dimanche, 19 avril 2015 13:34

Les Patriotes de 1837 et le nationalisme Canadien-français - Entretien avec l'historien Jean-Claude Dupuis

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(Vidéo intégrale en bas de page, 56min) Les Patriotes de 1837 et le nationalisme Canadien-français - Entretien avec Jean-Claude DupuisEntretien exclusif avec l'historien Jean-Claude Dupuis, réalisé par le Bonnet des Patriotes le 12 avril 2015. Veuillez noter que cette entretien existe aussi en format texte (voir en bas de page).

 

 


(1-12) Les Patriotes de 1837 et le nationalisme Canadien-français - Entretien avec Jean-Claude DupuisEntretien par Fred. Monsieur Dupuis, en tant qu’historien, quel serait votre portrait de la nation canadienne-française du début du XVIIIe siècle jusqu’en 1837?

 

 

 

(2-12) Les Patriotes de 1837 et le nationalisme Canadien-français - Entretien avec Jean-Claude DupuisEntretien par Fred. Parlez-nous un peu de Louis-Joseph Papineau.

 

 

 

(3-12) Les Patriotes de 1837 et le nationalisme Canadien-français - Entretien avec Jean-Claude DupuisEntretien par Fred. Pourquoi Mgr Lartigue a-t-il condamné les Patriotes de 1837?

 

 

 

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(4-12) Les Patriotes de 1837 et le nationalisme Canadien-français - Entretien avec Jean-Claude DupuisEntretien par Fred. Selon vous, quels sont les courants idéologiques qui sont à l’origine de la désinformation historique au sujet des Patriotes de 1837?

 

 

 

(5-12) Les Patriotes de 1837 et le nationalisme Canadien-français - Entretien avec Jean-Claude DupuisEntretien par Fred. Un nationaliste québécois peut-il, aujourd’hui, se réclamer des Patriotes de 1837?

 

 

 

(6-12) Les Patriotes de 1837 et le nationalisme Canadien-français - Entretien avec Jean-Claude DupuisEntretien par Fred. Quelle serait votre définition du véritable nationalisme canadien-français?

 

 

 

(7-12) Les Patriotes de 1837 et le nationalisme Canadien-français - Entretien avec Jean-Claude DupuisEntretien par Fred. Quelles sont les différences fondamentales entre l’esprit français et l’esprit anglais?

 

 

 

(8-12) Les Patriotes de 1837 et le nationalisme Canadien-français - Entretien avec Jean-Claude DupuisEntretien par Fred. Pourquoi le libéralisme a-t-il fini par vaincre l’ultramontanisme au Québec?

 

 

 

(9-12) Les Patriotes de 1837 et le nationalisme Canadien-français - Entretien avec Jean-Claude DupuisEntretien par Fred. Que pensez-vous de Jules-Paul Tardivel et de son roman indépendantiste, Pour la Patrie?

 

 

 

(10-12) Les Patriotes de 1837 et le nationalisme Canadien-français - Entretien avec Jean-Claude DupuisEntretien par Fred. Peut-on comparer l’indépendantisme de Jules-Paul Tardivel avec celui du Parti Québécois?

 

 

 

(11-12) Les Patriotes de 1837 et le nationalisme Canadien-français - Entretien avec Jean-Claude DupuisEntretien par Fred. Quel fut l’impact de la Révolution tranquille sur notre identité nationale?

 

 

 

(12-12) Les Patriotes de 1837 et le nationalisme Canadien-français - Entretien avec Jean-Claude DupuisEntretien par Fred. Comment voyez-vous l’avenir du Québec? Questionnaire du Bonnet: - votre personnage historique québécois préféré - votre chanteur francophone préféré - votre acteur francophone préféré - en un mot, ce que vous aimez dans notre province - en un mot, ce que vous détestez - votre écrivain préféré - la qualité que vous appréciez chez les Québécois - le défaut qui vous horripile chez les Québécois - si vous aviez un seul mot pour décrire Montréal - votre film québécois préféré

LES PATRIOTES DE 1837 ET LE NATIONALISME CANADIEN-FRANÇAIS

Entretien exclusif avec Jean-Claude Dupuis, Ph. D.

pour le Bonnet des Patriotes

 

Monsieur Dupuis, en tant qu’historien, quel serait votre portrait de la nation canadienne-française du début du XVIIIe siècle jusqu’en 1837?

