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Le Grand Krach de 1929 au Canada

mardi, 06 mars 2018 11:12
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À la fin du mois d’octobre 1929, la terreur envahit les marchés boursiers de l’Amérique du Nord. La grande fête spéculative du capitalisme, avec le cours galopant de ses actions et ses célèbres millionnaires, est brusquement interrompue. C’est le Grand Krach, comme cet événement a été appelé, qui va être suivi de la Grande Crise.

 

 

 

Bourse des céréales de Winnipeg

En 1928, la surabondance de blé provoqua la chute du prix des céréales à la Bourse de Winnipeg, déclenchant une dépression dans l’économie canadienne.

(avec la permission de Provincial Archives of Alberta/a-3742)

Le tout a commencé à prendre forme le 24 octobre 1929, dorénavant connu comme le « jeudi noir ». Le lendemain, à la une du Globe de Toronto paraît ce titre : « Les spéculateurs à la Bourse sous le choc en ce jour de panique. » Les textes qui accompagnent ce titre racontent que la bourse de New York a connu des chutes de cours massives dans un marché devenu complètement fou avec un record de 12,8 millions d’actions vendues. Des milliers de comptes ont fondu avant que les principales banques et les industriels de premier plan aient le temps d’intervenir pour stopper l’effondrement. La peur gagne les marchés de Toronto, écrit le Globe, et fait chuter les cours. À Montréal, on assiste à une vague de ventes forcées et presque tous les cours finissent la journée à la baisse.

« C’est le krach le plus grave jamais enregistré », déplore le célèbre économiste britannique John Maynard Keynes, qui aura perdu la totalité de ses propres investissements avant la fin de l’année (voir Économie keynésienne).

Le mardi 29 octobre, appelé mardi noir, est pire encore. À Wall Street, 16,4 millions d’actions sont vendues, soit presque 4 millions de plus que le sinistre record du jeudi précédent. La moyenne industrielle du New York Times plonge, éliminant les importants gains obtenus durant l’année, et le géant de l’investissement Goldman Sachs Trading Corporation a perdu 42 % de sa valeur de la veille.


 

À Toronto et à Montréal, des records de liquidation sont battus. Des investisseurs horrifiés bloquent l’accès aux quartiers financiers, alors que les agents des bourses et des maisons de courtage travaillent jusqu’à épuisement pour venir à bout du travail de bureau. Selon la Canadian Annual Review of Public Affairs jamais, avant le krach de 1929, n’avaient été perdues en si peu de temps des sommes se chiffrant en milliards de dollars dans les bourses canadiennes. À Montréal, quelque 500 000 actions sont vendues, soit 5 fois la quantité normale; à Toronto, 330 000 actions sont vendues, soit 13 fois la quantité normale.

« La particularité du Grand Krach de 1929 c’est que le pire continuait à empirer », écrira l’économiste d’origine canadienne John Kenneth Galbraith dans son ouvrage marquant The Great Crash 1929 (1954; trad. La Crise économique de 1929, 1970). Les marchés reprennent de la vigueur, mais seulement très brièvement. Les fléchissements réapparaissent et persistent.

Du sommet boursier de 1929 jusqu’au milieu des années 1930, les 50 titres canadiens les plus actifs cèdent en moyenne la moitié de leur valeur marchande. Les actionnaires d’International Nickel perdent plus de 500 millions de dollars tout comme ceux d’Imperial Oil et ceux du chemin de fer du Canadien Pacifique, plus de 60 millions.

John D. Rockefeller, de Standard Oil du New Jersey – le Bill Gates de l’époque – est lui-même pris dans la tourmente. Le 13 novembre 1929, une autre journée désastreuse pour les marchés boursiers, il met l’argent de sa famille en garantie pour que la valeur des actions de son entreprise ne descende pas sous la barre des 50 $. Début 1932, elle sera de 20 $.

