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Les droits de l'homme, Lionel Groulx et leur temps (Partie 6)

dimanche, 27 mai 2018 12:42
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Victor Rumilly

Thomisme européen : philosophie retournée en tremplin mondialiste nord-américain ?

Les personalistes chrétiens se réclamaient généralement de la philosophie de Saint-Thomas d'Aquin. Au moment de la préparation de la Déclaration unverselle des droits de l'homme, Maritain est vu comme le chef de file de ceux qui, au début du XXe siècle, ont ramené la pensée de Saint-Thomas d'Aquin à la mode, partout en Amérique. L'Amérique protestante aurait, selon l'ouvrage «La pensée catholique en Amérique du Nord» de Florient Michel, été romanisé après la Seconde Guerre mondiale. Au Québec d'avant les années 30, à l'Université Laval tout particulièrement, la pensée de Saint-Thomas était déjà omniprésente avant le renouveau thomiste. Le renouveau thomiste incarné par Maritain ne prendra pas la même tournure au Québec que dans le reste de l'Amérique où le thomisme est presque inconnu. À l'intérieur du renouveau thomiste en Amérique, la faculté de philosophie de l'Université Laval dirigé par Charles De Koninck, apparaît incarnée une tendance dissidente du renouveau. Jacques Maritain n'y est pas vu comme un Saint. Ne serait-ce que pour cette raison, la faculté de philopsophie de l'Université Laval est dissidente.

Thomisme au sein des plus prestigieuses universités des États-unis

Le premier thomiste européen (du renouveau thomiste) à influencer notablement les États-Unis du 20e siècle est Étienne Gilson. L'Université américaine qui accueillie Étienne Gilson en premier fut celle d'Havard, autrement dit, celle des derniers puritains américains. Comme le mentionne Floriant Michel, puritanisme et thomisme ne font pas bon ménage. Ce sont des philosophies antagonistes. La rédemption inexistante sur terre (l'homme quoi qu'il fasse est un pécheur) chez le puritain est l'un des principaux point de discorde qui semble irréconciliable avec le thomisme qui, lui, ouvre la porte au libre-arbitre, donc, à la responsabilité des hommes par rapport à leur Salut. Alors, pour quelle raison l'université puritaine la plus influente en Amérique s'intéresse à un thomiste français (Étienne Gilson) hostile à leurs idées et lui ouvre ses portes sans aucune résistance ? De la même manière qu'on peut se demander comment le thomisme a atteint l'Université de Chicago des Milton Friedman et Frederiech Von Hayek ? Université financée par David Rockefeler pour laquelle ce dernier déclara avoir fait son meilleur investissement. Drôle de thomisme que celui de cette université, puisque son thomisme fut encouragé par « un baptiste iconoclaste (Robert Hutchins), un juif libéral athée converti au christianisme sur le tard (Mortimer Adler) ainsi qu'un agnostique baptisé à cinquante ans passés avant de retomber dans l'hérésie (John Nef) », selon ce qu'en dit Florian Michel. Aussi étrange est le fait que Maritain ait fait de Princeton la presbitarienne (protestante), université de Einstein et d'Oppenheimer son fief, alors que cette université de la Ivy league n'accordait presque aucune importance à son département de philosophie et refusait le thomisme. Selon la romancière Caroline Gordon, cité par Jean-Luc Barré, le salaire de Maritain n'était, au départ, pas octroyé par l'université, mais bien par des « mécènes juifs ». De salarié absent de la liste d'employé de Princeton, il en deviendra un des enseignants émérites.

En dehors de l'aide communautaire juive qui n'explique pas tout, comment expliquer cette acceptation de thomistes au sein de ces universités ? L'Amérique est LA terre des libertés, les universités sont intéressées par tous les points de vue, répondraient certains naïfs amants de l'Amérique ! Quand l'on connait la portée des discours tenus dans ces trois universités (Harvard, Princeton et Chicago), l'influence qu'elles peuvent même avoir sur la propagande mondiale ainsi que sur la géopolitique américaine, il est assez peu probable qu'une nomination thomiste telle celle de Gilson soit le fruit du hasard ; non plus le passage de Maritain à l'Université de Chicago ainsi qu'à Princeton.

Thomisme à Toronto

Gilson ira ensuite fonder une école ponctifiale d'études médiévales à l'Université catholique Saint-Michael's à Toronto. Jacques Maritain viendra le rejoindre en 1933 en tant qu'enseignant de cette université. Il semblerait que les anciens collègues de Gilson de l'Université Harvard lui firent des beaux yeux pour qu'ils reviennent enseigner à Boston. Gilson préféra Toronto parce qu'on lui laissait une pleine et entière liberté académique.

