffrance. Sur quel objet va se focaliser la souffrance ? 

1. Le père et l’institution : Auparavant, le père existait par l’importance accordée à l’institution du mariage. Les fonctions du père sont donc nouées à la personne du mari. Le mariage le désigne comme père. Et ce titre lui confère donc autorité et il devient le garant de l’ordre public et la société est alors patriarcale. C’est dans les années 70 qu’un profond bouleversement se saisit. Le nombre de mariage diminue et les divorces augmentent, entrainant avec eux l’abolition de la puissance paternelle au profit de l’autorité parentale. L’apparition de l’autorité parentale en 1972 rend la tache difficile pour les pères qui ne le sont plus par le lien du mariage. Pour devenir père, il s’agissait de faire une démarche supplémentaire s’ils désiraient la reconnaissance de l’autorité parentale. Beaucoup l’ignorait alors que la mère le faisait automatiquement car elles étaient informées à la maternité. Elles obtenaient alors d’emblée l’exercice de l’autorité parental. L’exclusion juridique des pères s’expliquent donc par leur méconnaissance de la loi et la lenteur de l’évolution des mentalités. Il aura fallu attendre plusieurs décennies avant que les pères intègrent la notion de reconnaissance de l’autorité parentale.

2. Le père devient père en renonçant à sa condition de fils pour la donner à son propre enfant. C’est par un exemple que tout à chacun pourra mieux le comprendre. Un père raconte sa situation de divorce en expliquant que lui-même a vu ses parents divorcer de manière violente. Il ajoute qu’il se voit à 7 ans courir derrière la voiture de son père qui a mis sa valise dans sa voiture et s’est enfui. Sa propre femme a agi de la même manière le jour où elle est partie. La souffrance qu’il vit dans sa séparation actuelle est venue réactiver celle d’enfant et de position d’enfant par rapport à son père. La gestion de son propre enfant est influencée par l’angoisse de la répétition. Cet homme a peur de voir son fils vivre ce que lui-même a vécu enfant. C’est l’enfant en lui qui exprime la douleur d’être père.

3. Les consultations auprès des papas me permettent de généraliser plusieurs éléments liés à la place que la mère donne au père (à savoir ce qu’elles empêchent ou permettent par leur omnipotence et omniprésence). Il ne s’agit pas ici de faire preuve de misogynie mais il est impossible de signifier la place du père sans la lier à celle de la mère.


a. La plupart des pères que je rencontre se plaint de ne pas pouvoir se faire entendre concernant l’éducation de leur enfant. Cet enfant tend à donner parole d’évangile à la mère et ce, même en l’absence de celle-ci. Qui n’a pas entendu « oui, mais Maman ne veut pas, ELLE, elle fait comme ça… » . Les pères ici souffrent de l’omniprésence et de l’omnipotence des mères. Celles-ci tendent souvent à s’accaparer l’enfant comme un objet de désir dans lequel elle se projette narcissiquement. Les pères souffrent donc de l’emprise des mères et, de ce fait, que leur parole de père est nulle et non avenue.

b. Très souvent dans les contextes de séparations, les mères redonnent une place considérable à leurs parents, puis au nouveau conjoint quand il apparaît. Ces grands-parents, ce beau-père viennent-ils remplacer le père ? Le père est-il interchangeable ? Quelle est donc la place du père ? Les pères souffrent de ne plus occuper une place privilégiée auprès de leur enfant. Il n’est pas question ici de jalousie envers le beau-père (ou nouveau conjoint de l’ex) ou les grands-parents mais plutôt de sentiment d’interchangeabilité et de peur de disparaître de la vie de l’enfant.

c. La difficulté à créer ou maintenir des liens solides avec l’enfant. Les pères soulignent régulièrement que passer 4 à 6 jours par mois avec leur enfant ne leur permet pas de mettre en place des rituels et de satisfaire des besoins fondamentaux. Ils ne seraient que des papas loisirs. Encore ici, nous sommes autour de la question de l’interchangeabilité. « Mon fils a arrêté le tennis, plus assez marrant par rapport du judo ? Et moi, quand va-t-il me remplacer par une activité, un beau-père, un copain » ? Les pères ont le plus souvent crée des liens solides avec leur enfant mais ils présentent une peur de les voir s’étioler car ils sont sérieusement absents de toutes les sphères de la vie de leur enfant. Les experts des affaires familiales et les mères arguent que le père peut rencontrer les professeurs, etc.. Certes ! Mais il n’est pas avec son enfant pour l’aider à faire ses devoirs, pour le soutenir quand il s’est bagarré à l’école, pour gérer sa fatigue après une journée d’école…

d. Les papas souffrent souvent d’une emprise des mamans sur eux-mêmes - ce qui les paralysent pour prendre des initiatives et ce, surtout en matière de communication. Ai-je le droit de dire à mon fils ce qu’il se passe ? La maman a dit ceci mais ce n’est pas vrai, que dois-je faire ? Les papas souffrent finalement de voir leur enfant en tant qu’être et de tout faire pour le protéger au prix d’un sacrifice, d’une mauvaise image d’eux-mêmes. Ils sont piégés – Ou bien ils disent la vérité à leur enfant au risque de nuire à l’image maternelle, ou bien ils se taisent et deviennent l’image paternelle nocive. Les pères sont eux-mêmes victimes de l’image négatives des papas et ils n’osent pas prendre leur envol paternel sans en référer à une figure féminine. Combien de fois a-t-on entendu, un homme, une femme dire que les hommes n’avaient pas la sensibilité nécessaire pour percevoir la bobologie de leur enfant ?

