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La violence sexuelle : qui la perpétue, qui en souffre. Les dernières données aux Etats Unis

vendredi, 10 mars 2017 15:43
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L'étude des chercheurs cite une enquête nationale sur les victimes de crime en 2012, qui a révélé que « 38% de tous les viols et agressions sexuelles ont été commis contre des hommes ». Les auteurs soulignent qu'il s'agit « d'une augmentation des cas au cours des dernières années, qui contredit la croyance commune que les hommes sont rarement victimes de ce crime.» Ils concluent: « De plus, la violence sexuelle est désormais comprise comme sous-jacente à la lutte pour le pouvoir.» David Rosen

 

La violence sexuelle prend de nombreuses formes, de la vengeance par publication de contenu pornographique au harcèlement, du viol par rendez-vous au trafic sexuel, de la pédophilie au meurtre par luxure. Elle est perpétrée par des hommes et des femmes – et les victimes sont aussi bien des hommes que des femmes, trop souvent des enfants et des jeunes.

 

Les auteurs de violence sexuelle peuvent être les parents, les partenaires, les frères et sœurs, les enseignants, le personnel pénitentiaire, les compagnons de cellule, des étrangers, des militaires, des baby-sitters et des prédicateurs. La plupart des actes de violence sexuelle sont qualifiés de « violence conjugale » (VC) et comprennent l’agression sexuelle, le viol qualifié, l’agression grave et l’agression simple d’un conjoint ou d’un ex-conjoint, d’un ami ou d’une petite amie, un contact sexuel non désiré et des expériences sexuelles non désirées sans contact, comme le harcèlement ou la vengeance par publication de contenu pornographique, sur internet le plus souvent.

Les données fédérales montrent que le taux de VC « grave » a diminué de 72% pour les femmes et de 64% pour les hommes au cours de la décennie et demie, entre 1994 et 2011. Malheureusement, près d’une femme sur cinq (18,3%) et un homme sur 71 (1,4%) ont été violés à un moment de leur vie, y compris par pénétration forcée, tentative de pénétration forcée ou pénétration complète facilitée par l’alcool ou la drogue.

Plus de la moitié (51,1%) des femmes victimes de viol ont déclaré être violées par un partenaire intime et deux cinquièmes (40,8%) par une connaissance. Pour les hommes, plus de la moitié (52,4%) ont déclaré avoir été violés par une connaissance et 1 sur 6 (15,1%) par un étranger. Entre 2002 et 2011, plus d’un tiers des VC étaient des « violences graves non mortelles », mais 4 % des femmes et 8 % des hommes victimes de VC se sont fait tirer dessus, ou ont été poignardés ou frappés avec une arme.

Dans les années 1990, plus de la moitié des répondantes lesbiennes à une étude fédérale ont signalé une agression sexuelle par une partenaire féminine. Une étude réalisée par l’Institut Williams de l’UCLA, publiée en 2012, a révélé des cas très nombreux de VC déclarées chez les femmes bisexuelles (95%) et les hommes homosexuels. Le rapport note : « La consommation excessive d’alcool et des antécédents de détresse psychologique sont des facteurs de violence entre partenaires intimes, mais ces facteurs n’expliquent pas les disparités entre les femmes bisexuelles et les femmes hétérosexuelles ou entre les homosexuels et les hétérosexuels. »

Deux études récentes menées par des chercheurs associés à la faculté de droit de l’UCLA et au Williams Institute aident à réviser les croyances conventionnelles concernant les victimes et les auteurs de violences sexuelles. En 2014, Ilan Meyer et Lara Stemple publiaient La victimisation sexuelle des hommes en Amérique et récemment Stemple, Meyer et Andrew Flores (Mills College) ont publié Les agressions sexuelles perpétrées par les femmes. Dans les deux études, les chercheurs ont entrepris des recherches rigoureuses à partir des analyses des données fédérales et d’autres pour contester les stéréotypes populaires liés à la violence sexuelle.

Dans l’étude de 2014, les universitaires remarquent : « Les données de la CDC révèlent que tant les femmes que les hommes ont connu des rapports sexuels non consensuels en nombre alarmant. » Plus surprenant, les données fédérales montrent que les hommes comme les femmes sont victimes des 1,3 million de cas de sexe non consensuel au sein de la communauté, dans les 12 mois précédant l’étude du CDC. L’étude des chercheurs cite une enquête nationale sur les victimes de crime en 2012, qui a révélé que « 38% de tous les viols et agressions sexuelles ont été commis contre des hommes ». Les auteurs soulignent qu’il s’agit « d’une augmentation des cas au cours des dernières années, qui contredit la croyance commune que les hommes sont rarement victimes de ce crime ».