                  Au XVIIIe siècle, les Français du Canada se distinguaient déjà des Français de France. Montcalm disait que les Canadiens et les Français formaient «deux nations distinctes, ennemies même». Il y avait effectivement une certaine rivalité entre les deux groupes, notamment dans l’armée. Les miliciens canadiens et les soldats réguliers français combattaient dans des régiments séparés. Le commandant en chef Montcalm ne s’entendait pas avec le gouverneur Vaudreuil, qui était né dans la colonie, et qui était donc canadien. Mais il ne faut pas exagérer. Les «Canadiens», qui prendront le nom de «Canadiens français» après 1867 et de «Québécois» après 1960, ne formaient pas encore une nationalité distincte sous le régime français (1534-1760). Nous étions des Français parce que nous étions des sujets du roi de France. Et nos ancêtres se sont battus courageusement pour défendre les possessions du roi de France en Amérique. À cette époque, la nationalité se définissait en fonction d’une allégeance collective à la personne d’un roi, et non pas à un groupe ethnique ou à un territoire. L’identité canadienne n’était alors qu’un régionalisme français, parmi la vingtaine de régionalismes provinciaux qui constituaient alors la France. Le Canada était une province française d’outre-mer, mais ce n’était pas encore une nation. Si nous étions restés dans l’empire français, nous aurions sûrement fini par devenir une nation et par nous séparer de la France, comme l’ont fait les autres peuples des Amériques : Anglais, Espagnols, Portugais et Africains. Mais en 1760, nous n’avions pas atteint ce degré de maturité collective. Les Canadiens étaient encore un peuple colonial qui avait besoin de la mère patrie. Malheureusement, notre « ordon ombilical» a été coupé trop tôt, par la Conquête anglaise. Le Canada français est une sorte de «bébé prématuré». Il a été plutôt faible, comme tous les enfants prématurés. Mais le seul fait qu’il ait survécu prouve qu’il possédait au départ une vigoureuse constitution physique et morale. En fait, si la politique de peuplement de Jean Talon (1665-1672) avait été poursuivie pendant cinquante ans, et si le Canada avait appartenu à la France pendant un siècle de plus, le premier homme qui aurait débarqué sur la Lune aurait parlé français et il y aurait planté un drapeau fleurdelisé!

                  La Conquête du Canada par l’Angleterre a tout changé (1760). Nos ancêtres ont d’abord continué à se considérer comme des Français. Ils espéraient que la France puisse un jour récupérer le Canada à la faveur d’une victoire militaire en Europe, surtout au temps de Napoléon Bonaparte. Le beau poème d’Octave Crémazie, Le drapeau de Carillon (1858), illustre ce rêve. Contrairement à une légende francophobe, d’ailleurs d’origine anglaise, la France n’a pas «abandonné» le Canada lors de la Guerre de la Conquête (1755-1760). Louis XV a bien défendu sa colonie, mais les forces britanniques étaient définitivement supérieures. Cependant, on peut reprocher à la France de ne pas avoir profité de la Guerre d’Indépendance des États-Unis (1775-1783) pour récupérer le Canada. Louis XVI a soutenu militairement la Révolution américaine, mais sans en tirer aucun profit. Le Traité de Versailles (1783) révéla que la France avait définitivement renoncé à toute ambition coloniale en Amérique. Les Canadiens ont été profondément déçus. C’est à ce moment qu’ils ont cessé de se considérer comme des «Français sous Occupation» et qu’ils ont commencé à se percevoir comme des sujets britanniques, mais de religion catholique et de langue française. C’est le début de la lutte pour la survivance. En 1800, on parlait couramment de la «nation canadienne», une nation qui n’était plus française, mais qui refusait de devenir anglo-protestante. Nous avons néanmoins été victimes d’une certaine acculturation par l’influence du droit et du parlementarisme anglais, de même que par la coexistence, pacifique mais redoutable, entre les catholiques et les protestants.

                  En 1837, les Canadiens formaient une nation d’esprit français sur le plan culturel, d’esprit anglais sur le plan politique et d’esprit américain sur le plan socio-économique. Ce beau mélange faisait de nous une société véritablement «distincte».

 

Parlez-nous un peu de Louis-Joseph Papineau.

                  Louis-Joseph Papineau (1786-1871) a été la plus flamboyante personnalité politique canadienne-française du XIXe siècle, mais le bilan de son œuvre me paraît plutôt négatif. C’était un «libéral» au sens anticlérical et antiroyaliste du XVIIIe siècle plutôt qu’au sens démocratique du XIXe ou socialiste du XXe. Papineau était un voltairien qui contestait toute autorité qui n’émanait pas de la «raison», entendue au sens de sa volonté propre. Il était à l’image de la noblesse européenne du Siècle des Lumières qui voulait renverser le Roi et l’Église pour être plus libre d’opprimer le peuple et de vivre dans l’immoralité. Papineau était un seigneur qui traitait durement ses censitaires. Son discours savant s’adressait aux élites, et non au peuple, qu’il méprisait au fond. Mais à cette époque, il suffisait de toucher les classes supérieures pour obtenir du succès politique. C’était le temps de l’écrit, et non pas du télévisuel. Dans les années 1820, Papineau était un libéral à l’anglaise (whig), plutôt modéré. Il se radicalisa vers 1830 pour devenir un libéral à l’américaine (jacksonien), et, dans les années 1840, un républicain à la française (laïciste). Sur le plan religieux, il était agnostique, anticatholique et peut-être même franc-maçon. Son ennemi juré n’était pas l’Anglais, c’était le Prêtre. Son épouse, Julie, était très pieuse, mais Louis-Joseph est mort en refusant les derniers sacrements et il a demandé à ne pas être enterré dans un cimetière chrétien. Par ailleurs, Papineau avait un caractère tyrannique et il souffrait peut-être d’un certain déséquilibre mental. Selon les historiens Lionel Groulx et Fernand Ouellet, il aurait été ce que l’on appelle aujourd’hui un maniaco-dépressif.