e. Tout cela entraîne une difficulté chez les papas à exercer leur autorité parentale. Ils le soulignent et ce, souvent à tort, car après investigations, on constate que les pères intuitivement trouvent le bon positionnement par rapport à leur enfant. . Les pères, dans ces contextes de Droits de Visites et d’Hébergements, perdent toute leur confiance en eux-mêmes. 

f. Les pères sont dans l’incompréhension totale de ces décisions juridiques qui confondent séparation conjugale avec séparation parentale. Les pères ne peuvent entendre l’argument de la prévalence des mères et se ressentent comme punis alors même qu’ils ne sont ni mieux ni pires que les mères.

g. Face à la machine judiciaire et au monopole des mères, les pères ressentent aussi un sentiment très profond d’impuissance. Ce sentiment est d’autant plus douloureux que les hommes, encore aujourd’hui ne devraient pas perdre pieds. Ils sont supposés être les meneurs (toujours ces fameuses représentations sociales ancestrales !!). Ce sentiment d’impuissance existe car ils ne parviennent pas à faire changer la situation. Ils se sentent d’autant plus impuissant que ces situations sont psychologiquement nocives pour tout le monde et qu’ils ne réussissent pas à protéger leur enfants et entourage de la situation. Cela est sans prendre en compte les contextes parfois violents qui viennent accentuer le sentiment d’impuissance et de culpabilité. Enfin, ce sentiment persiste d’autant plus qu’ils ne parviennent pas à mettre un terme à la souffrance liée à la situation. Comment faire disparaître la douleur de moins (ou plus) voir son enfant, de le laisser souffrir quand il est instrumentalisé pour gagner une procédure. C’est souvent le sentiment d’impuissance qui pousse les pères à céder aux ex.

h. Les pères souffrent également de la perte de leur revenu et de l’augmentation de celui de leur ex femme lorsqu’elle obtient la Résidence exclusive. Le père est déjà lésé dans sa place de père mais il se trouve en plus dans l’incapacité d’accueillir correctement son enfant et de lui offrir l’équivalent de ce que la mère offre. Les pères se ressentent alors comme des sous-pères et ici, nous pouvons même ajouter que c’est leur rôle de père pourvoyeur d’éducation qui est touché. Les hommes sont également touchés par des représentations sociales tenaces, celles où ils doivent apporter l’argent du foyer. Se retrouvant fiscalement et physiquement privé de foyer, ils se ressentent comme des hommes diminués voire même parfois émasculés. 

En conclusion « la mère a acquis une toute puissance dans le fait de pouvoir contraindre ou exclure le père et c’est la perte du sens de l’institution du père qui donne ce pouvoir aux mères ».

La souffrance des pères est due aux représentations persistantes issues de l’imaginaire collectif, néanmoins passées. Les pères souffrent également d’être réduit à une FONCTION de père et non pas à une place de père, fonction par ailleurs disqualifiées (père absent, incapable, violent, et parfois pire, abuseur !). Ils souffrent donc d’être isolés au profit des mères omnipotentes et omniprésentes qui se savent dans une impunité juridique. 

La loi 2002 malheureusement n’a pas encore permis d’abolir ces représentations négatives du père qui en paient encore le prix dans leur chair. Elle ajoute même à leur souffrance car elle reste dans la majorité non appliquée et vient doublement punir les pères qui pensaient avoir des droits !

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La plupart des symptômes retrouvés chez les papas en situation de divorce sont ceux de la dépression. Tous les patients vont présenter certains de ces symptômes et ce, de manière ponctuelle. Certains symptômes vont et viennent selon l’avancée de la procédure et la qualité de la relation avec les enfants. Si le sujet n’a pas une histoire singulière propice à la dépression ou autre pathologique psychosomatique, les symptômes disparaitront quelques temps après la fin de la procédure avec l’acceptation de la perte de sa place de père à plein temps 

- Désespoir, pessimisme, tristesse
- Sentiment de solitude, d’être isolé (malgré souvent une famille très présente) 
- Sentiments de culpabilité, insignifiance, abandon 
- Impatience persistante
- Sensation de vide 
- Epuisement
- Intolérance à toute stimulation négative comme positive (le vase est plein)
- Cogitation, rumination, pensée négative et persistante
- Perte d'intérêt pour des activités précédemment agréables. 
- Sentiment d’être un boulet pour les autres 
- Perte de confiance en soi et en les autres 
- Perte ou trouble du sommeil
- Angoisse 
- Honte surtout quand il y a des accusations non fondées 
- Colère et violence souvent retournées contre soi 
- Sentiment d’injustice
- Pleurs inopinés
- Incapacité à se projeter dans le futur
- Grande inquiétude quant à son enfant et sa construction psychologique. Peur de montrer à son enfant sa douleur et de lui transmettre ces sentiments négatifs

Néanmoins, il est à noter que les pères prennent la mesure de leur qualité de père au moment de la séparation (avant il n’y avait pas de raison à se questionner) et considère positivement leur qualité et fonction de père. Cette situation a au moins UN avantage, elle permet aux pères d’ouvrir les yeux sur leur compétences en tant que père. 

Source : psy-conseil-divorce.over-blog.com

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