Dans leur dernière étude, les chercheurs poussent leur analyse un peu plus loin, arguant : « Tout en ne cherchant pas à minimiser le phénomène très réel de l’agression masculine, nous examinons l’agression féminine afin d’explorer la dynamique de genre en jeu et mieux comprendre la victimisation sexuelle. » Ils insistent, « en procédant ainsi, nous discutons du fait que l’attention portée à l’agression féminine sert des objectifs féminins importants ». Poussant plus loin, ils remarquent que « voir les femmes comme seulement passives ou inoffensives ne donne qu’une approche unidimensionnelle des femmes, oblitérant ainsi les traits négatifs que tout être humain complexe incarne. Cela nie aussi l’intention et la responsabilité des femmes envers leurs actions que toutes les personnes adultes devraient avoir. » Ils concluent : « De plus, la violence sexuelle est désormais comprise comme sous-jacente à la lutte pour le pouvoir.»

La violence sexuelle est tout aussi américaine que l’apple pie. Les coutumes patriarcales des premiers colons européens ont légitimé la violence sexuelle comme faisant partie de la culture sociale de la nation. La terreur sexuelle a été perpétrée contre les autochtones et l’esclavage a institutionnalisé le viol et d’autres formes de violence sexuelle contre les femmes africaines et plus tard afro-américaines. Ce n’est qu’en 1871, dans le cas Fulgam contre l’État d’Alabama, que le droit de « châtiment»  qui régnait a été contesté.

Le châtiment impliquait le droit d’un mari à discipliner physiquement sa femme et sa famille, ainsi que son droit de propriété sur eux, la valeur de son travail tant rémunéré que non rémunéré et de tout bien qui accompagnait leur mariage. Dans l’arrêté Fulgam, la Cour a statué : « Le privilège, si ancien soit-il, de la battre avec un bâton, de lui arracher les cheveux, de l’étrangler, de lui cracher au nez ou de lui donner des coups de pieds ou de lui infliger des injures, n’est maintenant plus reconnu par notre loi. »

D’autres États ont suivi la décision de l’Alabama ; le Massachusetts, le Maryland, la Caroline du Nord et la Géorgie. À la fin des années 1890, le viol d’une épouse par un mari a été reconnu comme un crime en Louisiane, au Texas et dans d’autres États. Cependant, la Cour suprême des États-Unis a statué dans l’affaire Thompson contre Thompson (en 1910) qu’un mari et une épouse étant considérés comme une seule entité, il n’était pas possible à une femme de poursuivre son mari pour agression et violence contre elle. La Cour a déclaré que « le cas contraire ouvrirait les portes des tribunaux à des accusations de toutes sortes d’un conjoint contre l’autre et porterait à l’attention du public des voies de fait, calomnies et diffamations dans le couple ».

Un demi-siècle plus tard, le mouvement féministe des années 1970 a permis d’importantes avancées dans la poursuite des auteurs de violences sexuelles, principalement des hommes, par la mise en place de lois abolissant le viol conjugal, de lois de protection contre les viols protégeant les victimes et le Title IX obligeant une école à s’occuper des plaintes pour harcèlement sexuel. Toutes ces lois ont contribué à faire sortir le viol du grand placard américain de la honte et du déni. Ces efforts ont abouti à l’adoption de la loi sur la violence contre les femmes en 1994.

Les États-Unis n’ont toujours pas de loi nationale sur le viol, et la violence sexuelle demeure un crime très relatif, comme l’indique le cas récent – un parmi de trop nombreux – impliquant Brock Turner, un ancien étudiant de Stanford, accusé de trois agressions sexuelles pour lesquelles le juge, Adam Persky, l’a condamné à six mois de prison avec sursis.

Les deux études de Stemple et Cie présentent une critique radicale des hypothèses conventionnelles sur les agressions sexuelles et comment elles sont jugées. Traditionnellement, les hommes étaient simplement considérés comme d’agressifs fauteurs de troubles et les femmes comme des victimes passives. Un changement dans ce modèle est attendu depuis longtemps et doit être révisé afin, selon les mots des auteurs, d’« éliminer le biais sexué et sexiste  ».

Ces études éclairent deux sujets sous-évalués impliquant la violence sexuelle – les victimes masculines et les violeurs féminins. En examinant les victimes masculines, les chercheurs ont fondé leurs constatations sur cinq enquêtes fédérales menées de façon indépendante par le Bureau de la statistique juridique, les centres de contrôle et de prévention des maladies et le Bureau fédéral d’enquête, de 2010 à 2012. Ils ont noté que les analyses précédentes, faites sur la base des données des enquêtes auprès des ménages, ne comprenaient pas les personnes incarcérées qui sont majoritairement des hommes.

L’adoption de la Loi sur l’abolition du viol en prison, en 2003, et les résultats de l’Enquête nationale sur les détenus du ministère de la Justice de 2011-2012, ont révélé que 12,2% des détenus non hétérosexuels ont déclaré avoir été sexuellement agressés par un autre détenu et 5,4% par le personnel.

Dans leur étude de 2016, les chercheurs ont trouvé une « prévalence étonnamment significative d’agression sexuelle perpétrée par des femmes, principalement contre des hommes et parfois contre des femmes. Les conclusions sont suffisamment robustes pour obliger à revoir certains préjugés ». Ils ont fait deux distinctions critiques en termes d’agression sexuelle. Premièrement, ils ont fait la différence entre une femme qui agit comme complice (souvent d’un homme) et celles qui agissent de leur propre chef. Deuxièmement, ils ont fait la distinction entre les femmes qui agressent les hommes et celles qui agressent sexuellement les femmes, les enfants ou les jeunes. Les agresseurs femmes étaient plus susceptibles d’abuser des hommes et de le faire seules.