                  Aujourd’hui, on présente Louis-Joseph Papineau comme un nationaliste canadien-français, voire un indépendantiste québécois. C’est une erreur de perspective historique. Papineau dénonçait la «Clique du Château», qui contrôlait à son profit le gouvernement colonial. Il réclamait plus d’autonomie pour le Bas-Canada dans le cadre de l’empire britannique. Il prônait la «responsabilité ministérielle», c’est-à-dire le choix des ministres par la Chambre d’Assemblée plutôt que par le gouverneur. Mais il proposait également d’unir toutes les provinces britanniques de l’Amérique du Nord dans une fédération bilingue et multiethnique (Anglais, Écossais, Français, Irlandais et Indiens). Papineau n’est pas le précurseur d’un Québec souverain; c’est plutôt un précurseur de la Confédération canadienne. Le drapeau des Patriotes prouve que l’idéologie de ce mouvement n’avait rien à voir avec le nationalisme ethnique canadien-français : un tricolore horizontal, qui symbolise le libéralisme, avec une bande rouge pour les Anglais, une blanche pour les Français et une verte pour les Irlandais. Ce n’est pas un drapeau national comme le Fleurdelisé, mais un drapeau démocratique et multiculturel.

                  Cependant, il ne faut pas tracer un portrait unidimensionnel de Papineau et des Patriotes de 1837. Leurs revendications étaient généralement justes. Papineau a bien servi son peuple en faisant échouer le projet d’union de 1822. Les Patriotes furent poussés à la rébellion par le gouvernement impérial, qui était lui-même sorti de la légalité constitutionnelle, et par la minorité anglaise du Bas-Canada, qui avait intérêt à ce que la crise politique tourne à la guerre civile. Les Canadiens français ont malgré tout profité de l’obtention de la responsabilité ministérielle en 1848. Louis-Joseph Papineau n’avait pas que du mauvais, mais les honnêtes patriotes de la base se sont fait avoir par ses idées libérales, un peu comme les honnêtes souverainistes de la base se sont fait avoir par la social-démocratie de René Lévesque.

 

Pourquoi Mgr Lartigue a-t-il condamné les Patriotes de 1837?

                  Mgr Jean-Jacques Lartigue (1777-1840), évêque de Montréal (1820-1840), est l’un des plus grands hommes d’Église de notre histoire. C’est lui qui incarne le véritable nationalisme dans les années 1830. C’était un «ultramontain» : un partisan de l’infaillibilité pontificale et de la suprématie de l’Église sur l’État. Mgr Lartigue a défendu efficacement les droits de l’Église catholique contre le protestantisme de l’État, contre le gallicanisme des Sulpiciens et contre le laïcisme du Parti Patriote. En défendant l’Église, il servait la Patrie, car l’identité nationale se définissait alors en fonction de la religion bien plus que de la langue. Mgr Lartigue savait tenir tête aux Anglais. Il voulait que le pape érige le diocèse de Montréal sans demander la permission au ministre des colonies à Londres. Il reprochait à l’évêque de Québec, Mgr Plessis, d’être trop soumis aux Anglais et d’avoir accepté du gouverneur une nomination au Conseil législatif, qui était alors contrôlé par Jonathan Sewell, le pire ennemi des Canadiens français.

                  Mgr Lartigue était le cousin de Louis-Joseph Papineau. Il l’avait soutenu dans son combat contre le projet d’union en 1822. La nation canadienne formait alors un seul bloc politique face aux Anglais. Mais Papineau a malheureusement divisé son peuple à cause de son anticléricalisme. En 1831, les Patriotes ont présenté à la Chambre d’Assemblée du Bas-Canada le «Bill des Fabriques» pour que les marguillers de paroisses soient élus par les notables (citoyens riches) plutôt que choisis par cooptation sous l’influence des curés. Le conseil de fabrique gérait les biens matériels de la paroisse : église, presbytère, école, cimetière, etc. Si les fonctions de marguillers étaient devenues électives, les Patriotes auraient pris le contrôle des fabriques pour faire la guerre aux curés. Le conseil de fabrique avait notamment le pouvoir de nommer le maître ou la maîtresse de l’école paroissiale. Les Patriotes auraient choisi des anticléricaux pour enseigner dans les écoles fondées par le clergé. L’enjeu était de taille. Mgr Lartigue a dénoncé le Bill des Fabriques, qui sera finalement rejeté par les Anglais du Conseil législatif. Jonathan Sewell profita de l’occasion offerte par Papineau pour diviser les Canadiens.