Les historiens et les économistes débattent encore de l’importance du Grand Krach. Certains prétendent qu’il aura mené à la crise qui a miné le monde industrialisé dans les années 1930; d’autres le mentionnent à peine dans leurs récits du marasme économique qui aura duré toute une décennie, un phénomène international aux origines et aux explications diverses.

Richard Bedford Bennett

En 1933, au plus fort de la crise, il semble indécis et inefficace. Il devient la cible d'interminables railleries.

W.L. Mackenzie King

Le très honorable W.L. Mackenzie King (en 1941), premier ministre du Canada de 1921 à 1926, de 1926 à 1930 et de 1935 à 1948.

Yousuf Karsh. Bibliothèque et Archives Canada, C-027650

Le repli économique semble s’être modéré quand le chef conservateur R. B. Bennett lance sa campagne électorale en 1930. Cependant, l’homme politique parvient à l’utiliser pour battre les libéraux de William Lyon Mackenzie King, qui ont été au pouvoir pendant près d’une décennie et qui ont du mal à reconnaître la crise qui se prépare au Canada.

Six mois après l’élection, le premier ministre Bennett se rend compte de la gravité de la situation : le pays traverse une importante dépression économique. On situe le creux de la vague en 1933, alors que la production nationale et les exportations – cruciales à l’époque comme aujourd’hui pour l’économie canadienne (voir Indicateurs économiques) – sont tombées à un tiers de leurs niveaux de la fin des années 1920. Les fermes de l’Ouest sont en crise (voir Sécheresse). Près d’un tiers de la main-d’œuvre est en chômage.

La Grande Crise

L'Ouest fut non seulement dévasté par l'érosion du sol, mais aussi par les sécheresses et les ravages causés par les insectes. Cette photo montre une exploitation agricole détruite par l'érosion du sol.

(avec la permission de Saskatchewan Archives Board/Saskatchewan Wheat Pool Collection)

Famille, Crise des années 30

Famille dans le dénuement quittant le Nord pour retourner à Saskatoon, pendant la Crise des années 30 (avec la permission des Archives du Glenbow Museum).

 
 

soupe populaire pendant la crise

Des victimes du chômage pendant la Crise ont recours aux soupes populaires tenues par des organisations bénévoles et religieuses. Après le repas, la plupart d'entre eux retournent passer la nuit dans les ruelles, les parcs ou les refuges de nuit (Archives nationale du Canada/PA-168131).


 

Le riche et bien portant Bennett est la cible de cruelles plaisanteries et devient le symbole tout ce que les Canadiens ont en aversion. Bien qu’il essaie de renverser la tendance avec la création de la Banque du Canada et la présentation de sa nouvelle donne pour la réforme des services sociaux en 1935, c’est trop peu, trop tard. Lors de l’élection suivante, les Canadiens évincent Bennett.

L’économie redémarre, même si c’est très lentement, et, à la fin des années 1930, une récession vient de nouveau interrompre la tendance à la hausse (voir Cycles économiques au Canada). En 1939, il y a toujours des centaines de milliers de Canadiens qui comptent sur ce qu’on a appelé le « secours financier » du gouvernement, avec un taux mensuel variant de 60 $ à Calgary à 19 $ à Halifax pour une famille de cinq. C’était avant l’avènement de l’État-providence au cours des décennies suivantes.

Année après année, les difficultés économiques créent des tensions sociales dans une dépression mondiale qui épargne peu de marchés. En réponse à cette situation, les gouvernements accumulent les revenus grâce aux tarifs douaniers, voulant se protéger eux-mêmes et nuire aux autres (voir Protectionnisme). Les démocraties se renferment sur elles-mêmes, deviennent égocentriques et craintives. Le capitalisme semble avoir échoué, et ses opposants sont à la mode. Les dictateurs avides de nouveaux territoires ont soudain la partie facile (voir Fascisme). À cet égard, la Deuxième Guerre mondiale naît de la Grande Crise… Puis, dans une triste ironie du destin, la guerre apporte la prospérité économique qui met fin à la dépression au Canada.

Source : thecanadianencyclopedia.ca

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