Citant les données du CDC, elles montrent que près de quatre hommes agressés sur cinq (79,2%) ont signalé des auteurs féminins. En se fondant sur le Bureau de la statistique juridique [BJS] de l’Enquête nationale sur la victimisation criminelle (NCVS), ils ont constaté que les femmes auteurs de viols agissant seules représentaient plus du quart (28,0%) des viols sur des hommes et seulement 4,1% des incidents impliquant des femmes victimes. Ils ont également constaté que la prise de risque sexuel, l’abus d’alcool, la coercition verbale et la force étaient souvent impliqués.

« Les femmes auteurs de violences mordent, frappent et giflent les victimes masculines », rapportent les chercheurs. « Dans certains cas, des étudiantes de sexe féminin montent sur des hommes en érection et les forcent à les pénétrer. » Une femme a décrit ses actions ainsi :« J’ai verrouillé la porte de la pièce dans laquelle nous étions. Je l’ai embrassé et touché. J’ai enlevé sa chemise et dégrafé son pantalon. Il m’a demandé de m’arrêter. Je ne l’ai pas fait. Puis, je me suis assise sur lui. »

En examinant la violence sexuelle dans les prisons, les chercheurs ont constaté qu’« une prévalence élevée d’agressions sexuelles [étaient] commises par le personnel et les détenues féminins. » En se basant sur les données de la BJS, ils remarquent que « les femmes sont plus susceptibles d’être victimes d’agression par les autres prisonnières que par les hommes du personnel ». Parmi les détenus adultes qui signalent une agression sexuelle par le personnel, les quatre cinquièmes (80,0%) ont signalé avoir été agressés par des employées femmes seules.

Encore plus surprenant, « les femmes détenues par l’État sont plus de trois fois plus susceptibles de subir une agression sexuelle perpétrée par leurs codétenues (13,7%) que les hommes par leurs codétenus (4,2%) ». (Les auteurs rappellent que les rapports sexuels entre les membres du personnel pénitentiaire et les détenus constituent une infraction criminelle; le détenu bénéficiant de privilèges est soumis au bon vouloir du personnel.)

Les chercheurs ont montré de la compassion à la fois pour les victimes et les auteurs de violences sexuelles. Les auteurs ont constaté que « ceux qui ont perpétré des crimes sexuels avaient subi plus de traumatismes d’enfance que ceux qui avaient été condamnés pour des infractions non sexuelles, comme des violences physiques, des violences psychologiques et de la négligence ». Étudiant spécifiquement les lesbiennes et bisexuelles abusées par des femmes, les chercheurs ont trouvé que des telles victimes « rapportent le sentiment que leur statut de victime est délégitimé en raison des préjugés hétérosexuels ».

Les deux études ont été publiées dans de prestigieuses revues académiques – l’American Journal of Public Health et Aggression and Violent Behaviour, respectivement – et seront probablement lues par des chercheurs, des avocats, des psychologues et des travailleurs sociaux. Elles sont à l’image du nombre croissant d’universitaires repensant des conventions sociales tenues depuis longtemps pour acquises comme, par exemple, la consommation de marijuana pour la santé ou le plaisir, et la libération de prison des délinquants non violents. Au fur et à mesure que cette recherche atteindra un public plus large, y compris les politiciens, les responsables de l’application des lois et le grand public, elle pourrait contribuer à modifier la compréhension des violences sexuelles par les systèmes judiciaires et policiers.

Les auteurs appellent à ce que « la santé publique et les réponses politiques adoptent une nouvelle approche, plus inclusive et sexuée, face aux agressions sexuelles ». Cette compréhension « plus inclusive » implique de pouvoir considérer les hommes comme des victimes et des femmes comme des auteurs, rompant ainsi avec les stéréotypes sociaux patriarcaux. Ils vont plus loin et affirment que, « à moins de déraciner les stéréotypes simplistes qui limitent la compréhension de l’agression sexuelle, nous ne nous y prendront pas correctement et nous ne répondront pas aux victimes avec empathie ».

Le problème des violences sexuelles devient urgent sous la présidence de Donald Trump. Au moment de l’élection, le New Yorker identifia 24 femmes, y compris son ancienne femme, Ivana Trump, qui ont prétendu avoir été victimes d’avances sexuelles agressives, et non consensuelles ! Ses actes signalés de misogynie et d’agression sexuelle ont pris de nombreuses formes, allant de l’insulte aux attouchements et aux caresses, aux baisers non désirés et jusqu’au viol.

Quant à savoir combien de femmes Trump a pu payer pour des services sexuels, cela restera un secret. Les Américains ne connaîtront probablement jamais l’ampleur de ses exploits sexuels. On ne peut que se demander si le 45e Président de l’Amérique suivra les traces de ce précédent modèle de vertu, l’autre Clinton, et infligera sa rage sexuelle égo-maniaque au Bureau ovale.

Source : lesakerfrancophone.fr

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