                  Dans les mêmes années, Papineau divisait également ses compatriotes à cause de son radicalisme politique. En 1832, le ministre des colonies, Lord Goderich, était prêt à concéder le contrôle du budget à la Chambre d’Assemblée. Papineau refusa cette concession parce qu’il voulait la responsabilité ministérielle. C’était la politique du «tout ou rien», ce qui est toujours une mauvaise politique. Si la Chambre avait contrôlé le budget, elle aurait fini par contrôler le gouvernement : celui qui paye, c’est celui qui commande. Il fallait être patient.  Londres aurait accordé la responsabilité ministérielle dix ou quinze ans plus tard. Mais Papineau se laissait griser par sa popularité. Il se voyait déjà comme le Simon Bolivar du Nord. Il perdait contact avec la réalité, peut-être à cause de son déséquilibre mental. Les Patriotes lucides ont commencé à prendre leurs distances. Le brillant directeur du journal Le Canadien, Étienne Parent, craignait avec raison que Papineau ne provoque un conflit armé qui ne pouvait tourner qu’à l’avantage des Anglais. Lorsque les coups de feu ont commencé à retentir, il n’y eut que Papineau qui ait été surpris. Le chef des Patriotes n’aurait jamais cru que les «bons libéraux anglais» puissent aller jusque là. Papineau s’est effondré psychologiquement et il s’est enfui aux États-Unis en laissait les jeunes patriotes, braves mais naïfs, se faire massacrer comme des poulets.

                  Mgr Lartigue avait publié le 25 juillet 1837 un mandement pour condamner la campagne de désobéissance civile du Parti Patriote. L’évêque de Montréal n’était pas «vendu aux Anglais», contrairement à ce que certains historiens, peu professionnels, ont pu affirmer. Il sentait que cette affaire se terminerait dans un bain de sang, et au détriment de la nation canadienne. Il admettait la justesse des revendications politiques de la Chambre d’Assemblée, mais il condamnait l’usage de moyens illégaux en vertu du principe catholique du devoir d’obéissance aux autorités légitimes. En fait, il se préparait déjà à réparer les pots cassés. Après la fuite de Papineau, il devint le chef politique naturel des Canadiens. Il avait décrété l’excommunication de tous ceux qui prendraient les armes contre le gouvernement, et il refusa la sépulture chrétienne aux Patriotes qui étaient morts au combat. Ce geste a été mal compris. Mgr Lartigue voulait frapper les morts pour sauver les vivants. Son loyalisme, plus apparent que réel, lui permit d’obtenir du gouverneur la remise en liberté des Patriotes qui croupissaient dans les geôles. Quant aux peines d’excommunications, elles seront rapidement levées par les prêtres en confession.

                  Notons que la philosophie scolastique reconnaît aux catholiques le droit à la légitime révolte contre un État tyrannique. Saint Thomas d’Aquin et Francisco Suarez ont défini les conditions de ce droit. En 1837, on pouvait peut-être qualifier le gouvernement colonial britannique de «tyrannie» au sens théologique du terme. Mais il manquait deux conditions essentielles à la mise en œuvre du droit à la légitime révolte : une possibilité raisonnable de succès et la certitude que le soulèvement ne produise pas un plus grand mal. Or les Rébellions de 1837-1838 n’avaient aucune chance de succès militaire et elles ont causé un dommage politique supérieur au mal qui pouvait les justifier.

 

Selon vous, quels sont les courants idéologiques qui sont à l’origine de la désinformation historique au sujet des Patriotes de 1837?

                  Papineau avait bonne réputation à la fin du XIXe siècle parce que le parti conservateur et le parti libéral se considéraient tous deux comme les «descendants» du Parti Patriote. Le clergé lui-même semblait avoir oublié son anticléricalisme pour ne retenir que son combat en faveur de la démocratie et de l’autonomie. Vers 1930,  Lionel Groulx a remis au jour l’anticléricalisme de Papineau dans le contexte d’une société québécoise où le libéralisme commençait à contester sérieusement l’ordre catholique. Dans les années 1960, les partisans de la laïcité scolaire aimaient souligner qu’après l’échec du Bill des Fabriques, les Patriotes avaient adopté la «Loi des écoles de la Chambre d’Assemblée», qui établissait un réseau d’écoles françaises non confessionnelles, à côté de l’Institution royale (écoles anglo-protestantes) et des écoles paroissiales catholiques. Depuis les années 1990, c’est le Parti Québécois qui se réclame de 1837 parce qu’il a redécouvert l’aspect multiethnique du nationalisme des Patriotes, en oubliant que Papineau avait fini par prôner l’annexion du Canada aux États-Unis. Mais puisque Bernard Landry proposait  d’adopter le dollar américain comme monnaie dans un Québec souverain, la filiation idéologique entre les Péquistes et les Patriotes paraît, au fond, assez cohérente.

                  Du point de vue de l’école de pensée catholique et nationaliste à laquelle je me rattache, l’école groulxienne, il faut rejeter l’idéologie libérale des Patriotes parce qu’elle était d’esprit anglo-protestant et qu’elle ne pouvait qu’altérer l’identité ethnoculturelle du Canada français. Si Papineau avait remporté la victoire en 1837, il aurait établi dans le Bas-Canada une terrible dictature, il aurait persécuté violemment l’Église, et il aurait été renversé quelques années plus tard  par une invasion militaire qui aurait fait du Québec un 51e État américain.