Saint-Michael's était doté de critères essentiels à la fondation de son école médiévale ponctifiale : une bibliothèque thomiste bien garnie ainsi que des étudiants sachant le latin. L'aspect monétaire est aussi un critère à la conception de cette école d'histoire et de philosophie, mais la manière de trouver les fonds n'est pas mentionné dans l'ouvrage de Florian Michel. On peut toutefois déduire que l'absence de tradition idéologique de la congrégation de Saint-Basile qui tient l'Université Saint-Michael's (contrairement aux jésuites, dominicains et autres ordres religieux biens établis) est l'argument massue en faveur de Saint-Michael's. Après tout, l'objectif semble être de travailler, selon les mots de Jacques Maritain, à « l'instauration d'un nouvel ordre temporel du monde ». Le moyen d'y arriver est de partir sur des bases intégralement neuves, sans anciens pour rappeler une quelconque forme de tradition thomiste. Avec les basiliens de Saint-Michael's il n'y avait pas de tradition thomiste à déloger comme à l'Université Laval ou même à celle de Montréal.

Groulx : thomiste ?

Au Québec, la pensée thomiste n'était, jusqu'aux années 30, pas instituée en université. Il y avait des thomistes mais pas d'universités thomistes. Les dominicains encourageaient biens sûr le thomisme. Saint- Thomas était, au XIIIe siècle, lui-même un laïc dominicain. L'Université Laval était l'université thomiste par excellence au Québec, mais le renouveau thomiste semble s'être s'intallé davantage par les universités d'Ottawa et de Montréal (université où enseignait Groulx à un salaire moindre que les enseignants laïcs parce qu'il était un religieux). Voici ce qu'en dit l'ouvrage de Florian Michel : « [...]l'Université de Montréal semble avoir été pour la révolution tranquille ce que Nanterre [la communiste] fut à mai 1968», puis « Les maitres [dominicains] avaient lentement préparé le terrain en introduisant dans les années 1940 et 1950, sous l'influence de philosophes français, un thomisme plus souple, à visage plus humain, se souvient un témoin.[...] On est passé insensiblement de l'étude de la philosophie au Moyen Âge à l'étude de la religion populaire médiévale, puis à l'étude de la marginalité, de la grossièreté et de l'érotisme au Moyen Âge, et enfin à l'étude de la religion populaire au Québec. » Bref, un decrescendo vertigineux. Celui qui est considéré comme le père de la Révolution Tranquille George-Henri Lévesque a beau enseigner à l'Université Laval, celle de Montréal aurait été davantage prédominante dans la formation de clercs rebelles.

Groulx a fait ses études au début du 20ème siècle. Il n'a donc pas subi la doxa thomiste au sein des universités québécoises. Toutefois, même à son époque, Saint-Thomas n'était pas réservé aux étudiants de L'Université Laval. Au collège Saint-Sulpice, Groulx ne se passionnait pas pour Saint-Thomas, raconte Charles- Phillipe Courtois, mais a tout de même dû apprendre la Somme théologique de Saint-Thomas pour passer les examens lui permettant de devenir prêtre. De passage à Rome, il s'incrira tout de même à l'Angelicum (Université ponctifiale Saint-Thomas D'Aquin) que lui ont recommandé les Dominicains séminaristes qui ont été ses enseignants à Sainte-Thérèse (Aujourd'hui collège Lionel Groulx). En 1911, il fera même un sermon sur Saint-Thomas d'Aquin devant les dominicains d'Ottawa. Bref, loin d'être un thomiste né, l'on peut dire qu'il en devient un au fur et à mesure qu'il progresse dans sa carrière. Toutefois, dans son ouvrage «Rencontres avec Dieu» publié en 1955, il est plus porté à citer Saint-Augustin. Il ne cite à proprement parler pas Saint-Thomas d'Aquin. Ce dernier y est malgré tout omniprésent sans qu'il soit nommé. En fonction d'où on tirait sa citation de Saint-Thomas, il était possible de recevoir un enseignement thomiste assez différent. Vous comprendrez qu'il faudrait une étude d'une spécificité rare pour connaître lequel des Thomas D'Aquin Groulx a lu. Groulx n'a d'ailleurs été étudié qu'en tant que nationaliste et non en tant que religieux. C'est ce qui est dit au sein de l'introduction de cette thèse dévellopée autour du père George-Henri Lévesque (4).

Mesurer l'influence des différentes écoles thomistes en Amérique (L'école des père du Saulchoir, le néothomisme, les « ultra-thomistes », etc.) apparaît difficile pour l'humble chroniqueur que je suis. Tout ce qu'on peut constater, c'est le résultat : les puritains ont assouplie leur morale; les prêtres québécois sont devenues des clercs laïcs, autrement dit, des bureaucrates.

 

(4) www.theses.ulaval.ca/2015/32225/32225.pdf

Michel, Florian, La pensée catholique en amérique du Nord, Réseaux intelectuels et échanges culturels entre l'Europe, le Canada et les États-Unis (années 1920-1960), 2010, Desclée de Brouwer. P 630

Florian Michel rencontre Louis Cumming's sur les ondes de KTO : https://www.youtube.com/watch? v=FHwHFtdQjtA

 

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