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Chronique technosceptique n°1 : Ce que cachent les sorties scolaires chez Apple Store

mardi, 10 avril 2018 12:20
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Van Pelt

Apple propose des sorties scolaires dans ses magasins. C’est ce que France 2 a révélé récemment dans un reportage édifiant. L’affaire défraie la chronique et a alimenté toute la presse hexagonale. Le Québec n’est cependant pas en reste.






Il y a deux choses que la célèbre marque à la pomme sait faire mieux que personne : fabriquer des appareils numériques à obsolescence rapide et élargir sa clientèle. La firme cumule 900 milliards de dollars de capitalisation boursière ne ralentit pas la cadence pour autant et vise à étendre son marché aux scolaires, à l’instar d’autres géants de l’informatique comme Microsoft, Google ou Dell.

Inviter les groupes scolaires à des sorties pour vivre une expérience «inédite», placée sous les signes de la «création» et de «l’apprentissage multisensoriel», telle est la stratégie de la firme américaine révélée par un reportage de France 2[1] en ce début de mois. Dans les faits, les enfants sont accueillis par des commis chargés de leur distribuer chandails et clés USB à l’effigie de la marque avant de leur faire tester des logiciels. Faire venir l’école au produit avant que le produit n’entre à l’école, quelle idée de génie! Un coup commercial qui aura mis l’hexagone dans tous ses états, sa presse nationale parlant de «grogne montante».

Apple n’aura toutefois pas attendu Sébastien Proulx et sa « stratégie numérique » pour mettre ses tablettes entre les mains des petits Québécois. Une affaire similaire avait déjà été rapportée par le JDM en novembre 2013[2]. Cette fois-ci, ce sont les parents d’élèves d’une école de la Commission scolaire des Patriotes qui avaient réussi à faire annuler une sortie dans un Apple Store du complexe DIX30.

Ipad et l’école : le prétexte du «codage».

Quoi de mieux pour s’approprier ce merveilleux outil des temps modernes que d’en apprendre le langage? L’apprentissage de la programmation accompagnera nécessairement celui de la numérisation généralisée.

Sur son site officiel, Apple nous parle de ces visites comme autant d’occasions de découvrir la «programmation robotique»[3]. En effet, une des activités offre aux élèves de programmer un petit robot qui devra se frayer un chemin dans un labyrinthe.

Enseigner aux enfants à coder, c’est le discours porté par Tim Cook, le nouveau PDG d’Apple, dans les écoles lors d’une visite canadienne en janvier 2018. Rendre accessibles la programmation et sa formation, c’est l’initiative prise par la firme américaine dans un projet intitulé La programmation pour tous[4], destiné aux écoles.

C’est également la mission que s’est donnée Robotique First Québec (sic). En apparence, un projet coopératif visant à mettre en avant les sciences de la technologie en offrant de véritables formations de robotique aux élèves du primaire et du secondaire ;  en réalité, une entreprise présidée par Laurent Beaudoin et le gratin de Bombardier, en partenariat avec Lego pour vendre ses produits. Tout en engrangeant des bénéfices bien réels et sachant que l’état n’offre pas – encore – de budget aux écoles désireuses de suivre un de ses programmes, l’entreprise met à disposition, sur son site internet, un véritable plan de financement[5], soit une page d’un kilomètre de long de conseils pour trouver de l’argent…pour eux.

Aujourd’hui, robotique et numérique vont souvent de paire dans le discours politique. La robotique trouve sa justification dans le fait qu’elle constituerait non plus une approche pédagogique par le numérique, mais un apprentissage du numérique lui-même. En d’autres termes, le moyen de se libérer de l’emprise de l’outil technologique en le comprenant et en le contrôlant. Je vous laisse juger le degré de pertinence d’une telle figure rhétorique[6].

Une certaine vision de l’avenir

Dans une société où l’usage de l’outil technologique a été imposé et généralisé de force par le marché, il convient à l’école d’emprunter la même voie. Dans cette «ère numérique», «réelle» et «incontestable» selon nos représentants, l’homme de demain se sera approprié le numérique ou ne sera point. Puisque l’on a dessiné pour nous le portrait d’un futur fait d’écrans, de robots et de véhicules autonomes, il ne nous reste plus qu’à nous y conformer.

Tout s’articule autour d’une seule idée : le progrès s’accompagne obligatoirement des avancés technologiques et se résume à elles. L’objet numérique connecté, la forme paroxystique de l’outil technologique, est devenu la marchandise indispensable pour être adapté à la modernité. Il est donc nécessairement valorisé par le capital, puis par le système tout entier (Stratégie numérique du Québec[7]). Conséquemment, l’école qui n’est plus bonne qu’à répondre au besoin de la société, l’intègrera à son tour et en sera pervertie.

Associer progrès et technologie, valoriser la marchandise numérique en tant qu’elle garantit notre bonheur et notre liberté, c’est la philosophie contemporaine prédominante et elle porte un nom : le technolibéralisme. Étudié en particulier par le sociologue Adam Fish et dont les principes sous-jacents ont été particulièrement bien mis en évidence dans le monde de l’éducation par le professeur de philosophie Charles Robin[8].

À suivre…   

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