 

Un nationaliste québécois peut-il, aujourd’hui, se réclamer des Patriotes de 1837?

                  J’apporterais une réponse nuancé à cette question. Je pense, comme Maurice Barrès, qu’un peuple doit intégrer spirituellement toutes les facettes de son histoire. Le nationalisme barrésien pouvait se réclamer de Napoléon, de Louis XIV et de saint Louis IX. Ces trois personnages  incarnent des idéologies antinomiques, mais qui ont chacune marqué la France de leur empreinte. Or une nation est la fille de son passé, de tout son passé, bon et mauvais. Je n’aime pas déboulonner les statues. Les nationalistes qui veulent abattre le monument de Wolfe sur la façade de l’Assemblée Nationale sont puérils. J’aime voir la statue de Papineau sur le terrain de l’Hôtel du Parlement. Il faut connaître et aimer 1837. Louis-Joseph Papineau était un géant en comparaison de nos politiciens actuels. L’homme avait de la noblesse et de la culture. Il était foncièrement honnête. Il incarna pendant vingt ans les aspirations légitimes de son peuple. D’une certaine manière, je me sens solidaire avec les Patriotes qui ont tenté noblement, mais sans succès, d’ébranler le joug colonial britannique. Le grand historien nationaliste Maurice Séguin (1918-1984) disait, au sujet des Rébellions de 1837-1838 : «Un prisonnier a le droit de secouer les barreaux de sa cellule, même s’il n’a aucune chance d’en sortir.» Toutefois, il faut constater objectivement que les Patriotes s’appuyaient sur de mauvais principes et que leur soulèvement a été une catastrophe politique.

                  Vladimir Poutine emploie une belle formule : «Un Russe qui n’est pas nostalgique de l’Union soviétique n’a pas de cœur, mais un Russe qui veut retourner à l’Union soviétique n’a pas de tête.» Je dirais de la même manière : un Québécois qui n’aime pas les Patriotes n’a pas de cœur, mais un Québécois qui confond le libéralisme de Papineau avec le nationalisme canadien-français n’a pas de tête. Enfin, disons qu’il manque de connaissances historiques, pour être plus poli.

 

Quelle serait votre définition du véritable nationalisme canadien-français?

                  Une nation, c’est la Terre et les Morts, comme disait Maurice Barrès. J’entends le mot «Terre» dans un sens plus large que le simple territoire national. C’est l’ensemble des traits sociologiques communs d’un peuple : l’ethnie, la langue, la religion, le droit, les coutumes et le territoire. C’est une sorte de lien horizontal qui fait que les contemporains voient bien qu’ils appartiennent à une même communauté. Les «Morts», c’est le lien vertical entre les générations de cette communauté. La nation, c’est le point de rencontre des deux liens, c’est la conjonction entre le peuple et l’histoire.

                  «Une nation, écrivait Ernest Renan (1882), est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis.»

                  Le nationalisme, ce n’est pas seulement un instinct d’appartenance au groupe. C’est une vision cohérente et une défense consciente de la collectivité dont on fait partie. Charles Maurras (1868-1952) faisait une distinction entre le «patriotisme», qui concerne surtout la défense du territoire contre les ennemis extérieurs, et le «nationalisme», qui touche davantage à la défense de l’intégrité culturelle contre les «ennemis de l’intérieur», contre ceux qui peuvent être de la même race que nous, mais qui sont devenus des étrangers par leur idéologie antinationale.

                  À partir de ces concepts théoriques, essayons maintenant de définir la «nation québécoise», que je préfère appeler «canadienne-française» à cause du caractère multiculturel que l’on attache aujourd’hui au terme «Québécois». Les Canadiens français sont un peuple d’ethnie française, de langue maternelle française, de religion catholique, de territoire laurentien et de coutumes nord-américaines. Ce sont les descendants des Français qui ont colonisé la vallée du Saint-Laurent, sous Jean Talon (1665) pour la plupart. Ils ont assimilé quelques éléments culturels exogènes, comme le droit public anglais ou un certain égalitarisme à l’américaine. Mais les pôles historiques de leur identité restent l’Église catholique romaine et la France classique du Grand Siècle (XVIIe). Le véritable nationalisme canadien-français, c’est la volonté de préserver ou de restaurer les traits fondamentaux de notre personnalité collective, de ce qui a fait ce que nous sommes. L’abbé Lionel Groulx a bien défini cette doctrine dans L’Action française (1921) :

                  «Notre doctrine, elle peut tenir en cette brève formule : nous voulons reconstituer la plénitude de notre vie française. Nous voulons retrouver, ressaisir dans son intégrité, le type ethnique qu’avait laissé ici la France et qu’avait modelé cent-cinquante ans d’histoire [avant 1760]. Nous voulons refaire l’inventaire des forces morales et sociales qui, en lui, se préparaient alors à l’épanouissement. Ce type, nous voulons l’émonder de ses végétations étrangères, développer en lui, avec intensité, la culture originelle, lui rattacher les vertus nouvelles qu’il a acquises depuis la conquête, le maintenir surtout en contact avec les sources vives de son passé pour ensuite le laisser aller à sa vie personnelle et régulière.»

 

Quelles sont les différences fondamentales entre l’esprit français et l’esprit anglais?

                  Il y en a plusieurs. Les Français sont déductifs et les Anglais inductifs. L’esprit français part du principe pour l’appliquer à un cas pratique. L’esprit anglais part d’un problème concret pour découvrir les règles générales. C’est la différence entre le raisonnement juridique français, issu du droit romain, et le raisonnement juridique anglais, issu des coutumes germaniques. Mais ces deux approches ont chacune leurs qualités. Le droit québécois les a bien amalgamées.

                  Je vais sans doute vous surprendre, mais je suis un nationaliste canadien-français plutôt anglophile. La présence anglaise a marqué notre histoire et nous devons l’assumer. Par exemple, je pense que la ville de Montréal n’aurait pas dû rebaptiser le boulevard Dorchester du nom de René-Lévesque. Lord Dorchester est un gouverneur britannique (1768-1796) qui a joué dans notre histoire un plus grand rôle, et peut-être même un meilleur rôle, que René Lévesque. On aurait pu honorer notre «Tit-Poil» national d’une autre manière, sans effacer un souvenir du passé. Quand je pense à ce député péquiste, dont j’ai heureusement oublié le nom, qui voulait rebaptiser la ville de Sherbrooke, autre gouverneur britannique, du nom de Cherbourg, une ville française inconnue au Québec. Quel esprit doublement colonisé : par la haine de l’Angleterre d’un côté et par l’idolâtrie de la France de l’autre!

                  Mais si l’on revient au nationalisme canadien-français traditionnel, il n’était pas anglophobe. Certes, l’école groulxienne reprochait aux anglo-saxons de «commercialiser le stock humain», et avec raison. Mais c’est le fait du capitalisme et du matérialisme, qui découlent tous deux du protestantisme, et non pas de la tradition nationale anglaise, qui a été elle-même victime de la modernité, et bien avant nous. Au Moyen Âge, l’Angleterre comptait plus de monastères que la France. C’est la Révolution protestante du XVIe siècle qui l’a transformée en ogre impérialiste. Et je dirais la même chose des États-Unis. Ce n’est pas la culture américaine qui opprime le monde : c’est la haute finance new-yorkaise et la sous-culture hollywoodienne. Les Américains forment un grand et noble peuple, mais ils ont été eux-mêmes acculturés par le matérialisme et le cosmopolitisme au tournant du XXe siècle. Les États-Unis ont été la première victime de la soi-disant «américanisation» du monde, qui n’est, en réalité, que la «démocratisation» du monde, comme le remarquait déjà le philosophe espagnol José Ortega y Gasset dans La révolte des masses (1929). Je rêve d’un réveil nationaliste américain qui pourrait changer la face du monde. Mais je pense que ce réveil ne pourra se faire que dans le sillage d’une renaissance de l’Église catholique.

 

Pourquoi le libéralisme a-t-il fini par vaincre l’ultramontanisme au Québec?

                  L’ultramontanisme a structuré la vie nationale canadienne-français pendant un demi-siècle, de 1840 à 1890, pour prendre des chiffres ronds. Toutefois, l’ultramontanisme de Mgrs Bourget et Laflèche n’a pas été vaincu par le libéralisme de Wilfrid Laurier, mais par le catholicisme libéral de Mgr Taschereau, archevêque de Québec. L’explication ne se trouve pas au Québec, mais à Rome. Le pape Pie IX (1846-1878) combattait résolument le libéralisme, fondé sur la philosophie des droits de l’homme. Mais le pape Léon XIII (1878-1903) a voulu «pacifier» les relations entre l’Église et la Modernité. C’est le fameux modus vivendi catholique libéral. Mais il ne peut pas y avoir de cohabitation, ni même de coexistence pacifique, entre la religion du Dieu qui se fait Homme et la religion de l’Homme qui se fait Dieu. Le catholicisme libéral du XIXe siècle a débouché sur les hérésies modernistes au XXe, et sur l’autodestruction de l’Église au Concile Vatican II (1962-1965). Le libéralisme athée a fini par balayer le libéralisme soi-disant catholique, car les vrais libéraux ne veulent pas plus du catholicisme libéral que du catholicisme tout court, comme disait Louis Veuillot dans L’illusion libérale (1866). Au Québec, c’est le cardinal Taschereau qui a mis en œuvre la désastreuse politique catholique libérale. Ce saint homme était sans doute bien intentionné, mais il n’avait pas saisi toute l’ampleur du combat entre le catholicisme et le libéralisme, qui est, en définitive, une lutte entre Jésus-Christ et Satan.

 

Que pensez-vous de Jules-Paul Tardivel et de son roman indépendantiste, Pour la Patrie?

                  Jules-Paul Tardivel (1851-1905) est l’une des grandes figures de notre histoire intellectuelle. Américain d’origine et Canadien français d’adoption, ce grand catholique a fondé à Québec le journal La Vérité (1881) pour combattre le libéralisme dans l’esprit du Syllabus de Pie IX. Il était à couteaux tirés avec Mgr Taschereau. Tardivel fut aussi un précurseur de l’idée d’indépendance. En 1895, il publia un roman d’anticipation politique,  Pour la Patrie. L’histoire se passait en 1945. Satan avait fomenté un complot pour faire disparaitre la nation canadienne-française, ce bastion de la foi en Amérique du Nord. La franc-maçonnerie anglaise, qui régnait à Ottawa, voulait supprimer l’autonomie provinciale en remplaçant la Confédération par une Union législative. Pendant ce temps, la franc-maçonnerie française fomentait au Québec une révolution laïciste. N’était-ce pas une vision futuriste de la Révolution tranquille et de la centralisation fédérale? Mais le héros du roman, Joseph Lamirande, réussira à séparer le Québec du Canada pour sauver l’Église et la Patrie. Le Canada anglais en profitera lui aussi, car le bon exemple du Québec l’amènera à se convertir au catholicisme. Après avoir accompli sa mission providentielle, Joseph Lamirande entra au monastère, en laissant la Présidence de la «République de Nouvelle-France» à un autre politicien, bon catholique mais plus «ordinaire».

                  Toutefois, le thème central du roman Pour la Patrie n’est pas l’indépendance du Québec. Tardivel voulait surtout dénoncer la franc-maçonnerie. Je recommande de lire cet ouvrage pour découvrir l’esprit du Québec catholique et français de la fin du XIXe siècle.

 

Peut-on comparer l’indépendantisme de Jules-Paul Tardivel avec celui du Parti Québécois?

                  Ça n’a évidemment rien à voir. L’indépendantisme de Tardivel reposait sur le nationalisme ethnique canadien-français, lui-même fondé sur la foi catholique. Tardivel voulait séparer le Québec du Canada pour en faire une société véritablement distincte en Amérique du Nord, une société française (pas seulement francophone), conservatrice et catholique. Son idéal de chef d’État était Garcia Moreno, le président de l’Équateur (1861-1865 et 1869-1875) qui est mort en martyr, assassiné par des francs-maçons à la sortie de la messe. Le projet indépendantiste du Parti Québécois repose, quant à lui, sur un soi-disant « nationalisme territorial », une vision multiculturelle, laïciste et social-démocrate de l’identité québécoise. Le pays que nous propose le PQ ressemblerait finalement à un modèle réduit du Canada. Certains péquistes suggèrent même d’accorder à l’anglais un statut de langue officielle, question d’être plus «ouvert sur le monde». Cette «dénationalisation» de l’indépendantisme s’inscrit dans la logique de la Révolution tranquille, qui prétendait «moderniser» le Québec en assimilant les valeurs libérales anglo-américaines.

                  En 1904, Jules-Paul Tardivel et Henri Bourassa ont discuté de l’indépendance du Québec dans les journaux. Bourassa était aussi catholique et aussi nationaliste que Tardivel, mais il est toujours resté un partisan de l’unité canadienne. Il défendait l’idée d’un Canada binational, biconfessionnel et décentralisé. Le fédéralisme d’Henri Bourassa était aussi différent de celui de Pierre Elliott Trudeau que l’indépendantisme de Jules-Paul Tardivel l’était de celui de René Lévesque. Mais ce qui est à remarquer dans la polémique Bourassa-Tardivel, c’est qu’ils n’abordaient pas la question nationale dans une optique économique. Aucun des deux ne s’est demandé si l’on avait les moyens financiers de faire l’indépendance ou si le fédéralisme était plus rentable. Les catholiques ne posent pas les questions politiques en termes d’argent, et ça fait toute une différence.

 

Quel fut l’impact de la Révolution tranquille sur notre identité nationale?

                  La Révolution tranquille a eu sur la nation canadienne-française un impact plus négatif que la Conquête de 1760. La Conquête avait soumis nos ancêtres à une puissance étrangère, ce qui pose évidemment une grave menace pour l’existence de toute nationalité. Mais ce n’était qu’une menace extérieure, d’ordre politique et économique. La Révolution tranquille s’est attaqué à «l’âme canadienne-française», à ce qui faisait sa spécificité en Amérique du Nord : la religion catholique et la culture française classique.

                  Le cœur de la Révolution tranquille, c’est la réforme scolaire de 1965. Cette révolution pédagogique a été surnommée «Réforme Parent», du nom de Mgr Alphonse-Marie Parent, qui avait présidé la commission royale d’enquête sur l’éducation. Mais elle fut en réalité l’œuvre du ministre libéral Paul Gérin-Lajoie et du haut-fonctionnaire Arthur Tremblay. Étaient-ils francs-maçons? C’est possible, mais nous ne le saurons jamais avec certitude.

                  Avant 1965, il n’y avait pas de ministère de l’éducation au Québec. Les évêques contrôlaient le Comité catholique du Conseil de l’instruction publique, qui gérait les écoles primaires et les écoles de métiers. L’Église avait aussi ses propres écoles privées: les collèges pour les garçons, les couvents pour les filles et les universités pour les professionnels. En créant le ministère de l’éducation, l’État prenait en charge tout le système scolaire, tant public que privé. Les écoles publiques sont restés juridiquement confessionnelles jusqu’en 1995, et certaines écoles privées le sont encore aujourd’hui. Mais elles relèvent depuis 1965 d’une structure administrative non confessionnelle.

                  La déchristianisation scolaire s’ensuivit rapidement dans les années 1970. L’épiscopat québécois n’a pas défendu l’éducation catholique, car il avait été anesthésié par le Concile Vatican II. Le clergé progressiste a même accéléré le processus de déchristianisation scolaire, surtout dans le secteur privé. Le cardinal-archevêque de Montréal, Paul-Émile Léger, porte une responsabilité aussi grande que Paul Gérin-Lajoie dans la funeste Révolution tranquille. On peut les accuser, l’un comme l’autre, de «haute trahison  religieuse et nationale».

                  Le Rapport Parent recommandait de remplacer les collèges classiques par des instituts techniques de style américain. C’est ce qui a donné naissance aux cégeps (1968). On supprima l’éducation humaniste, issue du ratio studiorum des jésuites (1598), qui avait jusqu’alors formé les élites de la société canadienne-française : les prêtres, les juristes et les médecins. Le cours classique entendait développer l’intelligence par les lettres : d’abord le français, notre langue maternelle; ensuite le latin et le grec, les langues anciennes qui rattachaient l’Occident aux sources de sa civilisation; et finalement la philosophie thomiste qui inculquait la rigueur intellectuelle et qui répondait aux questions essentielles de la vie. On enseignait aussi les mathématiques et les sciences dans les collèges classiques, et on les enseignait probablement mieux qu’aujourd’hui. Mais les sciences physiques étaient étudiées dans les dernières années du cursus, après que l’esprit de l’élève ait été formé par les sciences humaines, par les «humanités» comme on disait à l’époque. La pédagogie moderne entend, au contraire, former l’intelligence par les sciences, et surtout par les mathématiques, qui deviennent la discipline maîtresse. C’est un revirement de civilisation : le quantitatif prime désormais sur le qualitatif, le matériel sur le spirituel. Le Canadien français était un humaniste catholique. Le Québécois est un homo technicus à l’américaine.

 

Comment voyez-vous l’avenir du Québec?

                  La nation canadienne-française a été affaiblie par la Conquête et infectée par la Révolution tranquille, mais elle n’est pas encore morte. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Pour reprendre la terminologie maurrassienne, je dirais qu’un certain pays réel survit sous le pays légal. Le multiculturalisme domine le discours public, mais les Québécois restent foncièrement français, voire catholiques si l’on creuse un peu. La jeunesse québécoise a perdu ses points de repères. Néanmoins, elle appartient encore à «cette race qui ne sait pas mourir» (Menaud maître draveur), ne serait-ce que sur le plan génétique. Elle pourrait rapidement retrouver son identité avec la puissance des moyens de communication modernes. Le problème n’est pas à la base, mais au sommet : dans l’État bien sûr, mais surtout dans l’Église.

                  Si je n’avais pas la foi, je serais très pessimiste. Mais en tant que catholique traditionaliste, je sais que la théologie de l’histoire annonce une renaissance miraculeuse de l’Église avant le règne de l’Antéchrist. Cette doctrine est confirmée par les messages de la Sainte Vierge à La Salette (1846) et à Fatima (1917) : «À la fin, mon Cœur triomphera et le monde connaitra un certain temps de paix.» La nation canadienne-française fut tellement liée à l’Église catholique au fil de son histoire, qu’elle renaitra sans doute avec l’Église.

                  En attendant, nous sommes en mode survie. Il faut d’abord sauver la foi dans l’Église, malgré la Révolution conciliaire. Mais il faut également sauver le nationalisme canadien-français, malgré la Révolution tranquille. Or le nationalisme ne peut être cohérent que s’il est lié et subordonné au catholicisme. Le défi d’un nationaliste québécois, c’est de redécouvrir la foi et l’esprit de ses ancêtres pour redevenir un Canadien français. S’il est présentement impossible de reconstruire dans la société le pays idéal dont nous rêvons, commençons au moins par le restaurer en nous-mêmes.

NB : Jean-Claude Dupuis a publié: Un combat identitaire, l’Action française de Montréal (1917-1928), et Le cardinal Taschereau et le catholicisme libéral (1820-1898). Ces ouvrages numériques peuvent être téléchargés gratuitement à l’adresse suivante : http://www.manuscritdepot.com/a.jean-claude-dupuis.2.htm

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Commentaires   

 
0 #1 Guillaume 29-04-2015 20:44
Excellent entretien fort intéressant ! Je ne connaissais pas ce Monsieur, mais ce fut un plaisir de l'entendre. J'espère que vous produirez d'autres entretiens historiques !
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